Dans un avis récent, la Cour des comptes européenne estime que si le mécanisme apporte une valeur ajoutée réelle, la nouvelle proposition pour 2028-2034 manque de clarté et de rigueur. Elle déplore une hausse budgétaire massive sans analyse de coûts détaillée et des objectifs stratégiques qui ne sont pas mesurables. L'institution pointe également des risques de double financement et une confusion opérationnelle entre la nouvelle plateforme de crise et le centre de réaction d'urgence (ERCC). Enfin, elle juge le cadre de performance actuel insuffisant pour évaluer l'efficacité des activités de réaction.
Aperçu global de l’avis de la Cour des comptes
Le document est l'Avis 06/2026 de la Cour des comptes européenne portant sur la proposition de règlement relative au mécanisme de protection civile de l’Union (MPCU) et à la préparation aux urgences sanitaires (HEPR) pour la période 2028-2034.
Le message principal est que, bien que la proposition vise à renforcer la coordination et la réactivité de l'UE face aux crises de plus en plus complexes, elle présente des lacunes importantes en termes de clarté, de gestion financière et de mesure de la performance.
Voici les points essentiels soulevés par la Cour dans les sources :
- Une forte augmentation budgétaire sans justification détaillée : L'enveloppe financière indicative passe à 10,7 milliards d'euros pour 2028-2034, ce qui est significativement plus élevé que pour la période actuelle. Toutefois, la Commission n'a pas fourni d'analyse de coûts ou de calculs précis pour justifier cette augmentation.
- Des objectifs stratégiques peu mesurables : Si les objectifs sont alignés sur la stratégie de l'Union, ils ne répondent pas aux critères SMART (spécifiques, mesurables, atteignables, pertinents et datés). Il manque notamment des calendriers clairs et des modalités d'évaluation précises.
- Des risques de double financement et de confusion : La Cour souligne un manque de clarté dans la coordination avec d'autres programmes de l'UE, ce qui pourrait entraîner des chevauchements d'activités et des risques de double financement. De plus, la répartition des rôles entre l'ERCC et la nouvelle plateforme de coordination de crise n'est pas assez explicite dans le texte législatif.
- Un cadre de performance insuffisant : Les indicateurs proposés se concentrent trop sur la préparation et négligent l'évaluation de la performance des activités de réaction.
- Des doutes sur le mode de financement : Le recours par défaut au « financement non lié aux coûts » est critiqué car il présente des faiblesses en matière de transparence, de traçabilité des fonds et d'obligation de rendre compte.
- Des besoins de clarification juridique : La Cour demande que ses droits d'audit soient inscrits explicitement dans le dispositif juridique et suggère d'harmoniser la terminologie concernant les pays tiers associés pour éviter toute ambiguïté.
En conclusion, la Cour des comptes estime que la proposition doit être affinée pour garantir une meilleure valeur ajoutée européenne et une gestion financière rigoureuse du budget de l'UE
Le MPCU : un succès réel
Selon la Cour des comptes européenne, le bilan du mécanisme de protection civile de l’Union (MPCU) est globalement positif, bien que l'institution souligne la nécessité d'améliorer sa gestion future.
Voici les éléments qui ressortent des sources concernant son efficacité et son utilité :
- Une valeur ajoutée reconnue : La Cour cite une évaluation de la Commission couvrant la période 2017-2022 qui conclut que le MPCU apporte une valeur ajoutée européenne réelle. Le dispositif permet d'obtenir des résultats qui ne pourraient pas être atteints par les États membres agissant seuls au niveau national ou local.
- Une efficacité opérationnelle passée : Dans ses publications précédentes citées en annexe, la Cour avait déjà jugé la coordination des réactions en cas de catastrophe en dehors de l'UE comme étant « globalement efficace » (Rapport spécial 33/2016).
- Un dispositif essentiel face aux crises majeures : Le MPCU est justifié par le fait que certaines catastrophes dépassent les capacités de réaction individuelles des États membres. Son rôle est devenu crucial lors de crises transfrontalières complexes, telles que la pandémie de COVID-19 ou la guerre en Ukraine, où une approche collective coordonnée est nécessaire pour éviter les doublons. Depuis sa création en 2001, il a d'ailleurs été activé plus de 800 fois.
- Un succès à confirmer pour l'avenir : Si le passé est jugé favorablement, la Cour exprime des réserves sur la nouvelle proposition pour 2028-2034. Elle estime que le nouveau dispositif manque d'une analyse étayée pour garantir que cette valeur ajoutée sera maintenue avec l'augmentation massive du budget et l'élargissement des missions.
Le gros point noir : l'absence d'une analyse de coûts détaillée
L'un des points noirs les plus critiques soulevés par la Cour des comptes concerne l'absence d'une analyse de coûts détaillée pour justifier l'augmentation massive du budget proposé pour la période 2028-2034.
- Une augmentation budgétaire considérable : l'enveloppe financière indicative pour le mécanisme de protection civile (MPCU) et la préparation aux urgences sanitaires (HEPR) s'élève à 10,7 milliards d'euros (en prix courants) pour la période 2028-2034. À titre de comparaison, le budget alloué au MPCU pour la période actuelle (2021-2027) n'était que de 3,6 milliards d'euros, ce qui représente un saut budgétaire très important.
- Un manque de justificatifs chiffrés : la Cour souligne que, bien que la Commission explique cette hausse par le maintien des activités actuelles et l'élargissement du champ d'application du mécanisme, elle n'a fourni aucune analyse de coûts concrète.
- Une absence de calculs et de répartition : plus précisément, le document de la Commission ne contient pas les calculs qui expliqueraient comment ce montant total a été estimé, ni la répartition prévue des fonds entre les différentes activités spécifiques à financer.
- Une exigence de transparence non satisfaite : pour la Cour des comptes, ces informations chiffrées et détaillées sont pourtant indispensables pour étayer et légitimer une telle augmentation budgétaire auprès des autorités législatives et assurer la bonne gestion financière du programme.
De multiples critiques émises par la Cour des comptes
Outre l'absence de justification budgétaire détaillée, la Cour des comptes formule plusieurs autres critiques importantes à l'encontre de la proposition relative au mécanisme de protection civile de l'Union (MPCU) :
- Des objectifs stratégiques manquant de précision : Bien que les objectifs soient cohérents avec la stratégie de l'Union, ils ne répondent pas aux critères SMART (spécifiques, mesurables, atteignables, pertinents et datés). La Cour souligne qu'ils ne sont assortis d'aucun calendrier clair et que les modalités d'évaluation de leur réalisation restent floues.
- Des risques de chevauchement et de double financement : La proposition ne définit pas assez clairement comment la complémentarité avec d'autres programmes (comme le Fonds européen pour la compétitivité) sera assurée. En l'absence de mécanismes de coordination robustes, il existe un risque que des initiatives similaires soient financées plusieurs fois par différents programmes de l'UE.
- Un cadre de performance jugé insuffisant : Les indicateurs proposés se concentrent principalement sur la prévention et la préparation, mais négligent la mesure de la performance des activités de réaction aux catastrophes. De plus, certains indicateurs sont jugés trop vagues (comme la notion d'« articles critiques ») ou manquent de valeurs de référence pour suivre leur évolution.
- Un mode de financement moins transparent : Le recours par défaut au financement non lié aux coûts est critiqué car il présente des faiblesses intrinsèques en matière de transparence, de traçabilité des fonds et d'obligation de rendre compte.
- La protection des droits d'audit : La Cour regrette que ses droits d'audit ne soient pas explicitement mentionnés dans les dispositions juridiques du règlement, notamment pour les interventions dans les pays tiers, mais figurent uniquement dans les considérants.
- Des ambiguïtés terminologiques : Le texte contient des imprécisions sur la définition des « pays associés » et utilise parfois des formulations contradictoires, mélangeant des termes contraignants avec la mention « sur une base volontaire », ce qui pourrait nuire à la sécurité juridique du dispositif
Une autre critique : une confusion entre la nouvelle plateforme et l'ERCC
La Cour des comptes souligne que le manque de clarté juridique dans le règlement crée une incertitude sur la manière dont la nouvelle plateforme de coordination de crise s'articulera avec le centre de coordination de la réaction d'urgence (ERCC) déjà existant.
Voici les précisions apportées par la Cour sur cette confusion :
- Des mandats qui semblent distincts dans le texte : Selon le texte législatif, les deux entités semblent avoir des rôles différents basés sur la nature de l'événement :L'ERCC intervient lors d'une « catastrophe », définie comme une situation ayant des effets graves sur les personnes, la santé ou l'environnement.
- La Plateforme intervient lors d'une « crise intersectorielle », définie comme une catastrophe ayant des répercussions simultanées sur plusieurs secteurs.
- Une contradiction avec les intentions de la Commission : Bien que le texte suggère deux entités distinctes, la Commission a précisé oralement à la Cour que la plateforme et l'ERCC ne constitueraient pas deux structures séparées. L'intention serait que l'ERCC gère la protection civile « classique », tandis que la plateforme traiterait les crises dépassant ce seul cadre.
- Une absence de règles de fonctionnement : La Cour relève que si le règlement prévoit la création de la plateforme, il ne contient aucune disposition précise sur son fonctionnement ni sur la manière dont elle coopérera concrètement avec l'ERCC.
- Un risque pour la gestion de l'urgence : Pour la Cour, cette répartition imprécise des responsabilités est problématique, car dans des situations de crise où des décisions doivent être prises rapidement, l'absence de dispositions claires en matière de coordination peut nuire à l'efficacité de la réaction.
En conséquence, la Cour conseille de mieux définir le rôle, la composition et les responsabilités de cette plateforme dans le corps même du règlement, et non seulement dans les considérants, afin d'assurer une base juridique solide et opérationnelle.
Des propositions et suggestions concrètes pour améliorer la situation
1. Gouvernance et clarté opérationnelle
- Clarifier le rôle de la plateforme de coordination de crise : La Cour conseille de mieux définir, dans le corps du règlement, le rôle, la composition, les responsabilités et le fonctionnement de cette nouvelle plateforme, ainsi que ses modalités de coordination avec le centre de réaction d'urgence (ERCC).
- Harmoniser la terminologie : Elle suggère de clarifier et d'unifier les termes utilisés (par exemple, choisir entre « État » et « pays », ou entre « pays associé » et « pays tiers associé ») pour éviter toute ambiguïté juridique.
- Préciser les droits d'audit : La Cour demande que ses droits d'audit dans les États membres et les pays tiers soient explicitement inscrits dans les dispositions juridiques du règlement, et pas seulement mentionnés dans les considérants.
2. Gestion financière et transparence
- Instaurer une dotation minimale : Pour concilier flexibilité et prévisibilité, elle préconise de fixer une dotation financière minimale réservée aux activités programmables de prévention et de préparation.
- Détailler les taux de cofinancement : Elle propose que les taux de cofinancement pour les activités liées aux urgences sanitaires (HEPR) soient précisés directement dans le règlement, comme c'est le cas pour la protection civile.
- Établir une liste d'actions éligibles pour la santé : Elle suggère d'inclure une liste indicative d'actions possibles pour le volet sanitaire afin de renforcer la prévisibilité pour les bénéficiaires.
- Réduire les risques de double financement : Elle recommande de clarifier le libellé de certains articles pour s'assurer que le cumul de soutiens financiers de l'UE ne dépasse jamais 100 % des coûts d'une action.
3. Amélioration du cadre de performance
- Élargir les indicateurs : La Cour suggère de développer des indicateurs qui ne couvrent pas seulement la prévention et la préparation, mais qui permettent aussi d'évaluer la performance des activités de réaction.
- Rendre les objectifs mesurables : Elle propose de rendre les objectifs spécifiques plus précis, de les assortir de calendriers clairs et de définir des modalités d'évaluation rigoureuses.
4. Suggestions techniques et rédactionnelles
La Cour consacre une annexe entière (Annexe II) à des modifications textuelles précises du projet de règlement. Parmi elles :
- Utilisation de rescEU : Elle suggère que toute utilisation des capacités rescEU à des fins nationales soit soumise à l'approbation préalable de l'ERCC.
- Système CECIS : Elle propose d'étendre l'obligation de communiquer la disponibilité des ressources via le système CECIS à la réserve européenne de protection civile.
- Mise à jour des évaluations de risques : Elle suggère d'aligner le texte pour obliger les États membres à mettre à jour leurs synthèses de risques dès qu'une modification importante du paysage des risques survient, sans attendre le délai de cinq ans.
synthèse par Pierre Berthelet

