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lundi 2 février 2026

Une sentinelle européenne numérique : l’offensive technologique d’Europol face à la criminalité

 


Europol a publié son dernier "Europol in brief" qui constitue un condensé d'informations sur ce qu'est l'office de police et ce qu'il fait. Europol c'est en effet 1700 personnes, un réseau de plus de 300 officiers de liaison et un budget de 223,8 millions d'euros. Mais c'est aussi un écosystème technologique de pointe avec à la clé des résultats opérationnels tangibles. Le bilan est à cet égard impressionnants. Par exemple, depuis le lancement du projet EU Most Wanted en 2016, près de 500 profils de fugitifs ont été publiés, et 170 d'entre eux ont été arrêtés.



Des ressources (très) importantes

Basée à La Haye, aux Pays-Bas, l'organisation dispose des ressources suivantes pour 2025 :

  • Effectifs : Plus de 1 700 personnes provenant de 57 pays.
  • Officiers de liaison : Un réseau de plus de 300 officiers représentant les États membres et des pays tiers.
  • Budget : 223,8 millions d'euros prévus pour l'année 2025
  • Diversité : L'effectif est composé de 66 % d'hommes et 34 % de femmes. Plus de 60 langues sont parlées au siège.
  • Budget : Un budget de 223,8 millions d'euros est prévu pour l'année 2025.
  • Centre Opérationnel 24/7 : Plus de 30 spécialistes et analystes travaillent en permanence dans cette unité de haute sécurité.
  • EPE (Plateforme pour experts) : Regroupe plus de 22 000 experts issus des services répressifs, du secteur privé et du milieu universitaire, répartis sur plus de 60 plateformes.



Orientations stratégiques et nouveautés

Le rapport met en lumière des évolutions majeures qui marquent un tournant dans la gestion de la sécurité européenne :

  • Coopération avec le secteur privé : Une nouvelle stratégie sur la coopération avec les parties privées est établie en 2025, soulignant l'importance croissante des données non gouvernementales dans les enquêtes.
  • Intégration de l'Intelligence Artificielle : La nomination d'un Artificial Intelligence Officer pour piloter l'adoption des technologies d'IA tout en garantissant la protection des données.
  • Cycle EMPACT 2026-2029 : Les priorités pour le prochain cycle de quatre ans ont été définies dès juin 2025, incluant une focalisation accrue sur les réseaux criminels les plus menaçants et la criminalité en ligne.
  • La création de l'Integrated Operational Services Unit : Cette unité gère le renseignement lié aux voyages (travel intelligence) et l'agenda d'interopérabilité de l'UE. Elle permet de croiser les données de mouvement à une échelle européenne, une capacité cruciale pour anticiper les flux terroristes ou criminels avant qu'ils n'agissent.



Un écosystème technologique de pointe

L'infrastructure technique d'Europol constitue un réseau interconnecté composé de :

  • SIENA (Échange d'informations) : Plus de 3 500 autorités compétentes sont connectées à cette application de messagerie sécurisée en 2025. Historiquement, ce système connectait plus de 3 000 autorités de plus de 70 pays.
  • Research and Innovation Sandbox : Un environnement de traitement de données spécifique dédié aux projets de recherche et d'innovation.
  • EIS (Système d'Information d'Europol) : Sa valeur réside dans sa densité, avec plus de 1,7 million d'objets (infractions, individus, données liées) répertoriés pour des vérifications croisées immédiates.
  • Digital Forensics Unit : Une unité spécialisée qui renforce considérablement la capacité des États membres à analyser les preuves numériques.
  • Trace an Object : Une initiative innovante qui diffuse des objets de l'arrière-plan de matériel d'abus sexuel sur mineurs issus de cold cases. La valeur ajoutée réside ici dans l'utilisation de la mémoire collective pour identifier des lieux ou des suspects là où les algorithmes échouent.
  • No More Ransom : Un portail technique qui fournit des solutions de déchiffrement directes aux victimes de rançongiciels, court-circuitant ainsi le modèle économique des cybercriminels.



Des méthodologies opérationnelles ciblées

Le rapport détaille des structures d'intervention qui vont bien au-delà de la coopération policière classique:

  • OTF (Operational Task Forces) : Ces groupes temporaires se concentrent spécifiquement sur des "High Value Targets" (cibles à haute valeur). Un exemple frappant est l'OTF GRIMM, spécialisée dans la lutte contre la "violence-as-a-service".
  • Analysis Projects : Une approche segmentée par type de marchandise ou par réseau criminel, transformant les messages bruts en renseignements exploitables et en cycles d'intelligence.
  • Trackathon : Une méthode innovante de recherche de fugitifs utilisant l'OSINT (renseignement de sources ouvertes) et les médias sociaux. Cet événement de recherche de fugitifs a réuni 78 participants de 33 pays, générant 50 nouvelles pistes en seulement deux jours en 2024.



J-CAT et RAD: un modèle de réponse agile

Le document détaille le fonctionnement de la Joint Cybercrime Action Taskforce (J-CAT).

  • Joint Cybercrime Action Taskforce (J-CAT) : Contrairement à une coopération classique, la J-CAT regroupe des officiers de liaison cyber de 20 pays qui travaillent physiquement ensemble pour stimuler l'exécution immédiate d'enquêtes sur des cas de haut profil. C'est une structure conçue pour la rapidité de l'internet.
  • La Méthodologie des RAD (Referral Action Days). L'unité EU IRU (Internet Referral Unit) ne se contente pas de surveiller le web ; elle organise des Referral Action Days (RAD). Les RAD sont des journées d'action coordonnées avec les États membres et les plateformes en ligne permettent un retrait massif et simultané de contenus terroristes. Sur une décennie, cette méthode a permis de traiter plus de 233 000 contenus sur 766 plateformes différentes.



Soutien opérationnel et résultats probants

  • Équipes communes d'enquête (JIT) : Europol a soutenu 33 JIT, dont 21 nouvelles équipes, menant à 4 124 arrestations et 432 journées d'action.
  • ESOCC (Criminalité organisée) : En 2024, ce centre a soutenu 1 187 opérations et traité 14 347 informations opérationnelles sur les réseaux criminels à haut risque.
  • • Lutte contre le trafic de migrants (EMSC) : 17 708 informations opérationnelles ont été traitées en 2024.
  • J-CAT (Cybercriminalité) : Fondé en 2013, il regroupe 24 agences d'application de la loi de 20 pays.
  • Contenus terroristes en ligne (EU IRU) : Sur une décennie, l'unité a évalué 233 575 contenus, générant 217 495 décisions de signalement sur 766 plateformes. Elle a également coordonné 33 journées d'action de signalement (RAD).
  • EU Most Wanted (Fugitifs) : Depuis son lancement en 2016, 494 profils ont été publiés, menant à l'arrestation de 169 fugitifs, dont 54 directement grâce au site web.


Un exemple concret : l'Opération Opson

L'Opération Opson est une initiative mondiale de grande envergure consacrée à la lutte contre la fraude alimentaire et le trafic de boissons contrefaites ou de qualité inférieure.
Cette opération est coordonnée par le Centre européen de lutte contre la criminalité financière et économique (EFECC) d'Europol, plus précisément via la Coalition de coordination de la criminalité contre la propriété intellectuelle (IPC3). Elle repose sur une collaboration internationale incluant :

  • Des autorités de 31 pays.
  • L'Office européen de lutte antifraude (OLAF).
  • La Commission européenne.
Le rapport met en avant l'impact significatif de la quatorzième édition de cette opération, qui a permis d'obtenir les résultats suivants :
  • Saisies massives : 11 tonnes de nourriture et 1,4 million de litres de boissons ont été retirés du marché.
  • Actions judiciaires : 631 suspects ont été signalés aux autorités.
  • Démantèlement : 13 réseaux criminels ont été perturbés.
  • Inspections : 165 contrôles et inspections ont été réalisés durant l'opération.

L'objectif principal de l'IPC3, à travers des actions comme Opson, est de renforcer la lutte contre les atteintes à la propriété intellectuelle, la contrefaçon et le piratage, qu'ils soient pratiqués en ligne ou hors ligne


Un autre exemple concret : l'Opération TRIDENT/OBSERVER

L'Opération TRIDENT/OBSERVER est une initiative de journées d'action commune (Joint Action Days) menée dans le cadre du programme EMPACT pour lutter contre la criminalité transfrontalière.
L'opération s'est déroulée dans la région de la mer Baltique. Ses priorités principales étaient :

  • La détection d'individus à haut risque.
  • La lutte contre les crimes contre la propriété (vols).
  • Le démantèlement de réseaux de trafic de drogues.
Cette opération a été coordonnée et soutenue par :
  • Le Centre opérationnel d'Europol, qui fonctionne 24h/24 et 7j/7.
  • Dix pays membres de l'Union européenne.

Résultats clés (sur une période de 5 jours)
L'engagement d'Europol et de ses partenaires a permis d'obtenir des résultats opérationnels concrets :

  • Arrestations : 40 personnes ont été interpellées.
  • Données : 249 correspondances (« hits ») ont été identifiées dans les bases de données d'Europol et 96 demandes de vérification croisée ont été traitées.
  • Saisies financières : 450 000 euros en espèces ont été confisqués.
  • Marchandises saisies : Plusieurs véhicules volés (voitures et motos) ainsi que de grandes quantités de drogues ont été récupérés.

Le Centre opérationnel d'Europol a joué un rôle crucial dans ce succès en transformant les données et informations en renseignements exploitables pour soutenir les enquêteurs sur le terrain


synthèse par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr


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mardi 27 janvier 2026

Lutte antidrogue : l’UE revoit et renforce sa législation sur les produits précurseurs

 


Pour lutter contre les drogues, en particulier les drogues de synthèse, la législation européenne fait l’objet d’une importante refonte. L’idée ? Assurer une simplification legislative, mieux lutter contre les "précurseurs de conception" (designer precursors), réduire la disponibilité de ces produits pour la fabrication illicite, favoriser la numérisation des procédures et créer un répertoire d'informations.
De manière métaphorique, l'ancien système était comme un agent de sécurité qui devait vérifier chaque laissez-passer papier à l'entrée d'une usine. La nouvelle proposition de règlement fait référérence à un système de badge numérique intelligent : il reconnaît automatiquement les employés autorisés, ajuste les droits d'accès instantanément si une nouvelle règle est émise pour une "famille" de produits, et signale tout comportement anormal en temps réel sans ralentir le flux à l'entrée.




De quoi parle-t-on ?

L'objet de cette proposition est d'établir des règles harmonisées pour la surveillance et le contrôle de la mise à disposition sur le marché, de l'importation, de l'exportation, de la possession et de l'utilisation des précurseurs de drogues. Les précurseurs de drogues sont des substances chimiques nécessaires à la fabrication illicite de stupéfiants, mais qui ont également de nombreuses utilisations industrielles légitimes.

La proposition introduit des avancées majeures visant à moderniser le contrôle des précurseurs de drogues, à simplifier le commerce licite et à répondre plus efficacement à l'émergence de nouvelles substances chimiques illicites. La proposition fusionne les deux règlements actuels — le règlement (CE) n° 273/2004 (marché intérieur) et le règlement (CE) n° 111/2005 (commerce extérieur) — en un instrument unique. Cette fusion vise à harmoniser les règles, à renforcer la clarté juridique et à assurer une application uniforme dans l'ensemble de l'Union européenne.


Quels sont les points clés ?

  • Fusion et simplification législative : La proposition vise à fusionner deux règlements existants (le règlement (CE) n° 273/2004 sur le marché intérieur et le règlement (CE) n° 111/2005 sur le commerce extérieur) en un seul instrument afin de renforcer la clarté juridique et d'appliquer des règles uniformes.
  • Lutte contre les "précurseurs de conception" (designer precursors) : Elle introduit une nouvelle catégorie de substances (la catégorie 3) pour s'attaquer aux précurseurs de conception, qui sont des substances n'ayant aucune utilisation légitime connue (sauf pour la recherche) et qui sont créées par les criminels pour contourner les contrôles actuels.
  • Réduction de la disponibilité pour la fabrication illicite : Face à l'augmentation de la criminalité liée à la drogue dans l'UE, la proposition vise à empêcher le détournement de ces substances chimiques vers des laboratoires clandestins.
  • Numérisation des procédures : Pour réduire la charge administrative des entreprises (notamment les PME) et des autorités nationales, la proposition prévoit la création d'un système électronique centralisé pour la gestion des licences, des enregistrements et des déclarations de transactions suspectes.
  • Création d'un répertoire d'informations : Un répertoire d'informations sur les précurseurs de drogues sera mis en place et géré par l'Agence de l'Union européenne sur les drogues (EUDA) pour aider les parties prenantes à identifier les substances contrôlées et les nouvelles tendances de détournement.
  • Libre circulation et compétitivité : Tout en renforçant les contrôles de sécurité, la proposition garantit la libre circulation des produits chimiques pour l'industrie légitime et vise à simplifier les conditions de commerce au sein du marché unique.



D’où vient-on ?


Cette proposition de règlement de 2025 ne part pas de zéro ; elle s'inscrit dans un cadre législatif et international établi depuis plus de trente ans pour contrôler les substances chimiques détournées vers la fabrication de drogues.
Tout commence avec la Convention des Nations Unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes, adoptée à Vienne en 1988. Cette convention oblige ses signataires à prendre des mesures pour prévenir le détournement de substances fréquemment utilisées pour la fabrication illicite de drogues. L'Union européenne a conclu cette convention en 1990.
Pour appliquer cette convention, l'UE s'appuie actuellement sur deux règlements distincts adoptés il y a une vingtaine d'années :

  • Le Règlement (CE) n° 273/2004 : Il régit le marché intérieur (possession et mise sur le marché au sein de l'UE).
  • Le Règlement (CE) n° 111/2005 : Il régit le commerce extérieur entre l'UE et les pays tiers.
C'est de la fusion et de l'abrogation de ces deux textes que provient la proposition de 2025.



Quel est le problème ?


Le système actuel fonctionne en classant les substances en plusieurs catégories selon leur importance dans la production de drogues et l'ampleur de leur commerce légitime :

  • Catégorie 1 : Les substances les plus critiques, essentielles à la fabrication, soumises à une licence stricte.
  • Catégorie 2 : Des substances moins sensibles mais importantes, utilisées massivement par l'industrie.
  • Catégorie 3 : Jusqu'à présent, cette catégorie regroupait des produits chimiques en vrac avec des usages légitimes très répandus (comme certains acides). 
L'évaluation du cadre actuel a révélé plusieurs lacunes qui justifient le passage au nouveau texte de 2025 :
  • Lenteur face à l'innovation criminelle : Le système actuel d'inscription "substance par substance" est trop lent face aux criminels qui modifient légèrement les molécules pour créer des "précurseurs de conception" (designer precursors).
  • Poids administratif : Les procédures sont encore largement basées sur le papier, avec des délais de notification et des rapports annuels manuels qui pèsent sur les entreprises (dont 92 % sont des PME).
  • Manque de cohérence : Avoir deux règlements séparés pour le commerce intérieur et extérieur créait parfois des confusions et une complexité inutile pour les opérateurs.


La principale réforme: la création de la catégorie des "précurseurs de conception" 

Une innovation majeure est la création d'une nouvelle catégorie de substances (la catégorie 3) spécifiquement dédiée aux précurseurs de conception ("designer precursors").

  • Interdiction de principe : Contrairement aux précurseurs traditionnels qui ont des usages industriels massifs, ces substances n'ont aucun usage légitime connu en dehors de la recherche et de l'innovation ; leur commerce, possession et utilisation sont donc interdits par défaut.
  • Dérogations contrôlées : Des exceptions sont prévues pour de petites quantités destinées à la recherche (sous réserve d'une notification préalable) ou pour des quantités plus importantes après l'obtention d'une licence.



Numérisation intégrale et automatisation

La proposition prévoit la mise en place d'un système électronique centralisé pour la gestion des précurseurs.

  • Automatisation du reporting : Les obligations de rapports annuels périodiques pour les opérateurs et les autorités sont supprimées, car le système agrègera automatiquement les données saisies.
  • Guichet unique douanier : Le système sera interconnecté avec le "Guichet unique de l'UE pour les douanes", permettant des vérifications automatiques et instantanées des licences et enregistrements lors de l'importation ou de l'exportation.
  • Vérification numérique des clients : Le processus de vérification de l'identité et de la légitimité des clients sera entièrement numérisé.



Responsabilisation des places de marché en ligne

La proposition étend l'obligation de notifier les transactions suspectes, les disparitions ou les vols aux fournisseurs de places de marché en ligne, reconnaissant leur rôle croissant dans le trafic de produits chimiques.
Pour mieux comprendre, on peut comparer ces avancées au passage d'un système de contrôle "à la pièce", lent et basé sur le papier, à un système de "vigilance intelligente" où la technologie bloque automatiquement les substances suspectes tout en laissant passer les flux légitimes pré-approuvés.

Les autres avancées :

  • Approche innovante de "l'inscription générique" :  pour contrer la rapidité des trafiquants qui modifient légèrement les molécules pour contourner les lois, la proposition permet désormais l'inscription par groupes de substances (approche générique) plutôt que substance par substance. Cela permet de placer sous contrôle toute une famille chimique basée sur une structure moléculaire commune, empêchant ainsi les criminels de "jouer sur les molécules" pour échapper aux contrôles.
  • Nouveau système de "gestion des quantités" : pour le commerce extérieur, le système lourd d'autorisations d'importation/exportation par transaction est remplacé par une gestion des quantités. Les opérateurs notifient une quantité maximale prévue sur une période donnée (jusqu'à trois ans), et le système électronique décompte automatiquement les flux réels, réduisant ainsi considérablement les délais et la paperasse. 
  • Le Répertoire d'informations de l'EUDA : l'Agence de l'Union européenne sur les drogues (EUDA) gérera un répertoire contenant des descriptions techniques des substances, leurs usages légitimes et les tendances de détournement. Ce répertoire inclura un outil pour aider les entreprises (notamment les PME) à déterminer si une substance spécifique appartient à un groupe générique contrôlé.


synthèse par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr


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mardi 20 janvier 2026

La coopération entre Europol et le secteur privé s’est accrue de 1000% en an !

  




C’est un chiffre qui illustre la croissance fulgurante de l’office européen de police. Un rapport faisant un bilan du nouveau règlement relatif à Europol dresse un bilan impressionant : des pays tiers partagent des informations sensibles exclusivement avec Europol, l'agence possède son « bac à sable » (sandbox) de données personnelles pour mener à bien pour des projets de recherche et d'innovation, elle est désormais en mesure de détecter des liens transfrontières invisibles au niveau national grâce à ses outils de traitement du Big Data, ce qui a entraîné le démantèlement des réseaux de communication cryptés EncroChat et Sky ECC, ou ceux de trafiquants de cocaïne.

Tout n'est pourtant pas rose. Le rapport pointe la charge administrative pour se conformer strictement aux règles de protection des données reste très lourde pour Europol et les autorités nationales.



De quoi parle-t-on ?

Ce document est un rapport de la Commission européenne évaluant l'incidence opérationnelle des nouvelles missions et compétences de l'Agence de l'Union européenne pour la coopération des services répressifs (Europol), introduites par le règlement (UE) 2022/991. Ce rapport analyse comment l'agence s'est adaptée aux changements radicaux de la criminalité organisée et du terrorisme au cours des dernières décennies, notamment face à la transformation numérique et à la mondialisation.

Les conclusions du rapport de la Commission européenne sur le nouveau mandat d'Europol soulignent une transition globalement réussie vers des capacités accrues, tout en identifiant des zones d'amélioration technique et juridique.

Ce rapport sert de base pour préparer une révision plus ambitieuse du mandat d'Europol prévue pour 2026, visant à rendre l'agence encore plus opérationnelle face aux défis de sécurité croissants.



Quelles sont les principales conclusions ?

Les États membres conservent une opinion globalement favorable quant à la pertinence et à la valeur ajoutée des nouvelles missions d'Europol. L'agence est perçue comme un moteur essentiel pour soutenir les autorités nationales face à la transformation numérique et à la mondialisation de la criminalité,. Presque toutes les nouvelles dispositions sont désormais opérationnelles, à l'exception des signalements dans le SIS, dont la mise en service technique est prévue pour 2026.

Le rapport conclut qu'il n'existe aucune preuve d'incidence négative sur les droits fondamentaux résultant de l'utilisation des nouvelles compétences,. Ce résultat est attribué à la mise en œuvre rigoureuse de garanties solides, telles que la création du poste d'officier aux droits fondamentaux et l'alignement des règles de protection des données sur les standards européens les plus élevés,,. Cette rigueur a permis de renforcer la confiance entre les partenaires, facilitant ainsi la circulation de l'information.

Malgré ce succès, plusieurs points de friction sont identifiés :
  • Complexité juridique : Le cadre actuel est jugé parfois trop fragmenté et complexe, ce qui pourrait décourager les praticiens ou les parties privées d'utiliser pleinement les nouveaux outils,.
  • Charge administrative : La catégorisation des données (trier les suspects, victimes, etc.) reste une tâche extrêmement lourde pour Europol et les États membres, malgré la flexibilité de 18 mois accordée pour les données massives.
  • Mise en œuvre restrictive : Certains États membres estiment qu'Europol et le CEPD appliquent les règles de protection des données de manière trop prudente, ce qui risque de nuire à l'efficacité opérationnelle et à la réactivité de l'agence.



D’où vient-on ?

La situation en matière de sécurité a connu des changements radicaux au cours des 30 dernières années, transformant profondément la grande criminalité organisée. Les États membres ont de nouveaux besoins opérationnels pour répondre efficacement aux menaces émergentes et leurs attentes en ce qui concerne le soutien d’Europol ont également évolué.

Le mandat d’Europol, tel qu’il est défini dans le règlement (UE) 2016/794, a été modifié en dernier lieu en 2022 par le règlement (UE) 2022/991 afin de faire face aux nouvelles menaces pour la sécurité.



Une dimension extérieure renforcée

Selon le rapport, la dimension extérieure d'Europol est devenue cruciale en raison de la nature mondiale de la criminalité organisée et du terrorisme. Le rapport souligne que les informations détenues par des pays tiers et des organisations internationales sont de plus en plus essentielles pour la sécurité intérieure de l'Union européenne.

Le règlement (UE) 2022/991 a apporté des modifications substantielles pour renforcer les activités internationales de l'agence. Europol a désormais l'obligation d'inclure une stratégie pour ses relations avec les pays tiers et les organisations internationales dans sa programmation pluriannuelle et ses programmes de travail annuels. L'objectif est de faciliter l'échange d'informations et de renforcer les partenariats avec des entités situées hors de l'Union,.

Dans de nombreux cas, des pays tiers partagent des informations sensibles exclusivement avec Europol, notamment lorsque la personne concernée n'est pas un citoyen de l'UE et qu'il n'existe aucun lien direct avec une enquête nationale en cours dans un État membre. L'agence joue alors un rôle de moteur en traitant ces données et en partageant les résultats de ses analyses avec tous les États membres. Cette mission vise à remédier aux lacunes structurelles qui entravent parfois le travail des autorités nationales, comme les garde-frontières.



Système d'information Schengen (SIS) : bilan de la nouvelle mission de proposition de signalements


En 2024, le SIS a enregistré plus de 15 milliards de recherches, contre seulement 14 millions pour le système d'information d'Europol (SIE) et moins de 3 milliards pour les bases d'Interpol au niveau mondial. En intégrant les propositions d'Europol dans le SIS, l'agence s'assure que ses analyses atteignent directement les policiers et douaniers lors de leurs contrôles quotidiens.

Le règlement Europol confie à l'agence une mission inédite : elle peut désormais proposer aux États membres l’introduction de « signalements pour information » dans le SIS. Ces signalements concernent spécifiquement des ressortissants de pays tiers impliqués dans le terrorisme ou la criminalité grave. Cette disposition découle d'une modification législative de 2022 visant à aligner l'usage du SIS avec les besoins de la coopération policière et judiciaire.

L'enjeu principal de cette relation est de rendre les informations provenant de pays tiers ou d'organisations internationales plus accessibles aux autorités de terrain. Auparavant, certaines données critiques n'étaient partagées par des pays tiers qu'avec Europol. Sans le SIS, ces informations restaient confinées dans les systèmes internes d'Europol, créant des lacunes structurelles pour les autorités nationales, notamment les garde-frontières.

Bien que le cadre juridique soit établi depuis 2022, cette relation opérationnelle n'est pas encore effective. La mise en œuvre technique de ce nouveau type de signalement est complexe et toujours en cours. Selon le rapport, la mise en service officielle est prévue pour 2026.



Des progrès notables en matière d’innovation et de recherche


Le règlement (UE) 2022/991 a substantiellement modifié le cadre juridique d'Europol pour renforcer ses capacités technologiques. L'objectif est double :
  • Soutenir le Laboratoire d’innovation d’Europol (EIL), créé fin 2019 pour centraliser les efforts d'innovation en matière répressive.
  • Promouvoir les synergies avec d'autres acteurs de l'UE, notamment au sein du pôle d’innovation de l’UE pour la sécurité intérieure, sous l'égide de la Commission.

Une innovation majeure du nouveau mandat (Article 18, paragraphe 2) est l'autorisation pour Europol de traiter des données opérationnelles à caractère personnel pour des projets de recherche et d'innovation.

Pour concilier innovation et respect de la vie privée, le règlement a imposé la création d'un environnement de traitement distinct et sécurisé. Cet environnement, nommé ODIN, est un « bac à sable » (sandbox) isolé et protégé au sein d'Europol. Les données à caractère personnel utilisées pour un projet y sont copiées temporairement et ne peuvent être utilisées que pour les besoins spécifiques de ce projet.

Le traitement des données pour la recherche est devenu opérationnel en 2023, après la mise en place d'ODIN. En 2025, un premier projet utilisant des données à caractère personnel a été réalisé, et trois autres sont en préparation.
Les investissements dans le développement des structures TIC, incluant le bac à sable ODIN et d'autres outils d'échange (comme PERCI), ont représenté environ 17 millions d'euros sur la période 2022-2025



Une capacité de traitement du Big Data

L'analyse de données massives (souvent appelées « mégadonnées » ou Big Data) est devenue une composante essentielle du travail d'Europol en raison de la transformation numérique de la criminalité, où les enquêtes sur le terrorisme ou le crime organisé impliquent désormais des téraoctets de données (audio, vidéo, messages cryptés).

Le principal obstacle technique et juridique à l'analyse des mégadonnées était l'obligation de catégoriser les personnes concernées (suspects, victimes, témoins, contacts) avant de pouvoir traiter leurs données. Auparavant, Europol ne pouvait traiter ou stocker que les données de personnes entrant dans ces catégories strictes (Annexe II du règlement). Or, pour des ensembles de données massifs et non structurés (comme ceux saisis dans des téléphones portables), un tri manuel est impossible.

Le règlement (UE) 2022/991 a introduit de la flexibilité pour permettre l'analyse de ces volumes importants tout en respectant les droits fondamentaux : 
  • Traitement temporaire (Article 18, paragraphe 6 bis) : Europol peut désormais traiter des données à caractère personnel reçues sans catégorisation préalable pour une durée de 18 mois (extensible à 36 mois dans certains cas) afin de réaliser ce tri.
  • Soutien aux enquêtes en cours (Article 18 bis) : L'agence peut analyser des données non catégorisées provenant d'autorités compétentes (comme Eurojust ou le Parquet européen) pour détecter des liens criminels ou des connexions urgentes, même si elles dépassent les catégories habituelles.

Ces nouvelles capacités de traitement permettent de détecter des liens transfrontaliers invisibles au niveau national.
  • Résultats statistiques : En 2023 et 2024, Europol a reçu environ 600 à 650 contributions par an sans catégorisation préalable. Ces données représentent moins de 1 % du total des contributions acceptées, et Europol a réussi à finaliser le tri de ces données dans le délai imparti de 18 mois sans avoir besoin de prolongation.
  • Enquêtes majeures : L'efficacité de ces outils a été démontrée dans des affaires de grande ampleur comme le démantèlement des réseaux de communication cryptés EncroChat et Sky ECC, ou dans la lutte contre les trafiquants de cocaïne basés dans les Balkans.

Malgré le soutien des États membres, le rapport souligne que la charge administrative pour se conformer strictement aux règles de protection des données reste très lourde pour Europol et les autorités nationales. Certains craignent également que la complexité et la fragmentation du cadre juridique ne finissent par décourager les enquêteurs sur le terrain



Une coopération avec le secteur privé particulièrement florissante

Selon le rapport, la coopération entre Europol et les parties privées (entreprises technologiques, institutions financières, prestataires de services de télécommunications) est devenue une nécessité absolue, car les criminels abusent massivement de ces services transfrontaliers pour leurs activités.

Le règlement (UE) 2022/991 a considérablement élargi les pouvoirs d'Europol dans ses relations avec le secteur privé. Auparavant, Europol ne pouvait recevoir des données de parties privées que via des intermédiaires (unités nationales ou points de contact). Désormais, l'agence peut traiter directement les informations provenant de parties privées.

Au-delà de l'identification de l'État membre concerné, Europol est maintenant autorisé à compléter ces informations par sa propre analyse criminelle afin d'aider les autorités nationales à traiter l'affaire. Par ailleurs, l'agence peut, au cas par cas, transmettre des données à caractère personnel à des parties privées. Elle peut aussi demander aux États membres d'obtenir des données auprès de ces parties selon leur législation nationale.

Le rapport souligne trois domaines où cette coopération est particulièrement structurée :
  • La lutte contre la pédopornographie : Europol traite les données reçues directement de parties privées pour lutter contre la diffusion de matériel pédopornographique en ligne.
  • Les crises en ligne : des règles spécifiques permettent d'intervenir en cas de diffusion de contenus terroristes ou violents.
  • La criminalité financière : en 2024, une forte augmentation de la coopération a été notée pour enquêter sur la criminalité économique et financière.

Pour faciliter ces échanges, Europol a investi dans des infrastructures dédiées (une partie des 17 millions d'euros alloués aux structures TIC) : 
  • PERCI : Une plateforme européenne pour le retrait de contenus illégaux (terrorisme).
  • EU CARES : Un service européen de signalement des abus sexuels sur enfants.

Le rapport note une accélération spectaculaire de cette collaboration : le nombre de cas de coopération au titre de l'article 26 est passé de 26 en 2023 à 284 en 2024, soit une augmentation de près de 1 000 %.Exemple concret : En 2025, Europol a contribué au démantèlement du logiciel malveillant Lumma Stealer grâce à une coopération avec Microsoft, qui avait identifié 394 000 ordinateurs infectés.

Malgré ces succès, le rapport mentionne des freins en particulier la complexité juridique : La fragmentation et la longueur des dispositions pourraient décourager les parties privées d'utiliser ces instruments.

synthèse par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr


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lundi 12 janvier 2026

Lutte contre la drogue : l’UE se dote d’une nouvelle stratégie qui prévoit la transposition de l’initiative de défense par drones pour la protection des frontières

 



L’aggravation du trafic de drogue est un phénomène qui touche la France, mais pas seulement. C’est toute l’UE qui est concernée et face à cette menace, un plan d’action est présenté. Il contient toute une série de mesures concrètes, comme la création d’un manuel commun pour le démantèlement des sites de production illicites de drogues de synthèse ou bien encore la mise en place d’une boîte à outils pour empêcher le recrutement de mineurs dans les réseaux de trafic de drogue. Parmi les mesures phares, il faut retenir l'usage des systèmes de lecture automatique des plaques d'immatriculation (LAPI) contre les trafiquants de drogue, l'extension des prérogatives de Frontex, une coopération public-privé en matière de services postaux et de colis, l’emploi des outils de profilage des risques basés sur l'IA pour le contrôle des marchandises, l'utilisation de l'imagerie satellitaire à haute resolution ou enfin l'établissement de centres de fusion conjoints dans des pays tiers stratégiques. A noter aussi la transposition de l’acquis issu de l'Initiative européenne de défense par drones à la protection des frontières et à l’amélioration de la détection du trafic de stupéfiants.


Quelle est le problème?

Le trafic de stupéfiants représente une menace importante et persistante pour la sécurité de l'Europe. Plus de la moitié des réseaux criminels les plus dangereux opérant dans l'UE sont impliqués dans le trafic de stupéfiants, exploitant la position de l'UE en tant que marché de consommation majeur, plaque tournante du transit et zone de production de drogues illicites. Le crime organisé exploite les routes commerciales mondiales et les technologies numériques, construisant des infrastructures criminelles sophistiquées qui déstabilisent la société européenne. par la violence, la corruption et l'infiltration de l'économie légale.
La cocaïne et les drogues de synthèse, ainsi que leurs précurseurs, constituent des aspects particulièrement dynamiques du trafic de stupéfiants, caractérisés par des itinéraires et des méthodes en constante évolution. Malgré le succès des actions répressives, la production de drogues de synthèse comme la MDMA, l'amphétamine et la méthamphétamine se poursuit à grande échelle au sein de l'UE. Les réseaux criminels s'adaptent rapidement, utilisant des méthodes de contrebande sophistiquées, des communications cryptées, les plateformes du darknet et les cryptomonnaies pour échapper à la détection.
Les profits colossaux du trafic de drogue sont blanchis et réinvestis, renforçant l'emprise des réseaux criminels sur les secteurs légaux et s'accompagnant souvent d'une recrudescence de la violence, notamment dans les villes portuaires et les marchés urbains. La diversification des itinéraires et des points d'entrée de la drogue devrait entraîner un déplacement accru de la violence. Ces réseaux recrutent de plus en plus de jeunes, individus vulnérables, exploitant leur précarité socio-économique pour échapper aux services répressifs. Le recrutement via les réseaux sociaux permet d'exploiter ces jeunes pour qu'ils deviennent dealers, coursiers et agents de soutien opérationnel au sein des réseaux de trafic, comme par exemple récupérateurs de drogue dans les conteneurs.


De quoi parle-t-on ?

Pour relever ces défis en constante évolution, la Commission présente un nouveau plan d’action de l’UE contre le trafic de stupéfiants,  qui vient renforcer la stratégie de l’UE en matière de drogues. S’appuyant sur l’évaluation du plan d’action 2021-2025 et sur les expériences de la mise en œuvre de la feuille de route de l’UE pour lutter contre le trafic de drogue et la criminalité organisée, ce plan d’action se concentre sur des actions prioritaires spécifiques pour les efforts immédiats et à moyen terme, détaillant 19 actions ciblées pour perturber les opérations de trafic de drogue. Il présente les principales actions nécessaires au niveau de l'UE entre 2026 et 2030 pour lutter contre le trafic de stupéfiants et les réseaux criminels impliqués. 

Le plan d'action s'appuie sur la stratégie de sécurité intérieure ProtectEU comme l'un de ses principaux livrables et favorise les synergies grâce à des plateformes comme la Plateforme multidisciplinaire européenne contre les menaces criminelles (EMPACT) et le partenariat public-privé de l’Alliance des ports européens sont essentielles pour des mesures de sécurité coordonnées aux points de transit stratégiques.


Mieux exploiter les renseignements sur les voyages 

Les autorités des États membres devraient recevoir d'EUROCONTROL, à compter de 2026, les informations relatives aux vols non réguliers. En combinant les données de suivi et de planification de vol avec des indicateurs de risque tels que les modifications d'itinéraire de dernière minute, l'utilisation d'aérodromes isolés ou l'opacité concernant la propriété des aéronefs, les États membres pourraient améliorer l'identification future des vols nécessitant un examen plus approfondi. 
En outre, afin d’exploiter pleinement le potentiel des données PNR conformément à la directive européenne PNR, les services d’information sur les passagers des États membres doivent systématiquement identifier, analyser et partager les schémas de voyage et les profils de risque liés au trafic de stupéfiants, en étroite coordination avec Europol et avec son soutien.
Par ailleurs, la Commission, en collaboration avec les États membres et le secteur des transports, étudie des solutions pour renforcer le cadre API/PNR actuel, qui se limite pour l'instant au transport aérien commercial. Il s'agit notamment d'envisager l'introduction de mesures pour d'autres modes de transport, tels que le transport maritime, le transport terrestre et les vols privés. 
Pour lutter contre ce phénomène, les États membres et l'UE évalueront et mettront en œuvre les mesures nécessaires afin de garantir que les systèmes de lecture automatique des plaques d'immatriculation (LAPI) utilisés par les services répressifs et les autorités douanières consultent efficacement le système d'information Schengen. 
En outre, le cas échéant, les données de géolocalisation ANPR devraient être accessibles pour les enquêtes complémentaires. Cela permettrait de mieux retracer les itinéraires criminels et de démanteler plus efficacement les réseaux de trafic, en ciblant les principaux nœuds de transport tels que les ports, les gares maritimes, les gares de triage et les grands axes routiers où les stupéfiants transitent fréquemment. Enfin, l'UE devrait promouvoir l'harmonisation des normes techniques et l'interopérabilité des systèmes afin de garantir un échange d'informations fluide entre les États membres et les agences européennes comme Europol. 


Étendre les opérations du MAOC-N


Le MAOC-N (Comité de coordination multinationale pour le trafic de stupéfiants en mer) constitue depuis longtemps une plateforme de coordination multinationale unique et très efficace, dédiée à la lutte contre le trafic de stupéfiants en mer. La Commission renforcera sa collaboration avec le MAOC-N et les États membres. Elle entend approfondir les activités opérationnelles actuelles du MAOC-N et envisager leur expansion, en privilégiant un renforcement de sa présence dans la région méditerranéenne.
Un aspect essentiel de cette stratégie consiste à renforcer la coopération entre le MAOC-N, Europol et Frontex. La proposition de créer une équipe conjointe de lutte contre les stupéfiants en mer (J-MCAT) au sein d'Europol, impliquant le MAOC-N, Frontex et les États membres, est actuellement à l'étude. 
Utiliser les capacités de Frontex 

Frontex devrait consolider sa coopération avec l'Agence européenne pour la sécurité maritime (EMSA) et le Centre européen pour les satellites (SatCen) dans le cadre du service de sécurité Copernicus et du futur service gouvernemental d'observation de la Terre. Par ailleurs, la mise en place de nouveaux accords de travail avec Europol et le MAOC-N facilitera les échanges d'informations et la coordination stratégique.
Par ailleurs, les capacités développées dans le cadre de la feuille de route « Préserver la paix – Préparation de la défense », en particulier grâce à l'Initiative européenne de défense par drones, peuvent être adaptées à un double usage afin de renforcer la protection des frontières et d'améliorer la détection du trafic de stupéfiants.


Lutter contre l'utilisation abusive des navires rapides

La Commission facilitera l'échange de bonnes pratiques et de retours d'expérience entre les États membres lors d'un atelier d'experts dédié, organisé en 2026. Parallèlement, elle engagera un dialogue structuré avec les fabricants de moteurs hors-bord. Les trafiquants utilisant souvent des moteurs capables d'atteindre des vitesses extrêmement élevées, les partenariats industriels devraient favoriser une distribution responsable et la traçabilité des équipements de forte puissance. 


Renforcer la coopération public-privé en matière de services postaux et de colis


La Commission créera un forum européen dédié réunissant les représentants des secteurs postal et de la livraison de colis, les autorités nationales de régulation, les douanes et les services répressifs. 
Les opérations transfrontalières des entreprises postales et de colis soulignent la nécessité d'une coopération structurée au niveau de l'UE. Afin de renforcer la prévention du trafic de stupéfiants et de la circulation de marchandises prohibées au sein et en dehors de l'UE, la Commission envisagera la mise en place de mémorandums d'entente à l'échelle de l'UE. 
Créer une boîte à outils pour empêcher le recrutement de mineurs dans les réseaux de trafic de drogue

Le Réseau européen de prévention de la criminalité développera une boîte à outils complète en 2026, tandis que l'EUDA facilitera le travail de la Communauté européenne de pratique pour prévenir le recrutement de mineurs par les réseaux de trafic de drogue. Cette initiative combinera des mesures pratiques de prévention et d'intervention avec une plateforme européenne de collaboration et d'échange de connaissances. 


Déployer des technologies de détection innovantes 

La Commission et les États membres privilégieront le financement du déploiement de technologies de détection et de surveillance avancées dans les zones à haut risque et les nœuds de transport afin d'en maximiser l'impact. L'accent sera mis sur les systèmes de balayage avancés dotés de capacités d'analyse basées sur l'IA et sur l'intégration d'équipements de détection innovants des secteurs public et privé dans les outils de profilage des risques basés sur l'IA utilisés par les autorités nationales chargées du contrôle des marchandises et des moyens de transport.
Le financement devrait également soutenir l'utilisation d'outils tels que l'imagerie satellitaire à haute résolution, les systèmes d'information géospatiale et les drones aériens ou semi-submersibles pour détecter et cartographier les activités de production et de trafic de stupéfiants. Ces technologies permettraient d'améliorer la surveillance des corridors de trafic, des laboratoires clandestins, des zones de culture de drogues et des points chauds transfrontaliers, grâce à la contribution stratégique d'Europol, de l'EUDA, du SatCen et d'autres agences européennes compétentes. 


Renforcer les capacités de lutte contre le trafic de drogue en ligne

Le trafic de stupéfiants est de plus en plus facilité par le numérique. Europol devrait renforcer son soutien opérationnel aux États membres, notamment en assurant une surveillance systématique des marchés de la drogue, en analysant et en signalant les activités suspectes, en tenant compte des contributions analytiques et de surveillance de l'EUDA. Parallèlement, CEPOL devrait proposer des programmes de formation spécialisés et de haut niveau visant à développer l'expertise nationale en matière d'identification et de lutte contre les activités liées à la drogue sur les plateformes numériques.
Par ailleurs, la coopération avec le secteur privé devrait être renforcée par le biais du Forum Internet de l'UE. L'UE devrait œuvrer à l'élaboration d'un protocole de coopération avec les entreprises technologiques participant au Forum Internet de l'UE, en établissant des points de contact et des engagements visant à inclure le trafic de stupéfiants dans leurs mandats et leurs processus de modération des contenus.


Perturber le trafic de drogue à partir et à l’intérieur des prisons

L'Organisation européenne des services pénitentiaires (EuroPris) pilotera une initiative visant à recenser les difficultés actuelles et à identifier les meilleures pratiques au sein de l'UE pour lutter contre la criminalité dans les prisons.
Cette initiative dressera un panorama complet des approches juridiques, opérationnelles et technologiques actuellement utilisées par les États membres pour prévenir et enquêter sur la poursuite du trafic de stupéfiants et d'autres formes de criminalité organisée depuis les prisons. 
En complément des efforts plus larges déployés par l’UE pour lutter contre la criminalité organisée, EuroPris facilitera l’élaboration et la diffusion de recommandations pratiques, aidant ainsi les États membres à adopter les outils les plus efficaces. Afin de favoriser l’échange de bonnes pratiques et de renforcer les capacités institutionnelles, EuroPris organisera des activités dédiées à des thématiques telles que le brouillage des téléphones portables, la gestion des délinquants à haut risque et la coopération interinstitutionnelle.
Améliorer l’identification des substances pour une interdiction efficace des drogues et de leurs précurseurs

L'EUDA collaborera avec son nouveau réseau européen de laboratoires afin d'établir une base de données exhaustive, à l'échelle de l'UE, sur les substances de référence. Cette base de données contiendra les signatures chimiques vérifiées, les données spectrales et les profils analytiques des substances psychoactives contrôlées et émergentes, ainsi que des précurseurs de drogues et des précurseurs potentiels.
Fournir un manuel commun pour le démantèlement des sites de production de drogues de synthèse

Europol, en collaboration avec l'EUDA, élaborera des lignes directrices harmonisées pour le démantèlement des laboratoires clandestins de drogues de synthèse, le transport de ces substances et l'élimination sécurisée des produits chimiques associés, conformément aux conclusions du Conseil sur le Pacte 2025 relatif aux drogues de synthèse et aux nouvelles substances psychoactives.


Aligner l’innovation sur les exigences opérationnelles 

La Commission, avec le soutien de la Communauté européenne pour la recherche et l’innovation en matière de sécurité et du Pôle d’innovation de l’UE pour la sécurité intérieure, lancera une initiative coordonnée afin d’identifier les besoins technologiques et opérationnels les plus urgents en matière de lutte contre la criminalité organisée, notamment le trafic de stupéfiants. 
Dans le cadre du pôle d'innovation de l'UE pour la sécurité intérieure, l'EUDA, avec le soutien d'Europol, de Frontex et du Centre commun de recherche (CCR), mène une analyse prospective des technologies. Cette analyse vise à évaluer l'impact des technologies nouvelles et émergentes sur le secteur des stupéfiants, afin de renforcer la sécurité et l'efficacité des services répressifs.
Renforcer la résilience des ports dans les pays tiers 

Dans le cadre de la stratégie de sécurité intérieure ProtectEU et de la future stratégie de l'UE pour les ports, la Commission, en coopération avec le SEAE, explorera des partenariats multi-acteurs afin de renforcer la résilience des ports et des routes commerciales, notamment transatlantiques, et lancera des évaluations conjointes ciblées dans certains ports de pays tiers à haut risque. Ce processus impliquera une étroite coordination avec Europol, les délégations de l'UE et les partenaires internationaux concernés afin de garantir des actions ciblées et efficaces contre le trafic de stupéfiants. 
Renforcer la coopération internationale par le biais d’enquêtes conjointes et de centres de fusion

L’UE soutiendra les autorités des États membres dans la mise en place et le renforcement d’unités spéciales d’enquête dans les principaux pays tiers , ainsi que d’équipes communes d’enquête (ECE) bénéficiant du soutien opérationnel d’Europol et d’Eurojust. 
L’UE soutiendra également la création de centres de fusion conjoints dans des pays tiers stratégiques et au sein même de l’UE. Ces centres serviront de plateformes de coordination régionale, réunissant des experts européens, les services répressifs locales et les acteurs de sécurité régionaux afin d’améliorer le partage de renseignements, d’analyser les tendances criminelles et les itinéraires de trafic, et de coordonner rapidement les actions répressives.



synthèse par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr


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