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lundi 9 février 2026

CAAR 2024 : Frontex connaît une croissance impressionnante

  


Le rapport annuel d'activité consolidé (CAAR) 2024 souligne une année de transformation organisationnelle majeure pour Frontex, marquée par l'alignement sur les nouvelles politiques de l'UE et une augmentation record de l'activité opérationnelle. En 2024, Frontex a géré le budget le plus important de son histoire. Côté effectif, Frontex est passée de 750 employés en 2019 à 2 545 fin 2024. Frontex traverse une transformation humaine sans précédent, marquée par le déploiement du corps permanent (Standing Corps).


1. Transformation stratégique et organisationnelle

La transformation stratégique et organisationnelle de Frontex en 2024 repose sur une refonte structurelle majeure visant à rendre l'agence plus agile, transparente et axée sur le renseignement.

1.1 La chaîne de commandement Frontex (FC2)

Il s'agit du changement opérationnel le plus significatif, marquant le passage d'un rôle de simple facilitateur à celui de commandement direct des ressources.
  • Décentralisation : Le modèle FC2 permet aux commandants sur le terrain de prendre des décisions sans consulter systématiquement le siège à Varsovie, réduisant ainsi les temps de réponse face aux situations imprévues.
  • Déploiement par contingents : En 2024, trois contingents ont été activés (couvrant notamment la Grèce, Chypre, l'Italie, Malte, la Bulgarie et la Roumanie).
  • Bureaux "Antenna" : Une méthodologie a été établie pour créer des bureaux de proximité afin de renforcer la présence locale de l'agence dans les États membres.

1.2 Gouvernance et transparence

L'agence a renforcé son cadre de responsabilité pour accroître la confiance des parties prenantes.
  • Décision du conseil d'administration 45/2023 : Cette décision a officiellement lancé la réorganisation pour équilibrer les opérations avec une composante administrative fiable et conforme.
  • Politique de transparence : Adoptée en avril 2024, elle définit de nouvelles règles pour l'accès public aux documents et la communication proactive avec les institutions européennes.
  • Contrôle interne : Un système de gestion amélioré a été mis en place pour garantir la légalité et la régularité de toutes les activités.

1.3 Alignement stratégique et renseignement

Frontex a fait évoluer son modèle pour devenir une organisation pilotée par le renseignement (intelligence-driven).
  • Politique de renseignement EIBM : Elle intègre l'analyse des risques, l'évaluation de la vulnérabilité et la surveillance des frontières (EUROSUR) dans une architecture d'information unifiée pour 2025-2027.
  • Pacte sur la migration et l'asile : Un plan d'action interne a été élaboré pour aligner les opérations de l'agence sur les nouvelles règles de filtrage (screening) et les procédures de retour de l'UE.
  • Feuille de route des capacités : Approuvée en mars 2024, elle définit les priorités d'investissement à long terme (jusqu'en 2037) pour le corps européen.



2. Réponse opérationnelle et retours

La "Réponse Opérationnelle et Retours" constitue l'un des piliers majeurs de l'activité de Frontex en 2024, marquée par une intensification sans précédent des missions sur le terrain et une efficacité accrue dans la gestion des flux migratoires.

2.1 Une réponse opérationnelle multi-domaines

L'agence a coordonné 26 opérations conjointes au cours de l'année 2024, mobilisant des ressources humaines et techniques sur terre, mer et air.
  • Sécurisation de grands événements : Frontex a joué un rôle clé dans la sécurité des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 ainsi que du championnat d'Europe de football (UEFA EURO) en Allemagne.
  • Recherche et Sauvetage (SAR) : 1 599 incidents ont été traités et 65 919 migrants ont été assistés en mer par les moyens déployés ou coordonnés par l'agence.
  • Lutte contre la criminalité transfrontalière : Les opérations ont permis de signaler 20 953 incidents et d'appréhender 1 909 facilitateurs (passeurs).

2.2 Un record historique pour les retours

Les activités liées au retour de ressortissants de pays tiers ont atteint des niveaux jamais vus auparavant, avec une augmentation globale de 40 % par rapport à l'année précédente. 
  • Chiffres clés : Plus de 56 000 personnes ont été renvoyées vers 123 pays tiers avec le soutien de Frontex.
  • Priorité aux retours volontaires : Ceux-ci ont enregistré une hausse spectaculaire de 69 % (représentant environ 35 700 personnes), contre une hausse de 13 % pour les retours forcés.
  • Réintégration : Le Programme de réintégration de l'UE (EURP) a vu son nombre de cas doubler (+101 %), facilitant la réinstallation de 9 327 personnes dans 38 pays tiers.

2.3 Moyens humains et expertise


Le déploiement du corps permanent (Standing Corps) a été le moteur de cette réponse. 
  • Effectifs au sol : En moyenne, 2 432 agents ont été déployés quotidiennement pour des tâches de contrôle frontalier et de gestion des migrations.
  • Spécialisation : Le nombre de spécialistes du retour a augmenté de 58 % en 2024 pour mieux accompagner les États membres dans leurs procédures.
  • Groupes vulnérables : Frontex a lancé un site dédié et publié des guides de bonnes pratiques sur les alternatives à la détention pour les personnes vulnérables en procédure de retour.



3. Renseignement et gestion des frontières

Le volet « Renseignement et gestion des frontières » représente le cerveau opérationnel de Frontex. En 2024, l'agence a franchi une étape décisive en adoptant une politique de renseignement pour la Gestion Intégrée des Frontières Européennes (EIBM), visant à transformer Frontex en une organisation pilotée par le renseignement d'ici 2027.

3.1 Analyse des risques et lutte contre la criminalité


L'agence a considérablement renforcé sa capacité à anticiper les menaces plutôt qu'à simplement y réagir.
  • Évaluation des menaces criminelles : Frontex a publié son tout premier rapport d'évaluation des menaces liées à la criminalité transfrontalière (CBC), analysant les développements de 2023.
  • Cellules spécialisées : La première cellule de lutte contre la criminalité transfrontalière a été activée en 2024, avec un accent particulier sur la lutte contre la traite des êtres humains en provenance de pays comme la Colombie et le Nigeria.

3.2 Évaluation de la vulnérabilité

Ce mécanisme permet de vérifier si les États membres sont prêts à faire face aux pressions à leurs frontières extérieures.
  • Recommandations concrètes : L'agence a achevé 29 évaluations de base et a émis 32 nouvelles mesures recommandées aux États membres pour combler des lacunes identifiées.
  • Synergie avec Schengen : Frontex a déployé des observateurs lors de 10 visites d'évaluation Schengen menées par la Commission européenne afin d'assurer une cohérence entre les vulnérabilités détectées et les normes de l'UE.
  • Méthodologie améliorée : La révision de la méthodologie commune d'évaluation de la vulnérabilité (CVAM) a été adoptée pour améliorer la précision de la détection des failles de sécurité.

3.3 EUROSUR et Services de Fusion (EFS)

EUROSUR est le cadre technique pour l'échange d'informations entre les États membres et l'agence.
  • Augmentation de l'activité : En 2024, Frontex a traité 718 demandes de services de fusion (une hausse de 9 %), notamment pour la surveillance côtière, l'imagerie satellite et la surveillance de la zone de pré-frontière.
  • Nouveaux outils technologiques : Trois nouveaux services ont été développés : l'analyse des flux de voyageurs, un service de surveillance des médias et un service de surveillance aérienne des frontières.
  • Surveillance quotidienne : Des missions de surveillance aérienne ont été menées quotidiennement dans les zones de pré-frontière pour surveiller l'influx de migrants et les activités criminelles.

4. Innovation et numérisation des données

Le volet « Innovation et Numérisation » est un moteur de modernisation qui touche à la fois les capacités opérationnelles aux frontières et l'efficacité administrative interne de l'agence. En 2024, Frontex a investi plus de 30 millions d'euros dans le développement de nouvelles solutions numériques. 

4.1 Innovation opérationnelle et "Smart Borders"


L'agence développe des technologies pour rendre le franchissement des frontières plus fluide et sécurisé :
  • Applications Mobiles : Frontex a conçu et testé APP4EES, une application smartphone permettant le pré-enregistrement des données des voyageurs pour le futur système d'entrée/sortie (EES). Une autre application, Travel2Europe, a également été développée pour accompagner le déploiement d'ETIAS.
  • Lutte contre les Drones (C-UAS) : Un concours de prix doté de 960 000 euros a été lancé pour stimuler le développement de technologies capables de détecter et contrer les drones illicites aux frontières.
  • Systèmes Non-habités : L'agence a poursuivi le pilotage de systèmes aériens et terrestres sans équipage, en se concentrant particulièrement sur la surveillance de la frontière terrestre orientale.

4.2 Modernisation de la gestion des documents

La numérisation est au cœur de la lutte contre la fraude à l'identité :
  • Projet EBCG FADO : Le transfert du système de documents faux et authentiques en ligne (FADO) vers Frontex a progressé avec la signature d'un contrat technique en décembre 2024. Le système devrait livrer un produit minimum viable d'ici août 2026.
  • Système FIELDS : Ce système, développé avec Interpol, s'étend avec l'intégration progressive de nouveaux pays comme l'Ukraine et la Géorgie pour le partage d'informations sur les documents de voyage.
  • Assistance à distance : Un service d'assistance 24/7 pour la vérification des documents a été rendu opérationnel en octobre 2024, permettant aux agents sur le terrain de consulter des experts à distance.

4.3 Transformation numérique et infrastructure de données

Frontex a franchi des étapes cruciales pour devenir une organisation axée sur les données :
  • Plateforme de Données Centrale : Mise en service fin 2024 dans un environnement non classifié, cette plateforme permet une gestion centralisée des flux d'informations et un reporting en temps quasi réel.
  • Cloud et Cybersécurité : L'agence a mis en œuvre sa feuille de route pour l'adoption du Cloud et a renforcé ses défenses contre les cyber-risques, atteignant ses objectifs de disponibilité des systèmes (uptime).
  • Interopérabilité : Frontex a commencé à aligner ses architectures logicielles sur le règlement européen sur l'interopérabilité pour assurer une meilleure connexion entre ses bases de données et celles des États membres.



5. Ressources humaines et gestion financière

Le volet « Ressources Humaines et Gestion Financière » du rapport 2024 met en lumière une agence en pleine expansion, gérant un budget record tout en modernisant ses processus internes pour soutenir la croissance massive de ses effectifs.

5.1 Gestion budgétaire et Corps permanent
  • Exécution budgétaire record : L'agence a exécuté avec succès un budget de 922,1 millions d'euros, atteignant un taux d'engagement de 99,6 %.
  • Croissance massive des effectifs : Le personnel est passé de 750 agents en 2019 à 2 545 à la fin de l'année 2024.
  • Recrutement et rotation : 492 nouveaux arrivants ont rejoint l'agence en 2024. Le taux d'occupation des postes s'établit à 85,3 %, restant en deçà de l'objectif de 93 % en raison de l'augmentation constante du nombre de postes autorisés par l'UE.

5.2 Formation du Corps permanent

L'année 2024 a été une année charnière pour le développement des compétences :
  • 10 538 apprenants ont bénéficié de formations organisées par l'agence.
  • Le programme de formation opérationnelle pour le corps permanent (catégorie 1) a été décliné en quatre versions pour s'adapter à la nouvelle chaîne de commandement (FC2) .



6. Droits fondamentaux

En 2024, Frontex a renforcé son cadre de protection des droits fondamentaux, marquant une volonté d'intégrer cette dimension à tous les niveaux opérationnels et décisionnels de l'agence.

6.1 Surveillance opérationnelle et présence sur le terrain

L'activité des contrôleurs des droits fondamentaux a atteint des niveaux records en 2024 :
  • Déploiements accrus : Les contrôleurs ont été déployés pendant un total de 1 822 jours, ce qui représente une augmentation de 12 % par rapport à 2023. Ils ont couvert 25 opérations dans 21 pays différents.
  • Vols de retour : L'agence a assuré le suivi de près de 50 vols de retour (45 opérations spécifiquement monitorées selon les indicateurs clés) pour garantir le respect des procédures et de la dignité des personnes.
  • Accès aux documents : Les contrôleurs ont bénéficié d'un accès quasi total aux zones opérationnelles et aux documents, malgré quelques difficultés isolées signalées pour les patrouilles maritimes et terrestres dans deux pays.

6.2 Évolution institutionnelle et gouvernance

L'agence a restructuré ses mécanismes internes pour accroître la responsabilité :
  • Panel de conformité aux droits fondamentaux : Ce nouveau panel a été formellement établi en 2024 par une décision de la direction. Présidé par le directeur exécutif adjoint chargé des opérations, il traite des questions de conformité qui ne peuvent être résolues au niveau opérationnel.
  • Restructuration du Bureau des droits fondamentaux (FRO) : Le bureau a fait l'objet d'un examen interne complet pour adapter ses méthodes de travail à la nouvelle structure de l'agence (notamment la chaîne de commandement FC2). Une nouvelle structure sera mise en œuvre dès janvier 2025.
  • Avis thématiques : L'Officier des droits fondamentaux (FRO) a publié 10 avis thématiques, dont cinq portaient sur des questions de fond comme la protection des lanceurs d'alerte, l'usage de la force ou la situation spécifique en Grèce et en Bulgarie.

6.3 Traitement des incidents et des plaintes

Le rapport souligne une activité intense en matière de signalement et d'enquête :
  • Rapports d'incidents graves (SIR) : 172 cas potentiels de SIR ont été examinés en 2024, dont 56 ont fait l'objet d'une enquête officielle.
  • Mécanisme de plainte : 84 plaintes ont été enregistrées. Parmi elles, une a été déclarée admissible concernant des allégations de mauvais traitements lors d'opérations de retour forcé.
  • Usage de la force : 107 rapports sur l'usage de la force ont été diffusés. Le bureau des droits fondamentaux surveille étroitement les formations dans ce domaine pour y inclure des garanties de protection adéquates.

6.4 Formation et évaluation externe
  • Formation continue : Le bureau a dispensé 496 jours de formation sur site et 193 heures de cours en ligne à l'intention du personnel de l'agence et des partenaires opérationnels.
  • Évaluation indépendante : Une évaluation externe (réalisée par le consortium Ramboll/Tetra Tech) s'est achevée en octobre 2024. Elle a formulé 11 recommandations, incluant l'amélioration de l'accès aux zones d'opérations et le renforcement de la protection des personnes signalant des incidents.
  • Études d'impact : Des évaluations de l'impact sur les droits de l'homme ont été réalisées pour 14 pays non membres de l'UE dans le cadre de la coopération international.



7. Relations extérieures

Le rapport CAAR 2024 détaille largement les relations extérieures de Frontex, structurées autour de sa nouvelle Stratégie de coopération internationale 2024-2026. Ces relations se divisent entre les pays tiers et les organisations partenaires (agences de l'UE et organisations internationales).

7.1 Relations avec les pays tiers (coopération internationale)

Frontex a intensifié son empreinte opérationnelle et diplomatique hors de l'UE :
  • Accords de statut et arrangements de travail : Un arrangement de travail majeur a été signé avec le Royaume-Uni. Des négociations ont été lancées avec la Mauritanie et le Maroc, tandis que l'accord avec le Nigeria a été révisé.
  • Balkans occidentaux et voisinage : Frontex a soutenu les négociations pour des accords de statut de « deuxième génération » avec la Serbie et la Bosnie-Herzégovine. L'agence a maintenu une présence opérationnelle forte en Moldavie.
  • Soutien à l'Ukraine : La coopération s'est intensifiée sur la gestion intégrée des frontières (EIBM) et la lutte contre le trafic d'armes, incluant un arrangement avec la mission de conseil de l'UE en Ukraine (EUAM Ukraine).
  • Officiers de liaison (FLO) : Frontex dispose d'un réseau de 5 officiers de liaison déployés dans des pays tiers. Le conseil d'administration a approuvé de nouveaux déploiements au Pakistan et au Maroc pour 2025.
  • Renforcement des capacités : L'agence a mené 13 sessions de formation sur le cadre EUROSUR pour des pays tiers.

7.2 Coopération avec les organisations et agences de l'UE

Frontex collabore étroitement avec ses pairs pour maximiser l'efficacité des mandats respectifs: 
  • Arrangement de travail tripartite (TWA) : Coopération permanente avec l'EMSA (sécurité maritime) et l'EFCA (contrôle des pêches) pour des opérations maritimes polyvalentes (MMO) et le partage de données de surveillance.
  • Justice et Affaires intérieures :
    • Europol : Échange mutuel d'officiers de liaison (un officier Europol est désormais stationné au siège de Frontex).
    • FRA : Renouvellement de l'arrangement de travail avec l'Agence des droits fondamentaux de l'UE.
    • Services de la Commission : Conclusion de négociations avec le JRC (Centre commun de recherche) et la DG HOME sur la connaissance situationnelle et les prévisions.
  • Organisations Internationales (IO) :
    • Une lettre d'intention a été signée avec l'UNHCR pour renforcer la collaboration.
    • Les négociations avec l'OIM (IOM) et l'OACI (ICAO) se poursuivent, bien que ralenties par des questions de conformité sur l'échange de données personnelles, en attente de modèles d'arrangements administratifs validés par le CEPD.

7.3 Impact opérationnel des partenariats

  • Opérations conjointes (JO) : En 2024, Frontex a mené 8 opérations conjointes impliquant des pays tiers (Albanie, Monténégro, Serbie, Macédoine du Nord et Moldavie).
  • •Projets financés par l'UE : L'agence gère des projets comme EU4BorderSecurity (couvrant 9 pays du voisinage Sud) et des programmes IPA III dans les Balkans occidentaux pour aligner leurs standards de gestion des frontières sur ceux de l'UE.

 

synthèse par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr


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lundi 2 février 2026

Une sentinelle européenne numérique : l’offensive technologique d’Europol face à la criminalité

 


Europol a publié son dernier "Europol in brief" qui constitue un condensé d'informations sur ce qu'est l'office de police et ce qu'il fait. Europol c'est en effet 1700 personnes, un réseau de plus de 300 officiers de liaison et un budget de 223,8 millions d'euros. Mais c'est aussi un écosystème technologique de pointe avec à la clé des résultats opérationnels tangibles. Le bilan est à cet égard impressionnant. Par exemple, depuis le lancement du projet EU Most Wanted en 2016, près de 500 profils de fugitifs ont été publiés, et 170 d'entre eux ont été arrêtés.



Des ressources (très) importantes

Basée à La Haye, aux Pays-Bas, l'organisation dispose des ressources suivantes pour 2025 :

  • Effectifs : Plus de 1 700 personnes provenant de 57 pays.
  • Officiers de liaison : Un réseau de plus de 300 officiers représentant les États membres et des pays tiers.
  • Budget : 223,8 millions d'euros prévus pour l'année 2025
  • Diversité : L'effectif est composé de 66 % d'hommes et 34 % de femmes. Plus de 60 langues sont parlées au siège.
  • Budget : Un budget de 223,8 millions d'euros est prévu pour l'année 2025.
  • Centre Opérationnel 24/7 : Plus de 30 spécialistes et analystes travaillent en permanence dans cette unité de haute sécurité.
  • EPE (Plateforme pour experts) : Regroupe plus de 22 000 experts issus des services répressifs, du secteur privé et du milieu universitaire, répartis sur plus de 60 plateformes.



Orientations stratégiques et nouveautés

Le rapport met en lumière des évolutions majeures qui marquent un tournant dans la gestion de la sécurité européenne :

  • Coopération avec le secteur privé : Une nouvelle stratégie sur la coopération avec les parties privées est établie en 2025, soulignant l'importance croissante des données non gouvernementales dans les enquêtes.
  • Intégration de l'Intelligence Artificielle : La nomination d'un Artificial Intelligence Officer pour piloter l'adoption des technologies d'IA tout en garantissant la protection des données.
  • Cycle EMPACT 2026-2029 : Les priorités pour le prochain cycle de quatre ans ont été définies dès juin 2025, incluant une focalisation accrue sur les réseaux criminels les plus menaçants et la criminalité en ligne.
  • La création de l'Integrated Operational Services Unit : Cette unité gère le renseignement lié aux voyages (travel intelligence) et l'agenda d'interopérabilité de l'UE. Elle permet de croiser les données de mouvement à une échelle européenne, une capacité cruciale pour anticiper les flux terroristes ou criminels avant qu'ils n'agissent.



Un écosystème technologique de pointe

L'infrastructure technique d'Europol constitue un réseau interconnecté composé de :

  • SIENA (Échange d'informations) : Plus de 3 500 autorités compétentes sont connectées à cette application de messagerie sécurisée en 2025. Historiquement, ce système connectait plus de 3 000 autorités de plus de 70 pays.
  • Research and Innovation Sandbox : Un environnement de traitement de données spécifique dédié aux projets de recherche et d'innovation.
  • EIS (Système d'Information d'Europol) : Sa valeur réside dans sa densité, avec plus de 1,7 million d'objets (infractions, individus, données liées) répertoriés pour des vérifications croisées immédiates.
  • Digital Forensics Unit : Une unité spécialisée qui renforce considérablement la capacité des États membres à analyser les preuves numériques.
  • Trace an Object : Une initiative innovante qui diffuse des objets de l'arrière-plan de matériel d'abus sexuel sur mineurs issus de cold cases. La valeur ajoutée réside ici dans l'utilisation de la mémoire collective pour identifier des lieux ou des suspects là où les algorithmes échouent.
  • No More Ransom : Un portail technique qui fournit des solutions de déchiffrement directes aux victimes de rançongiciels, court-circuitant ainsi le modèle économique des cybercriminels.



Des méthodologies opérationnelles ciblées

Le rapport détaille des structures d'intervention qui vont bien au-delà de la coopération policière classique:

  • OTF (Operational Task Forces) : Ces groupes temporaires se concentrent spécifiquement sur des "High Value Targets" (cibles à haute valeur). Un exemple frappant est l'OTF GRIMM, spécialisée dans la lutte contre la "violence-as-a-service".
  • Analysis Projects : Une approche segmentée par type de marchandise ou par réseau criminel, transformant les messages bruts en renseignements exploitables et en cycles d'intelligence.
  • Trackathon : Une méthode innovante de recherche de fugitifs utilisant l'OSINT (renseignement de sources ouvertes) et les médias sociaux. Cet événement de recherche de fugitifs a réuni 78 participants de 33 pays, générant 50 nouvelles pistes en seulement deux jours en 2024.



J-CAT et RAD: un modèle de réponse agile

Le document détaille le fonctionnement de la Joint Cybercrime Action Taskforce (J-CAT).

  • Joint Cybercrime Action Taskforce (J-CAT) : Contrairement à une coopération classique, la J-CAT regroupe des officiers de liaison cyber de 20 pays qui travaillent physiquement ensemble pour stimuler l'exécution immédiate d'enquêtes sur des cas de haut profil. C'est une structure conçue pour la rapidité de l'internet.
  • La Méthodologie des RAD (Referral Action Days). L'unité EU IRU (Internet Referral Unit) ne se contente pas de surveiller le web ; elle organise des Referral Action Days (RAD). Les RAD sont des journées d'action coordonnées avec les États membres et les plateformes en ligne permettent un retrait massif et simultané de contenus terroristes. Sur une décennie, cette méthode a permis de traiter plus de 233 000 contenus sur 766 plateformes différentes.



Soutien opérationnel et résultats probants

  • Équipes communes d'enquête (JIT) : Europol a soutenu 33 JIT, dont 21 nouvelles équipes, menant à 4 124 arrestations et 432 journées d'action.
  • ESOCC (Criminalité organisée) : En 2024, ce centre a soutenu 1 187 opérations et traité 14 347 informations opérationnelles sur les réseaux criminels à haut risque.
  • • Lutte contre le trafic de migrants (EMSC) : 17 708 informations opérationnelles ont été traitées en 2024.
  • J-CAT (Cybercriminalité) : Fondé en 2013, il regroupe 24 agences d'application de la loi de 20 pays.
  • Contenus terroristes en ligne (EU IRU) : Sur une décennie, l'unité a évalué 233 575 contenus, générant 217 495 décisions de signalement sur 766 plateformes. Elle a également coordonné 33 journées d'action de signalement (RAD).
  • EU Most Wanted (Fugitifs) : Depuis son lancement en 2016, 494 profils ont été publiés, menant à l'arrestation de 169 fugitifs, dont 54 directement grâce au site web.


Un exemple concret : l'Opération Opson

L'Opération Opson est une initiative mondiale de grande envergure consacrée à la lutte contre la fraude alimentaire et le trafic de boissons contrefaites ou de qualité inférieure.
Cette opération est coordonnée par le Centre européen de lutte contre la criminalité financière et économique (EFECC) d'Europol, plus précisément via la Coalition de coordination de la criminalité contre la propriété intellectuelle (IPC3). Elle repose sur une collaboration internationale incluant :

  • Des autorités de 31 pays.
  • L'Office européen de lutte antifraude (OLAF).
  • La Commission européenne.
Le rapport met en avant l'impact significatif de la quatorzième édition de cette opération, qui a permis d'obtenir les résultats suivants :
  • Saisies massives : 11 tonnes de nourriture et 1,4 million de litres de boissons ont été retirés du marché.
  • Actions judiciaires : 631 suspects ont été signalés aux autorités.
  • Démantèlement : 13 réseaux criminels ont été perturbés.
  • Inspections : 165 contrôles et inspections ont été réalisés durant l'opération.

L'objectif principal de l'IPC3, à travers des actions comme Opson, est de renforcer la lutte contre les atteintes à la propriété intellectuelle, la contrefaçon et le piratage, qu'ils soient pratiqués en ligne ou hors ligne


Un autre exemple concret : l'Opération TRIDENT/OBSERVER

L'Opération TRIDENT/OBSERVER est une initiative de journées d'action commune (Joint Action Days) menée dans le cadre du programme EMPACT pour lutter contre la criminalité transfrontalière.
L'opération s'est déroulée dans la région de la mer Baltique. Ses priorités principales étaient :

  • La détection d'individus à haut risque.
  • La lutte contre les crimes contre la propriété (vols).
  • Le démantèlement de réseaux de trafic de drogues.
Cette opération a été coordonnée et soutenue par :
  • Le Centre opérationnel d'Europol, qui fonctionne 24h/24 et 7j/7.
  • Dix pays membres de l'Union européenne.

Résultats clés (sur une période de 5 jours)
L'engagement d'Europol et de ses partenaires a permis d'obtenir des résultats opérationnels concrets :

  • Arrestations : 40 personnes ont été interpellées.
  • Données : 249 correspondances (« hits ») ont été identifiées dans les bases de données d'Europol et 96 demandes de vérification croisée ont été traitées.
  • Saisies financières : 450 000 euros en espèces ont été confisqués.
  • Marchandises saisies : Plusieurs véhicules volés (voitures et motos) ainsi que de grandes quantités de drogues ont été récupérés.

Le Centre opérationnel d'Europol a joué un rôle crucial dans ce succès en transformant les données et informations en renseignements exploitables pour soutenir les enquêteurs sur le terrain


synthèse par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr


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mardi 27 janvier 2026

Lutte antidrogue : l’UE revoit et renforce sa législation sur les produits précurseurs

 


Pour lutter contre les drogues, en particulier les drogues de synthèse, la législation européenne fait l’objet d’une importante refonte. L’idée ? Assurer une simplification legislative, mieux lutter contre les "précurseurs de conception" (designer precursors), réduire la disponibilité de ces produits pour la fabrication illicite, favoriser la numérisation des procédures et créer un répertoire d'informations.
De manière métaphorique, l'ancien système était comme un agent de sécurité qui devait vérifier chaque laissez-passer papier à l'entrée d'une usine. La nouvelle proposition de règlement fait référérence à un système de badge numérique intelligent : il reconnaît automatiquement les employés autorisés, ajuste les droits d'accès instantanément si une nouvelle règle est émise pour une "famille" de produits, et signale tout comportement anormal en temps réel sans ralentir le flux à l'entrée.




De quoi parle-t-on ?

L'objet de cette proposition est d'établir des règles harmonisées pour la surveillance et le contrôle de la mise à disposition sur le marché, de l'importation, de l'exportation, de la possession et de l'utilisation des précurseurs de drogues. Les précurseurs de drogues sont des substances chimiques nécessaires à la fabrication illicite de stupéfiants, mais qui ont également de nombreuses utilisations industrielles légitimes.

La proposition introduit des avancées majeures visant à moderniser le contrôle des précurseurs de drogues, à simplifier le commerce licite et à répondre plus efficacement à l'émergence de nouvelles substances chimiques illicites. La proposition fusionne les deux règlements actuels — le règlement (CE) n° 273/2004 (marché intérieur) et le règlement (CE) n° 111/2005 (commerce extérieur) — en un instrument unique. Cette fusion vise à harmoniser les règles, à renforcer la clarté juridique et à assurer une application uniforme dans l'ensemble de l'Union européenne.


Quels sont les points clés ?

  • Fusion et simplification législative : La proposition vise à fusionner deux règlements existants (le règlement (CE) n° 273/2004 sur le marché intérieur et le règlement (CE) n° 111/2005 sur le commerce extérieur) en un seul instrument afin de renforcer la clarté juridique et d'appliquer des règles uniformes.
  • Lutte contre les "précurseurs de conception" (designer precursors) : Elle introduit une nouvelle catégorie de substances (la catégorie 3) pour s'attaquer aux précurseurs de conception, qui sont des substances n'ayant aucune utilisation légitime connue (sauf pour la recherche) et qui sont créées par les criminels pour contourner les contrôles actuels.
  • Réduction de la disponibilité pour la fabrication illicite : Face à l'augmentation de la criminalité liée à la drogue dans l'UE, la proposition vise à empêcher le détournement de ces substances chimiques vers des laboratoires clandestins.
  • Numérisation des procédures : Pour réduire la charge administrative des entreprises (notamment les PME) et des autorités nationales, la proposition prévoit la création d'un système électronique centralisé pour la gestion des licences, des enregistrements et des déclarations de transactions suspectes.
  • Création d'un répertoire d'informations : Un répertoire d'informations sur les précurseurs de drogues sera mis en place et géré par l'Agence de l'Union européenne sur les drogues (EUDA) pour aider les parties prenantes à identifier les substances contrôlées et les nouvelles tendances de détournement.
  • Libre circulation et compétitivité : Tout en renforçant les contrôles de sécurité, la proposition garantit la libre circulation des produits chimiques pour l'industrie légitime et vise à simplifier les conditions de commerce au sein du marché unique.



D’où vient-on ?


Cette proposition de règlement de 2025 ne part pas de zéro ; elle s'inscrit dans un cadre législatif et international établi depuis plus de trente ans pour contrôler les substances chimiques détournées vers la fabrication de drogues.
Tout commence avec la Convention des Nations Unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes, adoptée à Vienne en 1988. Cette convention oblige ses signataires à prendre des mesures pour prévenir le détournement de substances fréquemment utilisées pour la fabrication illicite de drogues. L'Union européenne a conclu cette convention en 1990.
Pour appliquer cette convention, l'UE s'appuie actuellement sur deux règlements distincts adoptés il y a une vingtaine d'années :

  • Le Règlement (CE) n° 273/2004 : Il régit le marché intérieur (possession et mise sur le marché au sein de l'UE).
  • Le Règlement (CE) n° 111/2005 : Il régit le commerce extérieur entre l'UE et les pays tiers.
C'est de la fusion et de l'abrogation de ces deux textes que provient la proposition de 2025.



Quel est le problème ?


Le système actuel fonctionne en classant les substances en plusieurs catégories selon leur importance dans la production de drogues et l'ampleur de leur commerce légitime :

  • Catégorie 1 : Les substances les plus critiques, essentielles à la fabrication, soumises à une licence stricte.
  • Catégorie 2 : Des substances moins sensibles mais importantes, utilisées massivement par l'industrie.
  • Catégorie 3 : Jusqu'à présent, cette catégorie regroupait des produits chimiques en vrac avec des usages légitimes très répandus (comme certains acides). 
L'évaluation du cadre actuel a révélé plusieurs lacunes qui justifient le passage au nouveau texte de 2025 :
  • Lenteur face à l'innovation criminelle : Le système actuel d'inscription "substance par substance" est trop lent face aux criminels qui modifient légèrement les molécules pour créer des "précurseurs de conception" (designer precursors).
  • Poids administratif : Les procédures sont encore largement basées sur le papier, avec des délais de notification et des rapports annuels manuels qui pèsent sur les entreprises (dont 92 % sont des PME).
  • Manque de cohérence : Avoir deux règlements séparés pour le commerce intérieur et extérieur créait parfois des confusions et une complexité inutile pour les opérateurs.


La principale réforme: la création de la catégorie des "précurseurs de conception" 

Une innovation majeure est la création d'une nouvelle catégorie de substances (la catégorie 3) spécifiquement dédiée aux précurseurs de conception ("designer precursors").

  • Interdiction de principe : Contrairement aux précurseurs traditionnels qui ont des usages industriels massifs, ces substances n'ont aucun usage légitime connu en dehors de la recherche et de l'innovation ; leur commerce, possession et utilisation sont donc interdits par défaut.
  • Dérogations contrôlées : Des exceptions sont prévues pour de petites quantités destinées à la recherche (sous réserve d'une notification préalable) ou pour des quantités plus importantes après l'obtention d'une licence.



Numérisation intégrale et automatisation

La proposition prévoit la mise en place d'un système électronique centralisé pour la gestion des précurseurs.

  • Automatisation du reporting : Les obligations de rapports annuels périodiques pour les opérateurs et les autorités sont supprimées, car le système agrègera automatiquement les données saisies.
  • Guichet unique douanier : Le système sera interconnecté avec le "Guichet unique de l'UE pour les douanes", permettant des vérifications automatiques et instantanées des licences et enregistrements lors de l'importation ou de l'exportation.
  • Vérification numérique des clients : Le processus de vérification de l'identité et de la légitimité des clients sera entièrement numérisé.



Responsabilisation des places de marché en ligne

La proposition étend l'obligation de notifier les transactions suspectes, les disparitions ou les vols aux fournisseurs de places de marché en ligne, reconnaissant leur rôle croissant dans le trafic de produits chimiques.
Pour mieux comprendre, on peut comparer ces avancées au passage d'un système de contrôle "à la pièce", lent et basé sur le papier, à un système de "vigilance intelligente" où la technologie bloque automatiquement les substances suspectes tout en laissant passer les flux légitimes pré-approuvés.

Les autres avancées :

  • Approche innovante de "l'inscription générique" :  pour contrer la rapidité des trafiquants qui modifient légèrement les molécules pour contourner les lois, la proposition permet désormais l'inscription par groupes de substances (approche générique) plutôt que substance par substance. Cela permet de placer sous contrôle toute une famille chimique basée sur une structure moléculaire commune, empêchant ainsi les criminels de "jouer sur les molécules" pour échapper aux contrôles.
  • Nouveau système de "gestion des quantités" : pour le commerce extérieur, le système lourd d'autorisations d'importation/exportation par transaction est remplacé par une gestion des quantités. Les opérateurs notifient une quantité maximale prévue sur une période donnée (jusqu'à trois ans), et le système électronique décompte automatiquement les flux réels, réduisant ainsi considérablement les délais et la paperasse. 
  • Le Répertoire d'informations de l'EUDA : l'Agence de l'Union européenne sur les drogues (EUDA) gérera un répertoire contenant des descriptions techniques des substances, leurs usages légitimes et les tendances de détournement. Ce répertoire inclura un outil pour aider les entreprises (notamment les PME) à déterminer si une substance spécifique appartient à un groupe générique contrôlé.


synthèse par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr


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mardi 20 janvier 2026

La coopération entre Europol et le secteur privé s’est accrue de 1000% en an !

  




C’est un chiffre qui illustre la croissance fulgurante de l’office européen de police. Un rapport faisant un bilan du nouveau règlement relatif à Europol dresse un bilan impressionant : des pays tiers partagent des informations sensibles exclusivement avec Europol, l'agence possède son « bac à sable » (sandbox) de données personnelles pour mener à bien pour des projets de recherche et d'innovation, elle est désormais en mesure de détecter des liens transfrontières invisibles au niveau national grâce à ses outils de traitement du Big Data, ce qui a entraîné le démantèlement des réseaux de communication cryptés EncroChat et Sky ECC, ou ceux de trafiquants de cocaïne.

Tout n'est pourtant pas rose. Le rapport pointe la charge administrative pour se conformer strictement aux règles de protection des données reste très lourde pour Europol et les autorités nationales.



De quoi parle-t-on ?

Ce document est un rapport de la Commission européenne évaluant l'incidence opérationnelle des nouvelles missions et compétences de l'Agence de l'Union européenne pour la coopération des services répressifs (Europol), introduites par le règlement (UE) 2022/991. Ce rapport analyse comment l'agence s'est adaptée aux changements radicaux de la criminalité organisée et du terrorisme au cours des dernières décennies, notamment face à la transformation numérique et à la mondialisation.

Les conclusions du rapport de la Commission européenne sur le nouveau mandat d'Europol soulignent une transition globalement réussie vers des capacités accrues, tout en identifiant des zones d'amélioration technique et juridique.

Ce rapport sert de base pour préparer une révision plus ambitieuse du mandat d'Europol prévue pour 2026, visant à rendre l'agence encore plus opérationnelle face aux défis de sécurité croissants.



Quelles sont les principales conclusions ?

Les États membres conservent une opinion globalement favorable quant à la pertinence et à la valeur ajoutée des nouvelles missions d'Europol. L'agence est perçue comme un moteur essentiel pour soutenir les autorités nationales face à la transformation numérique et à la mondialisation de la criminalité,. Presque toutes les nouvelles dispositions sont désormais opérationnelles, à l'exception des signalements dans le SIS, dont la mise en service technique est prévue pour 2026.

Le rapport conclut qu'il n'existe aucune preuve d'incidence négative sur les droits fondamentaux résultant de l'utilisation des nouvelles compétences,. Ce résultat est attribué à la mise en œuvre rigoureuse de garanties solides, telles que la création du poste d'officier aux droits fondamentaux et l'alignement des règles de protection des données sur les standards européens les plus élevés,,. Cette rigueur a permis de renforcer la confiance entre les partenaires, facilitant ainsi la circulation de l'information.

Malgré ce succès, plusieurs points de friction sont identifiés :
  • Complexité juridique : Le cadre actuel est jugé parfois trop fragmenté et complexe, ce qui pourrait décourager les praticiens ou les parties privées d'utiliser pleinement les nouveaux outils,.
  • Charge administrative : La catégorisation des données (trier les suspects, victimes, etc.) reste une tâche extrêmement lourde pour Europol et les États membres, malgré la flexibilité de 18 mois accordée pour les données massives.
  • Mise en œuvre restrictive : Certains États membres estiment qu'Europol et le CEPD appliquent les règles de protection des données de manière trop prudente, ce qui risque de nuire à l'efficacité opérationnelle et à la réactivité de l'agence.



D’où vient-on ?

La situation en matière de sécurité a connu des changements radicaux au cours des 30 dernières années, transformant profondément la grande criminalité organisée. Les États membres ont de nouveaux besoins opérationnels pour répondre efficacement aux menaces émergentes et leurs attentes en ce qui concerne le soutien d’Europol ont également évolué.

Le mandat d’Europol, tel qu’il est défini dans le règlement (UE) 2016/794, a été modifié en dernier lieu en 2022 par le règlement (UE) 2022/991 afin de faire face aux nouvelles menaces pour la sécurité.



Une dimension extérieure renforcée

Selon le rapport, la dimension extérieure d'Europol est devenue cruciale en raison de la nature mondiale de la criminalité organisée et du terrorisme. Le rapport souligne que les informations détenues par des pays tiers et des organisations internationales sont de plus en plus essentielles pour la sécurité intérieure de l'Union européenne.

Le règlement (UE) 2022/991 a apporté des modifications substantielles pour renforcer les activités internationales de l'agence. Europol a désormais l'obligation d'inclure une stratégie pour ses relations avec les pays tiers et les organisations internationales dans sa programmation pluriannuelle et ses programmes de travail annuels. L'objectif est de faciliter l'échange d'informations et de renforcer les partenariats avec des entités situées hors de l'Union,.

Dans de nombreux cas, des pays tiers partagent des informations sensibles exclusivement avec Europol, notamment lorsque la personne concernée n'est pas un citoyen de l'UE et qu'il n'existe aucun lien direct avec une enquête nationale en cours dans un État membre. L'agence joue alors un rôle de moteur en traitant ces données et en partageant les résultats de ses analyses avec tous les États membres. Cette mission vise à remédier aux lacunes structurelles qui entravent parfois le travail des autorités nationales, comme les garde-frontières.



Système d'information Schengen (SIS) : bilan de la nouvelle mission de proposition de signalements


En 2024, le SIS a enregistré plus de 15 milliards de recherches, contre seulement 14 millions pour le système d'information d'Europol (SIE) et moins de 3 milliards pour les bases d'Interpol au niveau mondial. En intégrant les propositions d'Europol dans le SIS, l'agence s'assure que ses analyses atteignent directement les policiers et douaniers lors de leurs contrôles quotidiens.

Le règlement Europol confie à l'agence une mission inédite : elle peut désormais proposer aux États membres l’introduction de « signalements pour information » dans le SIS. Ces signalements concernent spécifiquement des ressortissants de pays tiers impliqués dans le terrorisme ou la criminalité grave. Cette disposition découle d'une modification législative de 2022 visant à aligner l'usage du SIS avec les besoins de la coopération policière et judiciaire.

L'enjeu principal de cette relation est de rendre les informations provenant de pays tiers ou d'organisations internationales plus accessibles aux autorités de terrain. Auparavant, certaines données critiques n'étaient partagées par des pays tiers qu'avec Europol. Sans le SIS, ces informations restaient confinées dans les systèmes internes d'Europol, créant des lacunes structurelles pour les autorités nationales, notamment les garde-frontières.

Bien que le cadre juridique soit établi depuis 2022, cette relation opérationnelle n'est pas encore effective. La mise en œuvre technique de ce nouveau type de signalement est complexe et toujours en cours. Selon le rapport, la mise en service officielle est prévue pour 2026.



Des progrès notables en matière d’innovation et de recherche


Le règlement (UE) 2022/991 a substantiellement modifié le cadre juridique d'Europol pour renforcer ses capacités technologiques. L'objectif est double :
  • Soutenir le Laboratoire d’innovation d’Europol (EIL), créé fin 2019 pour centraliser les efforts d'innovation en matière répressive.
  • Promouvoir les synergies avec d'autres acteurs de l'UE, notamment au sein du pôle d’innovation de l’UE pour la sécurité intérieure, sous l'égide de la Commission.

Une innovation majeure du nouveau mandat (Article 18, paragraphe 2) est l'autorisation pour Europol de traiter des données opérationnelles à caractère personnel pour des projets de recherche et d'innovation.

Pour concilier innovation et respect de la vie privée, le règlement a imposé la création d'un environnement de traitement distinct et sécurisé. Cet environnement, nommé ODIN, est un « bac à sable » (sandbox) isolé et protégé au sein d'Europol. Les données à caractère personnel utilisées pour un projet y sont copiées temporairement et ne peuvent être utilisées que pour les besoins spécifiques de ce projet.

Le traitement des données pour la recherche est devenu opérationnel en 2023, après la mise en place d'ODIN. En 2025, un premier projet utilisant des données à caractère personnel a été réalisé, et trois autres sont en préparation.
Les investissements dans le développement des structures TIC, incluant le bac à sable ODIN et d'autres outils d'échange (comme PERCI), ont représenté environ 17 millions d'euros sur la période 2022-2025



Une capacité de traitement du Big Data

L'analyse de données massives (souvent appelées « mégadonnées » ou Big Data) est devenue une composante essentielle du travail d'Europol en raison de la transformation numérique de la criminalité, où les enquêtes sur le terrorisme ou le crime organisé impliquent désormais des téraoctets de données (audio, vidéo, messages cryptés).

Le principal obstacle technique et juridique à l'analyse des mégadonnées était l'obligation de catégoriser les personnes concernées (suspects, victimes, témoins, contacts) avant de pouvoir traiter leurs données. Auparavant, Europol ne pouvait traiter ou stocker que les données de personnes entrant dans ces catégories strictes (Annexe II du règlement). Or, pour des ensembles de données massifs et non structurés (comme ceux saisis dans des téléphones portables), un tri manuel est impossible.

Le règlement (UE) 2022/991 a introduit de la flexibilité pour permettre l'analyse de ces volumes importants tout en respectant les droits fondamentaux : 
  • Traitement temporaire (Article 18, paragraphe 6 bis) : Europol peut désormais traiter des données à caractère personnel reçues sans catégorisation préalable pour une durée de 18 mois (extensible à 36 mois dans certains cas) afin de réaliser ce tri.
  • Soutien aux enquêtes en cours (Article 18 bis) : L'agence peut analyser des données non catégorisées provenant d'autorités compétentes (comme Eurojust ou le Parquet européen) pour détecter des liens criminels ou des connexions urgentes, même si elles dépassent les catégories habituelles.

Ces nouvelles capacités de traitement permettent de détecter des liens transfrontaliers invisibles au niveau national.
  • Résultats statistiques : En 2023 et 2024, Europol a reçu environ 600 à 650 contributions par an sans catégorisation préalable. Ces données représentent moins de 1 % du total des contributions acceptées, et Europol a réussi à finaliser le tri de ces données dans le délai imparti de 18 mois sans avoir besoin de prolongation.
  • Enquêtes majeures : L'efficacité de ces outils a été démontrée dans des affaires de grande ampleur comme le démantèlement des réseaux de communication cryptés EncroChat et Sky ECC, ou dans la lutte contre les trafiquants de cocaïne basés dans les Balkans.

Malgré le soutien des États membres, le rapport souligne que la charge administrative pour se conformer strictement aux règles de protection des données reste très lourde pour Europol et les autorités nationales. Certains craignent également que la complexité et la fragmentation du cadre juridique ne finissent par décourager les enquêteurs sur le terrain



Une coopération avec le secteur privé particulièrement florissante

Selon le rapport, la coopération entre Europol et les parties privées (entreprises technologiques, institutions financières, prestataires de services de télécommunications) est devenue une nécessité absolue, car les criminels abusent massivement de ces services transfrontaliers pour leurs activités.

Le règlement (UE) 2022/991 a considérablement élargi les pouvoirs d'Europol dans ses relations avec le secteur privé. Auparavant, Europol ne pouvait recevoir des données de parties privées que via des intermédiaires (unités nationales ou points de contact). Désormais, l'agence peut traiter directement les informations provenant de parties privées.

Au-delà de l'identification de l'État membre concerné, Europol est maintenant autorisé à compléter ces informations par sa propre analyse criminelle afin d'aider les autorités nationales à traiter l'affaire. Par ailleurs, l'agence peut, au cas par cas, transmettre des données à caractère personnel à des parties privées. Elle peut aussi demander aux États membres d'obtenir des données auprès de ces parties selon leur législation nationale.

Le rapport souligne trois domaines où cette coopération est particulièrement structurée :
  • La lutte contre la pédopornographie : Europol traite les données reçues directement de parties privées pour lutter contre la diffusion de matériel pédopornographique en ligne.
  • Les crises en ligne : des règles spécifiques permettent d'intervenir en cas de diffusion de contenus terroristes ou violents.
  • La criminalité financière : en 2024, une forte augmentation de la coopération a été notée pour enquêter sur la criminalité économique et financière.

Pour faciliter ces échanges, Europol a investi dans des infrastructures dédiées (une partie des 17 millions d'euros alloués aux structures TIC) : 
  • PERCI : Une plateforme européenne pour le retrait de contenus illégaux (terrorisme).
  • EU CARES : Un service européen de signalement des abus sexuels sur enfants.

Le rapport note une accélération spectaculaire de cette collaboration : le nombre de cas de coopération au titre de l'article 26 est passé de 26 en 2023 à 284 en 2024, soit une augmentation de près de 1 000 %.Exemple concret : En 2025, Europol a contribué au démantèlement du logiciel malveillant Lumma Stealer grâce à une coopération avec Microsoft, qui avait identifié 394 000 ordinateurs infectés.

Malgré ces succès, le rapport mentionne des freins en particulier la complexité juridique : La fragmentation et la longueur des dispositions pourraient décourager les parties privées d'utiliser ces instruments.

synthèse par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr


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