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lundi 4 mai 2026

L’Assemblée nationale adopte un rapport (très) critique sur l’espace Schengen. Frontex et la Cour de justice en prennent pour leur grade

  



Un décalage croissant les défis migratoires et sécuritaires, et la réponse européenne, une gouvernance Schengen molle, manquant de caractère opérationnell, des mesures non exécutées par les Etats membres, une réintroduction par les Etats membres aux contrôles aux frontières intérieures, hétérogène et tendant à à la permanence, une absence de circulation de l'information liée à systèmes d’information complexes et fragmentés. Le tableau dépeint par le rapport d'information de l'Assemblée nationale n'est guère réjouissant. En réalité, il fait déjà écho au rapport annuel de la Commission européenne de 2025 qui était déjà particulièrement critique. Quant à Frontex et aux cours européennes (Cour de justice et Cour européenne des droits de l'Homme), ils ne sont pas épargnés par ce rapport sans concession. 


Des réponses européennes en décalage avec la crise

Face aux tensions persistantes qui affectent le fonctionnement de l’espace Schengen, l’Union européenne a progressivement déployé un ensemble de réponses juridiques et opérationnelles visant à préserver la libre circulation tout en renforçant la maîtrise des frontières et la sécurité intérieure.

Pour autant, cette évolution s’est opérée sans refondation politique d’ampleur ni redéfinition explicite du projet collectif sous-jacent. Les réformes engagées peinent dès lors à traiter les causes profondes de la crise et à restaurer durablement la confiance, tant entre les États membres qu’auprès des citoyens, dans la capacité de Schengen à garantir simultanément la liberté de circulation et la sécurité.

Il en résulte un décalage croissant entre, d’une part, l’intensité des défis migratoires et sécuritaires auxquels l’espace Schengen est confronté et, d’autre part, la portée principalement technique et procédurale des réponses européennes qui leur sont apportées.


Une gouvernance molle et une absence de concret

En matière de gouvernance, le principal risque identifié sous la présidence française du Conseil de l’Union européenne était que le processus de consolidation engagé se limite à des échanges formels et à des conclusions peu opérationnelles, voire dépourvues de réelle portée politique. Si des avancées notables ont été accomplies pour permettre une meilleure appropriation des enjeux, du niveau technique au niveau ministériel, les résultats demeurent en deçà des ambitions affichées et peinent à produire un véritable effet structurant.

Certes, les programmes de travail sont aujourd’hui structurés autour d’un nombre restreint de priorités. Toutefois, les débats ministériels peinent encore à déboucher sur des orientations politiques claires et assumées. Les « outils Schengen » ont été renforcés afin de devenir des instruments d’alerte et d’anticipation, leur efficacité dépend cependant étroitement de la qualité et de la fiabilité des données transmises par les États membres, lesquelles restent inégales. La synthèse des évaluations Schengen annexée au rapport constitue un progrès, mais elle ne garantit pas, en elle-même, une traduction politique effective des constats établis.

En pratique, si les réunions affichent désormais une orientation vers les résultats, elles continuent de souffrir d’un déficit de conclusions opérationnelles. Les décisions substantielles demeurent rares, en dehors de certains dossiers législatifs ou de l’intégration de nouveaux États membres. Le risque est ainsi réel de voir le cycle annuel de travail se transformer en exercice essentiellement procédural, au détriment d’une capacité d’intervention rapide sur des enjeux urgents et concrets.

Par ailleurs, les États membres ont refusé que les orientations ministérielles prennent la forme de recommandations formelles proposées par la Commission, limitant ainsi la portée normative des échanges. 


Des mesures non appliquées

S’agissant de la gouvernance, celle-ci demeure fragilisée par un déficit d’exécution : près de 65 % des recommandations adoptées ne seraient pas mises en œuvre, ce qui affecte directement l’efficacité de la coopération policière et judiciaire et crée des vulnérabilités susceptibles d’être exploitées par des réseaux criminels. Bien que les textes européens encadrent de manière précise les mécanismes d’évaluation Schengen (programmation pluriannuelle et annuelle, visites programmées ou inopinées, rapports et recommandations) leur application effective resterait limitée, avec un taux de mise en œuvre inférieur à 35 %.

En définitive, l’insuffisante mise en œuvre des règles communes de gouvernance et des recommandations issues des évaluations met à l’épreuve la confiance mutuelle sur laquelle repose l’architecture même de Schengen.

Des pratiques hétérogènes conduisant à des contrôles intérieurs devenus quasi permanents

En dépit d’une structuration normative particulièrement aboutie, il faut noter la principale fragilité du système tient à l’exécution incomplète, et souvent hétérogène, des règles communes par les États membres.

L’article 25 autorise ces contrôles en cas de menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure. En pratique, la répétition des notifications et la reconduction régulière de motifs similaires contribuent à atténuer le caractère exceptionnel de ces mesures. Si le cadre procédural, il ne s’accompagne pas d’un contrôle substantiel contraignant de la nécessité ou de la proportionnalité des décisions nationales.

L’ensemble de ces usages, différenciés dans leurs modalités et leurs finalités, ne constitue pas une suspension formelle de Schengen. Ils traduisent toutefois une adaptation pragmatique et cumulative du dispositif, qui contribue à transformer, de manière progressive, les conditions concrètes d’exercice de la libre circulation au sein de l’espace européen.

Sans constituer une suspension formelle de Schengen, l’ensemble de ces usages différenciés en altère progressivement le fonctionnement, par l’accumulation de dérogations, la prolongation de dispositifs initialement temporaires et la diversification des pratiques nationales. Ce faisant, elle fragilise le compromis fondateur de Schengen, fondé sur la suppression durable des frontières intérieures en contrepartie d’une confiance partagée dans la capacité collective à assurer la sécurité de l’espace commun.

Pour M. Matthieu Marchio, co-rapporteur, la fragmentation de l’espace Schengen actuellement à l’œuvre ne traduit pas seulement un déficit de solidarité entre États membres, elle reflète également des conceptions politiques opposées de la souveraineté, de la sécurité et du rôle de l’Union européenne. Ainsi, certains États ont fait le choix de renforcer strictement le contrôle de leurs frontières extérieures et intérieures, tandis que d’autres ont privilégié une gestion plus libérale des flux migratoires. 


Une normalisation progressive de l’exception


Parallèlement, la multiplication des notifications de réintroduction des contrôles aux frontières intérieures depuis 2015 traduit une normalisation progressive de l’exception. Si le cadre juridique encadre ces réintroductions, leur contrôle effectif par la Commission demeure limité. Une fois instaurés, ces contrôles deviennent politiquement difficiles à lever, ce qui contribue à leur prolongation quasi permanente dans certains États.

Ce décalage entre intégration normative et fragmentation pratique exerce une pression directe sur le marché intérieur et sur la liberté de circulation. La fragmentation de Schengen ne procède pas d’un vide juridique, mais d’un affaiblissement de l’autorité commune et d’une mise en œuvre inégale des règles adoptées collectivement. 


Erosion de la confiance et affaiblissement du réflexe collectif

Les divergences observées entre États membres tiennent pour partie à des réalités objectives : situation géographique, pression migratoire différenciée, exposition variable aux menaces sécuritaires, capacités administratives inégales. L’Union est parvenue, jusqu’à présent, à concilier ces spécificités nationales avec des standards communs élevés en matière de gestion des frontières et de coopération policière. Mais cet équilibre reste précaire. Il exige une concertation permanente, fondée sur la solidarité effective et sur une confiance mutuelle qui ne peut être décrétée, mais doit être entretenue par la constance des pratiques.

Lorsque cette confiance s’érode, la tentation est grande pour les États de privilégier des réponses nationales, voire unilatérales. Le recours répété aux contrôles aux frontières intérieures, la mise en œuvre hétérogène des obligations communes ou la résistance à certaines réformes traduisent moins un défaut d’instruments qu’un affaiblissement du réflexe collectif.


Vers une renationalisation de la sécurité

L’ensemble de des instruments adoptés, liés à l’acquis de Schengen illustre une structuration progressive des mécanismes européens de gestion de crise, combinant coordination politique, outils opérationnels et encadrement juridique des dérogations. Pour autant, malgré ce renforcement formel de la gouvernance, une dynamique de « renationalisation » de la sécurité demeure perceptible. La multiplication et la prolongation des contrôles aux frontières intérieures témoignent des difficultés à préserver la cohérence de l’espace Schengen dans un contexte marqué par la pression sécuritaire et la défiance entre États membres (cf. infra).

Ainsi, Schengen apparaît moins fragilisé par le principe de libre circulation lui-même que par la difficulté persistante à organiser une réponse véritablement collective à des crises devenues structurelles.



Une jurisprudence de la CEDH qui « suscite des interrogations »

Pour M. Matthieu Marchio, co-rapporteur, l’analyse de la crise de Schengen ne peut faire l’économie d’un examen spécifique du rôle de la Cour européenne des droits de l’homme. Sa jurisprudence exerce, selon lui, une influence croissante sur les politiques migratoires et de contrôle des frontières, réduisant la marge de manœuvre des États dans l’exercice de leurs compétences régaliennes. Cette judiciarisation entretient une forme d’insécurité juridique pour les autorités nationales compétentes, complexifie les procédures d’éloignement et alimente le sentiment d’une dépossession démocratique. La tension entre protection des droits fondamentaux et impératifs de sécurité nationale constitue à ses yeux, dans cette perspective, l’un des nœuds centraux de la crise de Schengen.

La publication, en 2025, d’une lettre signée par plusieurs chefs de gouvernement européens (Autriche, Belgique, Danemark, Estonie, Italie, Lettonie, Lituanie, Pologne et République tchèque) exprimant leurs préoccupations quant aux effets de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme en matière d’asile et d’immigration s’inscrit dans un débat ancien au sein des États européens. Cette initiative a ainsi donné une visibilité politique accrue à des interrogations récurrentes portant sur l’articulation entre protection juridictionnelle des droits fondamentaux et effectivité des politiques migratoires.

Le rôle de la Cour européenne des droits de l’homme dans la garantie des droits fondamentaux est largement reconnu. Toutefois, l’évolution de sa jurisprudence en matière d’asile, d’éloignement et de contrôle des frontières suscite des interrogations croissantes quant à ses effets pratiques sur la conduite des politiques publiques et, indirectement, sur le fonctionnement de l’espace Schengen. En particulier, l’interprétation extensive de certaines dispositions de la Convention notamment l’article 3 (interdiction des traitements inhumains ou dégradants) et l’article 8 (droit au respect de la vie privée et familiale) a conduit à renforcer les obligations positives pesant sur les États.

Cette judiciarisation produit des effets systémiques. D’une part, elle tend à rigidifier l’environnement normatif dans lequel les États conçoivent leurs politiques migratoires, toute inflexion étant susceptible de contentieux. D’autre part, elle contribue à accentuer les divergences d’interprétation et de mise en œuvre entre États membres, chacun adaptant ses pratiques en fonction de sa propre lecture du risque contentieux. 


Une jurisprudence de la Cour européenne de justice qui entraîne un alourdissement procédural substantiel

Dans son arrêt du 21 septembre 2023, Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE), la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que des ressortissants de pays tiers en situation irrégulière contrôlés à une frontière intérieure ne peuvent faire l’objet d’un refus d’entrée que dans le respect des procédures et garanties prévues par la directive 2008/115/CE dite « directive retour ». La CJUE a ainsi exclu la possibilité de prononcer de simples refus d’entrée en dehors du cadre harmonisé fixé par cette directive.

Le Conseil d’État a tiré les conséquences de cet arrêt dans sa décision du 2 février 2024 « ADDE », en précisant que tout refus d’entrée doit désormais s’accompagner soit d’une mesure de réadmission, soit d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

Auparavant, les refus d’entrée, mesures caractérisées par des exigences de procédure et de formalisme limitées, permettaient d’éloigner rapidement vers l’État frontalier la quasi‑totalité des étrangers en situation irrégulière appréhendés aux abords des frontières intérieures. Désormais, les réadmissions, qui constituent l’instrument privilégié pour remettre les intéressés à l’État de provenance, impliquent un alourdissement substantiel de la prise en charge par les forces de sécurité intérieure : intervention d’officiers de police judiciaire, mobilisation de locaux de retenue, organisation matérielle des remises aux autorités frontalières.

Dans ce contexte, la doctrine « Force Frontières », validée et généralisée à l’ensemble du linéaire frontalier hexagonal par le Premier ministre à l’occasion du comité interministériel de contrôle de l’immigration (CICI) du 26 février 2025, vise à adapter le dispositif de contrôle aux exigences résultant de cette jurisprudence. Elle permet aux préfets de mobiliser un dispositif modulable en fonction du niveau de pression migratoire. 


Frontex : pas à la hauteur des ambitions

L’Agence n’est ainsi pas parvenue à atteindre la montée en puissance prévue. Alors que le contingent permanent devait atteindre 8 000 agents en 2024 et 2025, il ne regrouperait aujourd’hui qu’environ 5 000. Cet écart significatif fragilise la crédibilité de l’objectif capacitaire affiché et limite la capacité de déploiement rapide sur les zones les plus exposées.

À cette insuffisance quantitative s’ajoutent des déséquilibres dans l’utilisation et la répartition des effectifs, qui varient fortement selon l’État membre hôte des opérations. Au-delà du volume, la structuration même des fonctions opérationnelles pose également question. Les métiers de gardes-frontières sont répartis en près d’une dizaine de profils distincts, segmentation qui ne refléterait pas toujours le caractère pluridisciplinaire des missions exercées sur le terrain. Cette dispersion tend à rigidifier l’emploi des agents et à réduire la flexibilité opérationnelle attendue d’un corps permanent européen.


Une agence qui a plus grands yeux de grand ventre ?

Dans le prolongement de cet élargissement du mandat, Frontex a également développé des activités accrues en matière de formation, de recherche et d’innovation. Toutefois, ces initiatives apparaissent parfois en chevauchement avec celles d’autres agences, notamment le CEPOL (Agence de l’Union européenne pour la formation des services répressifs), ce qui interroge la cohérence et la lisibilité de la répartition des compétences au sein de l’architecture européenne de sécurité.

Sur le plan financier, l’Agence rencontrerait des difficultés d’exécution budgétaire, alors même que son budget avoisine 1 milliard d’euros en 2025. Cette sous-consommation relative des crédits contraste avec l’ampleur des missions qui lui ont été confiées depuis 2019 et renforce l’impression d’un décalage entre ambitions normatives et capacités administratives.

Enfin, la succession de réorganisations internes a pu rendre la structure de l’Agence moins lisible, avec des fragilités persistantes en matière de management, de chaîne de commandement et de clarification des responsabilités. L’ensemble de ces éléments met en évidence un écart entre l’extension considérable du mandat de Frontex et les capacités institutionnelles et organisationnelles effectivement mobilisées pour en assurer la pleine mise en œuvre. 


Des difficultés de définition du mandat de l’agence

L’élargissement des compétences de l’Agence a nourri un débat de fond sur sa nature et sa finalité. Deux conceptions s’opposent désormais à ses yeux : l’une tend à faire de Frontex un véritable corps opérationnel européen, doté de moyens effectifs de dissuasion et de contrôle ; l’autre privilégie une approche principalement normative, centrée sur l’encadrement par les droits fondamentaux. Dans cette perspective, M. Matthieu Marchio estime que la dimension opérationnelle doit primer. Au sein de l’agence Frontex des officiers aux droits fondamentaux sont recrutés sur contrats. Et leur présence dissuade les agents opérationnels et les gardes-frontières partenaires d’intervenir efficacement contre les entrées irrégulières.

Pour Mme Liliana Tanguy, co-rapporteure, l’argument selon lequel Frontex devrait se limiter à un rôle technique et de soutien néglige l’importance de ses fonctions réellement opérationnelles. L’agence n’est pas destinée à remplacer les forces nationales, mais à les appuyer et à apporter des moyens supplémentaires là où la pression est la plus forte.



Les limites persistantes du partage d’informations au sein de l’espace européen

La diversification des missions et la multiplication des canaux de communication, parfois insuffisamment identifiés, ont entraîné des pertes d’informations et un manque de visibilité globale, tant du côté des États membres que de l’Agence. Cette fragmentation est aggravée par la complexité des outils de transmission, l’absence d’interconnexion entre plusieurs plateformes et une organisation encore marquée par des logiques de silo, malgré les réorganisations engagées.

Ces fragilités se retrouvent dans l’élaboration de la vue d’ensemble de la situation de l’Union, qui demeure affectée par une qualité inégale des données et par une analyse insuffisamment consolidée aux niveaux national et européen. Des divergences persistent entre données nationales et européennes, notamment en matière de flux migratoires et de retours, ce qui fragilise la fiabilité des diagnostics communs.

Les systèmes d’information mis à disposition (FOSS, Virtual Aula, Opera-Evo, JORA, IRMA, Eurosur) sont nombreux mais peu intégrés. Leur accès demeure complexe, faute de centralisation des droits et d’interopérabilité effective. La Cour des comptes européenne avait déjà relevé des incohérences et un déficit de coordination. Si des progrès ont été accomplis depuis, l’échange d’informations continue de souffrir de limites techniques (incompatibilités entre bases de données), juridiques (disparités nationales en matière de protection des données), organisationnelles (coordination insuffisante entre agences) et opérationnelles (surcharge d’informations, formation inégale des personnels).

À titre d’exemple, s’agissant de la France et de la lutte contre le trafic de migrants, l’OLTIM se distingue par un engagement soutenu dans les échanges d’informations, notamment par l’intermédiaire du système SIENA d’Europol. Toutefois, il ressort de cette expérience qu’un déséquilibre peut exister entre le volume d’informations transmises et les retours effectivement exploitables, ce qui tend à limiter l’impact opérationnel des coopérations engagées.  

 

synthèse par Pierre Berthelet


lundi 27 avril 2026

Menaces hybrides : face à l’agressivité russe, l’UE est déterminée à prendre des contre-mesures



Renforcement de la capacité de l'UE à lutter contre les menaces hybrides : voici le message principal de ces conclusions adoptées par le Conseil de l'Union européenne. Les 27 ministres des Affairtes étrangères qui le composent condamnent les attaques hybrides russes et affirme la volonté de l’UE de riposter par une approche stratégique coordonnée. Les mesures phares incluent le renforcement de la cellule de renseignement (SIAC), l’usage des « boîtes à outils » cyber et hybride, et l'examen d'un cadre de sanctions dédié. Sont aussi prévus le déploiement d’équipes d'intervention rapide, la création d’un « Bouclier européen de la démocratie » et la sécurisation des infrastructures critiques.

1. Condamnation des agresseurs et des types de menaces


Le Conseil condamne fermement les menaces émanant d'acteurs étatiques et non étatiques, en tenant particulièrement la Fédération de Russie responsable de campagnes hybrides constantes visant à saper les fondements démocratiques de l'UE et le soutien à l'Ukraine,. Les activités dénoncées incluent :

  • Le sabotage d'infrastructures critiques.
  • La cybermalveillance et l'ingérence électorale.
  • La manipulation de l'information et l'ingérence étrangères (FIMI).
  • L'instrumentalisation de la migration.


2. Amélioration de l'analyse et de la détection des menaces

1. Le rôle central de la SIAC et de la cellule de fusion


Le Conseil réaffirme que la Capacité unique d'analyse du renseignement (SIAC) constitue le mécanisme intégré et l'unique point d'entrée du renseignement au niveau de l'UE pour l'appréciation de la situation, l'alerte précoce et l'analyse prospective.

  • La cellule de fusion contre les menaces hybrides de la SIAC joue un rôle pivot en tant que fournisseur désigné de renseignement pour soutenir le processus décisionnel de l'UE.
  • Le Conseil appelle à une consolidation des ressources et des capacités de ces entités, conformément aux orientations de la boussole stratégique.


2. Une approche collaborative pour une vision à 360 degrés

Pour obtenir une « appréciation globale et à 360 degrés » de la menace, le Conseil encourage une contribution multi-acteurs :

  • États membres : Leurs services de renseignement doivent continuer à alimenter la SIAC.
  • Organismes de l'UE : Les institutions, les délégations de l'UE et, sur demande du Conseil, les missions et opérations de la PSDC (politique de sécurité et de défense commune) sont invités à partager leurs informations.
  • Secteurs tiers : Le Conseil préconise de renforcer les synergies avec le secteur privé, le monde universitaire et la société civile pour améliorer la détection et l'analyse.


3. Outils techniques et surveillance spécifique

Le Conseil met en avant plusieurs instruments techniques pour affiner la détection :

  • Centre satellitaire de l'UE : Il est jugé essentiel pour améliorer l'appréciation de la situation.
  • Cyberdéfense : Le Centre de coordination de l'UE en matière de cyberdéfense (EUCDCC) aide les missions PSDC à évaluer la situation en matière de cybersécurité.
  • Désinformation : Le Conseil salue le travail de surveillance du SEAE face à la manipulation de l'information et souligne l'importance du système d'alerte rapide.
  • Technologies émergentes : Il est reconnu que l'intelligence artificielle et les technologies quantiques offrent des solutions prometteuses pour la détection et l'analyse précoces.

Enfin, le Conseil demande que les évaluations fournies par la SIAC servent de base à l'élaboration d'approches stratégiques spécifiques pour répondre aux différents acteurs de menaces.

3. Protection et résilience des secteurs critiques

Concernant l'axe de la protection et de la résilience des secteurs critiques, le Conseil de l'Union européenne met l'accent sur la sécurisation des infrastructures physiques et numériques à travers plusieurs mesures législatives et opérationnelles :

1. Renforcement du cadre législatif et des infrastructures de base


Le Conseil insiste sur la nécessité pour les États membres de mettre en œuvre efficacement les actes juridiques de l'UE, notamment :

  • La directive SRI 2 pour assurer un niveau élevé de cybersécurité.
  • La directive CER concernant la résilience des entités critiques.
  • Le schéma directeur en matière de cybersécurité, jugé crucial pour une réponse collective aux incidents cyber de grande ampleur.
  • Des initiatives telles que la stratégie "ProtectEU" et le plan d'action de l'UE sur la sécurité des câbles sous-marins.


2. Sûreté maritime et infrastructures sous-marines

L'Union souhaite renforcer sa préparation collective dans le domaine maritime en :

  • Protégeant les infrastructures maritimes et sous-marines critiques.
  • Améliorant la capacité de réaction rapide via des moyens civils et militaires coordonnés.
  • Luttant contre la « flotte fantôme », qui est utilisée pour contourner les sanctions et peut servir de plateforme pour des actions hybrides.


3. Domaine aérien et navigation par satellite


Le Conseil appelle à une coordination accrue pour contrer les menaces dans l'espace aérien, en particulier :

  • L'utilisation malveillante de systèmes aériens sans pilote (drones).
  • Le brouillage et l'usurpation (spoofing) intentionnels des services de navigation par satellite (GNSS).
  • L'interférence avec les fréquences radioélectriques et les cyberattaques visant les opérations aéroportuaires.


4. Technologies émergentes et plateformes numériques

Une vigilance particulière est accordée aux vecteurs technologiques :

  • Technologies critiques : Le Conseil relève que l'intelligence artificielle, les technologies quantiques et les registres distribués (blockchain) sont de plus en plus détournés à des fins malveillantes.
  • Secteur numérique : Le Conseil condamne l'usage des plateformes en ligne pour la planification d'attaques hybrides et demande l'application intégrale du règlement sur les services numériques pour contraindre ces plateformes à coopérer davantage avec l'UE.

Enfin, le Conseil souligne que l'utilisation de la boîte à outils cyberdiplomatique reste essentielle pour prévenir et décourager les actes de cybermalveillance qui visent ces secteurs

4. Défense de la démocratie et lutte contre la manipulation de l'information (FIMI)

Concernant la défense de la démocratie et la lutte contre la manipulation de l'information et l'ingérence étrangères (FIMI), le Conseil souligne que ces activités menacent directement les fondements de l'Union, particulièrement en période électorale.
Voici les principales mesures et orientations détaillées dans les sources :

1. Protection des processus électoraux

Le Conseil considère que l'intégrité des élections est une cible privilégiée des campagnes hybrides. Pour y répondre, il préconise :

  • Une vigilance et une coordination constantes avant les scrutins au sein de l'UE et chez ses partenaires.
  • Le soutien au projet de « Bouclier européen de la démocratie » et la création du Centre européen pour la résilience démocratique.
  • L'élaboration d'un futur plan de l'UE spécifiquement dédié à la lutte contre les activités de manipulation de l'information menées depuis l'étranger.


2. Responsabilisation des plateformes numériques

Le Conseil condamne fermement l'usage des plateformes en ligne par des acteurs malveillants pour recruter, planifier des attaques ou diffuser de la désinformation. Il demande :

  • La pleine application du règlement sur les services numériques (DSA) pour contraindre les plateformes à agir.
  • Une coopération renforcée et des mesures « ambitieuses et solides » de la part de ces plateformes pour contrer les activités hybrides.


3. Communication stratégique et détection


L'Union mise sur une approche proactive plutôt que purement réactive :

  • Communication stratégique : Déploiement de campagnes coordonnées pour promouvoir les valeurs démocratiques et démasquer les ingérences, notamment dans les pays candidats.
  • Système d'alerte rapide : Renforcement de cet outil géré par le SEAE (Service européen pour l'action extérieure) pour améliorer la détection et la réaction face aux campagnes de FIMI.
  • Outils opérationnels : Les missions de sécurité et de défense (PSDC) sont désormais équipées d'outils de surveillance spécifiques pour détecter la manipulation de l'information sur le terrain.


4. Résilience de la société civile

Pour réduire la vulnérabilité des citoyens, le Conseil insiste sur :

  • Le développement de l'éducation aux médias et des compétences numériques pour favoriser un esprit critique.
  • Le soutien aux initiatives de vérification des faits (fact-checking).
  • La protection de la liberté d'expression, de l'indépendance des médias et de la sécurité des journalistes et défenseurs des droits de l'homme.

Le Conseil rappelle enfin que la lutte contre la manipulation de l'information doit s'inscrire dans le cadre global de la réponse coordonnée de l'UE aux campagnes hybrides adopté en 2022

5. Renforcement des outils de réponse et de dissuasion

Concernant le renforcement des outils de réponse et de dissuasion, le Conseil exprime une volonté ferme d'augmenter le coût des actions malveillantes pour leurs auteurs tout en optimisant les mécanismes de réaction rapide de l'Union.

1. Utilisation intensive des « boîtes à outils »

Le Conseil réaffirme sa détermination à faire usage de tous les outils à sa disposition pour prévenir, décourager et répondre aux campagnes hybrides. Il insiste particulièrement sur :

  • L'alignement des décisions de réponse sur la boîte à outils hybride de l'UE.
  • L'utilisation intégrale de la boîte à outils cyberdiplomatique pour répondre aux cybermenaces qui constituent souvent un élément clé des campagnes hybrides.


2. Augmentation du coût pour les agresseurs

L'objectif est de rendre les activités hybrides plus « coûteuses » pour les responsables, y compris les auxiliaires agissant pour le compte d'États.

  • Le Conseil utilise déjà les cadres de mesures restrictives existants, notamment ceux visant les activités déstabilisatrices de la Russie et les cyberattaques.
  • Une innovation majeure est l'invitation à examiner la création d'un cadre horizontal de mesures restrictives spécifiquement dédié aux menaces hybrides afin de combler les lacunes actuelles.


3. Capacités de réaction opérationnelle

Le Conseil met en avant des moyens d'action concrets sur le terrain :

  • Équipes d'intervention rapide : Leur création et leur déploiement sont salués pour l'aide apportée aux États membres, aux partenaires et aux missions de la PSDC (politique de sécurité et de défense commune).
  • Approches spécifiques par acteur : Le Conseil demande le développement de stratégies adaptées à chaque menace, basées sur les renseignements fournis par la SIAC.


6. Coopération internationale et partenariats

Concernant la coopération internationale et les partenariats, le Conseil souligne que la réponse aux menaces hybrides ne peut être efficace que si elle est coordonnée avec les acteurs internationaux et les pays partenaires.

1. Coopération stratégique avec l'OTAN

Le Conseil insiste sur une coopération mutuellement bénéfique entre l'UE et l'OTAN, tout en rappelant que l'OTAN demeure le fondement de la défense collective de ses membres. Cette collaboration repose sur :

  • Le cadre des exercices parallèles et coordonnés (PACE).
  • La mise en œuvre des trois déclarations conjointes UE-OTAN.
  • Le respect des principes de réciprocité, de transparence et d'autonomie décisionnelle de chaque organisation.


2. Soutien aux partenaires et pays candidats

L'Union accorde une attention particulière aux pays proches et à ceux engagés dans le processus d'adhésion :

  • Alignement politique : Le Conseil attend des pays candidats et candidats potentiels un alignement total sur la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), y compris concernant les mesures restrictives (sanctions), ce qui constitue un aspect clé de leur intégration.
  • Moldavie et Ukraine : Le Conseil salue le travail de la mission EUPM Moldova pour renforcer la résilience de la Moldavie et appelle à poursuivre l'échange d'enseignements tirés avec l'Ukraine et la Moldavie.
  • Dialogues bilatéraux : Il préconise d'approfondir les dialogues sectoriels et les partenariats de sécurité et de défense avec les partenaires partageant les mêmes valeurs.


3. Coordination avec le G7 et actions diplomatiques

L'efficacité des outils de dissuasion de l'UE dépend de la solidarité internationale :

  • Sanctions : Le Conseil met l'accent sur la nécessité de coordonner les mesures restrictives avec les partenaires du G7 et de renforcer la lutte contre le contournement de ces sanctions.
  • Messages coordonnés : L'UE privilégie une action diplomatique conjointe et des messages coordonnés avec ses partenaires pour prévenir et décourager les menaces.

 

synthèse par Pierre Berthelet


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lundi 20 avril 2026

Rapport 2026 de l’EPPO : le Parquet financier obtient un taux de condamnation des fraudeurs de 95% !

 



Le tout nouveau rapport d’activité du Parquet européen (EPPO) a été publié et force est de constater qu’il s'impose comme un acteur majeur dans la lutte contre le crime organisé avec un taux de condamnation de 95 %. Le chiffre clé est le préjudice total estimé à plus de 67,27 milliards d'euros pour 3 602 enquêtes actives. La fraude à la TVA et aux accises représente 45,01 milliards d'euros, soit plus de 67 % du préjudice global.
Le fait saillant est, concernant la France, une concentration sur des dossiers à très fort impact financier : avec seulement 121 enquêtes actives, le dommage total estimé atteint 5,94 milliards d'euros, soit autant que l'Allemagne qui gère trois fois plus de dossiers. De plus, 50 % de ces enquêtes sont transnationales, un taux nettement supérieur à la moyenne globale de l'EPPO (27 %).



Une activité notable de l’EPPO

1. Chiffres clés des Ressources Humaines (RH)

Le personnel est réparti entre le Bureau central à Luxembourg et les bureaux nationaux dans les États membres participants. Assistants des procureurs délégués européens (NEDPA) : l’EPPO compte un total de 178,5 équivalents temps plein (ETP) pour l'ensemble de l'institution.

  • Pour la France, Assistants des procureurs délégués européens (NEDPA) : 9 équivalents temps plein (ETP).
  • Charge de travail : Le personnel gère simultanément 3 602 enquêtes actives à la fin de l'année 2025.
  • Procureurs délégués européens (EDP) : Ils opèrent sur le terrain dans les États membres. Le rapport mentionne également des enquêteurs dédiés dans certains pays, dont le nombre varie considérablement (par exemple, 49 en Italie, 29 en Roumanie et 15 en Bulgarie), tandis que d'autres pays n'en disposent pas directement au sein de l'EPPO. 


2. Entités collaboratrices

L'EPPO s'appuie sur un vaste réseau de partenaires pour mener à bien ses missions : 

  • Autorités nationales : C'est la source principale de détection, avec 2 107 rapports reçus en 2025 (en hausse de 20 %). Parmi elles, on retrouve des polices spécialisées comme la Guardia di Finanza en Italie ou l'autorité douanière hellénique (AADE/IAPR).
  • Institutions et agences de l'UE (IBOAs) : L'EPPO collabore étroitement avec la Commission européenne, l'OLAF (Office européen de lutte antifraude) et la BEI (Banque européenne d'investissement). En 2025, les IBOAs ont transmis 143 rapports de criminalité à l'EPPO.
  • Parties privées : Les citoyens et entités privées sont des collaborateurs essentiels, ayant transmis 4 629 rapports en 2025.



Des résultats opérationnels conséquents

1. Vue d'ensemble des enquêtes et dommages 

  • Total des enquêtes actives : 3 602 dossiers.
  • Dommage total estimé : plus de 67,27 milliards d'euros.
  • Nouvelles enquêtes ouvertes en 2025 : 2 030 dossiers (en hausse de 35 % par rapport à 2024), représentant un dommage de 48,7 milliards d'euros. 


2. Typologie des fraude

L'EPPO segmente les enquêtes selon la nature du préjudice : 

  • Fraude aux revenus (TVA + Douanes) : 981 cas pour un dommage de 45,01 milliards d'euros.
  • Fraude aux dépenses : 1 820 cas pour un dommage de 18,67 milliards d'euros.
  • Corruption dans les cas de fraude aux dépenses : 169 cas pour un dommage de 2,92 milliards d'euros.
  • Autres types de fraudes : 987 cas pour un dommage de 3,59 milliards d'euros. 


3. Mesures judiciaires et saisies

L'activité opérationnelle a conduit aux résultats suivants en 2025 : 

  • Mises en accusation (Indictments) : 275 actes déposés visant 1 438 personnes.
  • Procédures de poursuite simplifiées : 59.
  • Décisions d'assignation de mesures à des procureurs assistants dans d'autres États membres (transnational) : 171.


L'EPPO distingue la valeur juridique des ordonnances obtenues de la valeur physique des actifs réellement saisis : 

  • Ordonnances de gel accordées : En 2025, les juges ont accordé des ordonnances pour une valeur totale de 1,13 milliard d'euros.
  • Actifs effectivement gelés : La valeur des actifs (cash, immobilier, véhicules de luxe, etc.) physiquement immobilisés en 2025 s'élève à 288,93 millions d'euros.


4. Issue des dossiers et jugements 

  • Dossiers classés (Dismissed cases) : 153 dossiers concernant 1 524 personnes.
  • Dossiers renvoyés aux autorités nationales : 208 cas impliquant 1 661 personnes.
  • Activité judiciaire en 2025 :Cas en phase de jugement : 517.
  • Décisions de justice finales : 168.
  • Acquittements : 8 (impliquant 22 personnes).


Il faut noter en outre : 

  • Mises en accusation : L'EPPO a déposé 275 actes d'accusation en 2025 (+34 % par rapport à l'année précédente), visant 1 438 personnes.
  • Condamnations : En 2025, 159 condamnations ont été obtenues, impliquant 288 personnes.
  • Taux de réussite : Sur les deux dernières années, le taux de condamnation de l'EPPO est proche de 95 %.


5. Répartition par programme de financement de l'UE

Les enquêtes actives sur les fraudes aux dépenses concernent principalement : 

  • Développement régional et urbain : 640 cas.
  • Agriculture et développement rural : 541 cas.
  • NextGenerationEU (RRF) : 512 cas (pour un dommage estimé à 5,08 milliards d'euros).
  • Coopération internationale : 23 cas.
  • Recherche et innovation : 40 cas.


6. Part des infractions dans les cas actifs

Un même dossier peut comporter plusieurs chefs d'accusation : 

  • Fraude aux dépenses hors marchés publics : 50,53 % des cas.
  • Fraude à la TVA et aux douanes : 27,23 %.
  • Fraude aux marchés publics : 17,99 %.
  • Participation à une organisation criminelle : 14,69 %.
  • Blanchiment d'argent : 9,72 %.
  • Corruption : 4,69 %. 



Le fléau de la criminalité organisée spécialisée dans les fraudes sophistiquées à grande échelle

Le principal phénomène criminel auquel le Parquet européen (EPPO) est confronté est la criminalité organisée spécialisée dans les fraudes sophistiquées à grande échelle affectant les revenus de l'UE.

Les organisations criminelles délaissent de plus en plus les activités illégales conventionnelles (drogues, armes) pour s'orienter vers le commerce de biens légaux via des montages frauduleux, car ces activités offrent des profits très élevés pour des risques relativement faibles. 

  • Part du dommage total : Les enquêtes pour participation à une organisation criminelle représentent 22,23 % du dommage total de tous les dossiers en cours.
  • Domination de la fraude aux revenus : Environ 86,66 % du dommage lié à la criminalité organisée concerne la fraude aux revenus (TVA et douanes).
  • Nouveau risque majeur : L'EPPO observe une montée en puissance des réseaux criminels chinois qui contrôlent désormais l'ensemble de la chaîne frauduleuse, de l'importation depuis la Chine jusqu'à la vente aux clients finaux dans l'UE, en utilisant des systèmes bancaires clandestins (comme le hawala) pour blanchir l'argent. 



La France, un segment central de l’activité de l’EPPO

Le rapport annuel 2025 fournit des données détaillées et exhaustives sur l'activité du Parquet européen en France au 31 décembre 2025.

1. Vue d'ensemble des enquêtes et dommages 

  • Total des enquêtes actives : 121 dossiers.
  • Dommage total estimé : 5,94 milliards d'euros.
  • Enquêtes à dimension transfrontalière : 60 cas.
  • Nouvelles enquêtes ouvertes en 2025 : 28 dossiers, représentant un dommage estimé à 5,25 milliards d'euros.


2. Typologie des fraudes

Le rapport segmente les dossiers par nature de préjudice financier : 

  • Fraude aux revenus (TVA et Douanes) : 60 cas pour un dommage de 5,69 milliards d'euros.
  • Fraude aux dépenses : 59 cas pour un dommage de 235,85 millions d'euros.Dont 3 cas de corruption liés aux dépenses pour un dommage de 37,77 millions d'euros.
  • Autres types de fraudes : 2 cas pour un dommage de 11,3 millions d'euros.


3. Rapports et détection en 2025

En 2025, la France a traité 43 rapports de criminalité provenant de diverses sources : 

  • Autorités nationales : 22.
  • Parties privées : 10.
  • Offices/Institutions de l'UE : 4.
  • Ouvertures d'office (ex officio) : 7.


4. Activité judiciaire et résultats 

  • Mises en accusation (Indictments) : 28 actes déposés visant 57 personnes.
  • Dossiers classés (Dismissed cases) : 20.
  • Dossiers renvoyés aux autorités nationales : 4.
  • Décisions de justice en 2025 :Cas en phase de jugement : 10.
  • Décisions finales : 2.
  • Condamnations : 2 (impliquant 2 personnes).
  • Acquittements : 0.


5. Saisies et gel des avoirs en 2025 

  • Ordonnances de gel accordées : 5 millions d'euros.
  • Actifs réellement gelés : 5 millions d'euros.


6. Répartition par programmes de financement de l'UE

Les fraudes aux dépenses actives concernent principalement : 

  • Développement régional et urbain : 12 cas.
  • Agriculture et développement rural (CAP) : 11 cas.
  • Fonds NextGenerationEU (RRF) : 7 cas.
  • Éducation et culture (ex: Erasmus+) : 7 cas.
  • Recherche et innovation : 7 cas.
  • Affaires maritimes et pêche : 2 cas.
  • Coopération internationale : 1 cas.


7. Part des infractions identifiées


Un dossier peut inclure plusieurs types de crimes. 

  • Les plus fréquents en France sont : Fraude à la TVA et aux douanes : 49,59 % des cas.
  • Fraude aux dépenses hors marchés publics : 37,19 %.
  • Participation à une organisation criminelle : 29,75 %.
  • Blanchiment d'argent : 17,36 %.
  • Fraude aux marchés publics : 9,92 %.
  • Détournement de fonds (Misappropriation) : 9,09 %.



Une spécificité française au regard de l’activité globale de l’EPPO


En comparant la France aux autres États membres dans le rapport 2025, deux points saillants permettent de distinguer son activité : 

  • Une concentration sur des dossiers à très fort impact financier : La France se distingue par le préjudice moyen extrêmement élevé de ses enquêtes. Avec seulement 121 enquêtes actives, le dommage total estimé s'élève à 5,94 milliards d'euros. À titre de comparaison, l'Allemagne gère trois fois plus de dossiers (361) pour un dommage total quasiment identique (5,77 milliards d'euros). Cela indique que le Parquet européen en France cible des réseaux criminels aux enjeux financiers massivement plus importants par dossier.
  • Une dimension transfrontalière nettement supérieure à la moyenne : L'activité française est particulièrement marquée par son caractère international. Environ 50 % des enquêtes actives en France (60 sur 121) présentent une dimension transfrontalière. Cette proportion est presque deux fois plus élevée que la moyenne globale de l'ensemble du Parquet européen, qui se stabilise à 27 % pour la même période.


En résumé, là où des pays comme l'Italie ou la Roumanie traitent un volume très important de dossiers (respectivement 991 et 535 cas), la France se concentre sur un nombre plus restreint d'affaires, mais qui sont plus complexes, plus internationales et financièrement plus lourdes 


Des opérations marquantes

Le rapport annuel 2025 détaille effectivement plusieurs opérations majeures qui illustrent la lutte de l'EPPO contre diverses formes de criminalité financière:

  • Opération Calypso (Fraude douanière et TVA) : 
    • Cette enquête tentaculaire porte sur l'importation massive de marchandises chinoises (textiles, chaussures, vélos électriques) en Europe en éludant les droits de douane et la TVA.800 millions d'euros de dommages estimés (350 millions en droits de douane et 450 millions en TVA).
    • 2 435 conteneurs saisis au port du Pirée, d'une valeur marchande d'environ 250 millions d'euros, constituant la plus grande saisie de ce type dans l'UE.
    • 14 pays impliqués et 101 perquisitions menées.
  • Opération Moby Dick (Fraude à la TVA) : 
    • Une enquête sur une fraude carrousel à la TVA de grande ampleur orchestrée par une organisation criminelle.257 millions d'euros saisis, ce qui représente 46 % du préjudice total sous enquête dans ce dossier.
  • Opération Fuel Family (Fraude pétrolière) : 
    • Ce réseau criminel italien importait du carburant de Croatie et de Slovénie en éludant systématiquement la TVA.260 millions d'euros de TVA impayée estimée sur des transactions simulées de plus d'un milliard d'euros.
    • 73 millions d'euros d'avoirs confisqués au chef du réseau, condamné à 8 ans de prison.
    • 20 millions d'euros de biens supplémentaires saisis, incluant un complexe touristique et plus de 150 propriétés.
  • Fraude au secteur de la santé (République tchèque) : 
    • Une affaire de corruption et de fraude aux subventions liée à l'achat d'équipements pour l'hôpital universitaire Motol à Prague.160 millions d'euros de valeur totale pour les projets affectés par la corruption.
    • 22 arrestations et 46 perquisitions effectuées en février 2025.
  • Opération Goliath (Blanchiment et fraude à la TVA) : 
    • Une enquête basée à Hambourg sur un réseau de fraude intracommunautaire vendant des produits électroniques.188 millions d'euros de dommages estimés pour les budgets nationaux et celui de l'UE.
    • Utilisation du système bancaire clandestin hawala pour blanchir les profits illicites.
  • Fraude agricole à grande échelle (Grèce) : 
    • Un groupe criminel organisé exploitait des failles pour obtenir indûment des subventions de la PAC.19,6 millions d'euros de dommages estimés pour le budget de l'UE.
    • 37 arrestations et 324 bénéficiaires de subventions frauduleuses identifiés.
  • Fraude ferroviaire (Bulgarie) : 
    • Une affaire de fraude aux marchés publics concernant la signalisation et les télécommunications sur le réseau ferroviaire bulgare.94,5 millions d'euros de financements européens concernés par le projet.
  • Contrebande de tabac (Lituanie) : 
    • Un réseau a été démantelé pour avoir importé illégalement plus de 3 millions de paquets de cigarettes de Biélorussie.10 millions d'euros de dommages et amendes ordonnés par la justice.



Une coopération internationale en plein essor

Le rapport 2025 évoque la coopération internationale hors Union européenne, soulignant que la criminalité financière traitée par le Parquet européen (EPPO) possède une dimension mondiale croissante, notamment avec des pays comme la Chine, la Turquie, la Biélorussie et le Cap Vert. 

1. Statistiques globales de la coopération internationale 

Programmes de coopération internationale : 

  • Le Parquet européen gère 23 dossiers actifs spécifiquement liés à des fraudes aux fonds destinés à la coopération internationale.
  • Signalements provenant de pays tiers : En 2025, l'EPPO a reçu 442 rapports de criminalité provenant de parties privées situées dans des États membres non participants ou des pays tiers (hors UE).


2. Focus sur des régions et opérations spécifiques

Le rapport illustre cette coopération à travers plusieurs enquêtes d'envergure : 

  • Chine (Opération Calypso) : Cette enquête majeure cible des réseaux criminels contrôlant l'importation massive de marchandises chinoises (textiles, chaussures, vélos électriques). Les réseaux criminels chinois y sont décrits comme contrôlant désormais l'ensemble de la chaîne frauduleuse, de l'importation à la vente finale, tout en utilisant des systèmes bancaires clandestins pour renvoyer les profits en Chine. Le dommage total est estimé à 800 millions d'euros.
  • Cap Vert (Enquête Ambrosia) : À la demande de l'EPPO de Lisbonne, des perquisitions et des saisies ont été effectuées au Cabo Verde en coopération avec les autorités locales. Des actifs d'une valeur estimée à 2,7 millions d'euros (dont un immeuble de 21 appartements et 2 magasins) y ont été saisis.
  • Turquie (Enquête Goliath) : Cette enquête sur une fraude à la TVA de 188 millions d'euros a révélé qu'une partie du commerce frauduleux était gérée depuis un bureau situé à Istanbul et que des fonds étaient transférés entre la Turquie et l'Allemagne via le système hawala.
  • Biélorussie : Une enquête en Lituanie a mené à la condamnation de citoyens biélorusses impliqués dans la contrebande de plus de 3 millions de paquets de cigarettes produits en Biélorussie, éludant près de 10 millions d'euros de taxes.


3. Fonds affectés liés à l'international 

  • Le rapport liste plusieurs programmes de financement extérieur touchés par des fraudes, notamment : L'Instrument de coopération au développement (DCI).
  • Le Fonds européen de développement.
  • L'Instrument d'aide de préadhésion (IPA II).


En résumé, la coopération internationale hors UE se manifeste tant par la poursuite de réseaux criminels étrangers (particulièrement chinois) que par l'utilisation d'accords d'entraide judiciaire pour saisir des avoirs criminels à l'autre bout du monde.

 

traduction et synthèse du texte par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr

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samedi 11 avril 2026

Face à la menace criminelle, cyber et terroriste, une stratégie est présentée pour sécuriser et protéger les ports européens

 



La criminalité organisée s’infiltre dans les ports français et européens, le trafic de drogue s’étend alors que les infrastructures et les chaînes d’approvisionnement sont vulnérables au risque cyber. Face à ces phénomènes, l’UE s’est engagée dans une vaste entreprise de sécurisation des ports. La démarche n’est pas nouvelle mais elle se caractérise par son ambition. Dans cette stratégie, de nombreuses mesures à court terme sont prévues, par exemple la mise en place d’un cadre européen pour la vérification des antécédents des travailleurs portuaires, l'implication de l’Agence européenne pour la cybersécurité et de la nouvelle Autorité douanière de l’UE, ou encore la creation d'un forum dédié à l’échange d’informations en matière de cybersécurité.


De quoi parle-t-on et où va-t-on ?


Les ports de l’UE traitent plus de 3,4 milliards de tonnes de marchandises, soit 74 % des marchandises qui entrent en Europe ou en sortent, et accueillent environ 395 millions de passagers chaque année. Avec près de 3 millions d’escales par an, l’UE représente 23 % des escales portuaires effectuées dans le monde.

S’appuyant sur la politique portuaire de 2013, l’UE agit maintenant afin d’établir un cadre pour l’avenir des ports européens. La stratégie portuaire de l’UE rassemble des initiatives nouvelles et en cours, des mesures de simplification et des orientations relatives à la mise en œuvre de la législation actuelle. Cette stratégie comporte cinq piliers dont un est intitulé « protéger et sécuriser les ports ».

La présente stratégie établit un cadre visant à assurer la pérennité du secteur portuaire de l’UE, à améliorer sa compétitivité et à étendre le rôle des ports pour la société de manière sûre, sécurisée et durable, ainsi qu’à accroître la résilience, la mobilité militaire, la cybersécurité et la sécurité économique.


Quelle est la situation actuelle ?

L’évolution du paysage géopolitique a amplifié les actes de terrorisme et de sabotage, la criminalité organisée et la corruption, et a entraîné l'apparition de cybermenaces/menaces hybrides ainsi que de drones aériens et marins dans toute l’Europe. Un éventail toujours plus large d’actes de sabotage et d’activités hybrides en dessous du seuil de l’attaque armée menée par la Russie présente de plus en plus de caractéristiques comparables au terrorisme soutenu par l’État. La région de la mer Baltique et ses ports restent particulièrement exposés aux activités de guerre hybride menées par la Russie. Les cadres juridiques mis en place par l’UE et les États membres pour combattre le terrorisme et la guerre hybride devraient être systématiquement utilisés et, le cas échéant, réexaminés. La coopération entre les autorités compétentes est nécessaire pour renforcer encore la lutte contre le contournement des mesures restrictives et soutenir des réponses efficaces de l’UE. 


Quel est le contexte ?

La communication intitulée «ProtectEU: une stratégie européenne de sécurité intérieure» souligne que les ports sont devenus des cibles privilégiées pour les menaces extérieures et prévoit que la sûreté maritime s'attaque au problème des drones et des actes de sabotage contre des câbles sous-marins et améliore la sûreté des ports et des chaînes d’approvisionnement, y compris dans les pays voisins. La stratégie de sûreté maritime de l’UE aborde la question de la résilience et de la protection des ports en tant qu’infrastructures maritimes critiques. Pour lutter contre l’infiltration par des organisations criminelles, la Commission présentera en 2026 une stratégie anticorruption de l’UE, qui s’appuiera sur la directive relative à la lutte contre la corruption. 


Protéger les ports des infiltrations criminelles

Les États membres devraient donner la priorité à la mise en œuvre de la législation en matière de sûreté maritime, adopter de bonnes pratiques partagées dans le cadre du partenariat public-privé de l’alliance des ports européens pour lutter contre la criminalité organisée (y compris le trafic de drogue) et la corruption, et s’attaquer au problème de la sûreté portuaire dans tous ses éléments, en garantissant des effectifs de sécurité suffisants et des investissements essentiels.

L’alliance des ports européens lutte contre le trafic de drogue et la criminalité organisée en réunissant les services répressifs, les douanes, les autorités portuaires et l’industrie. Elle renforce la résilience des ports grâce à la coopération, au partage des bonnes pratiques et au recensement des lacunes opérationnelles. Sur la base de ces travaux, la Commission proposera un cadre de l’UE pour la vérification des antécédents des travailleurs portuaires. Les efforts en matière de sûreté seront également étendus aux ports intérieurs, y compris ceux qui ne sont pas couverts par le code ISPS, en collaboration avec les commissions fluviales. La Commission publiera des bonnes pratiques pour prévenir le trafic de drogue et étudiera la possibilité de renforcer la coopération avec les pays candidats. 


Les ports de pays tiers à haut risque dans le collimateur

La prévention et la détection de la contamination du fret et de l’infiltration criminelle doivent déjà être mises en œuvre dans les ports de départ situés dans des pays tiers. Pour ce faire, la Commission et le SEAE doivent élaborer conjointement des cadres régionaux pour coopérer avec les pays tiers afin d’améliorer la sûreté portuaire, sur la base d’une responsabilité partagée et, dans la mesure du possible, avec le soutien de la stratégie «Global Gateway» ou d’autres instruments de coopération. Dans ce contexte, des évaluations ciblées des ports de pays tiers à haut risque seront réalisées afin de recenser les lacunes en matière de sûreté et d’y remédier, d’améliorer l’échange d’informations et, lorsque de graves lacunes ne sont pas corrigées, de prévoir des réponses possibles. Ce système peut contribuer à la mise en place d’un partenariat de confiance avec les pays tiers pour lutter contre les menaces pesant sur la sûreté dans les ports.


La nouvelle Autorité douanière de l’UE impliquée dans la sécurisation des ports


Un alignement renforcé des contrôles douaniers dans les ports de l’UE, ainsi qu’une amélioration des protocoles de sûreté dans le monde entier, peuvent protéger les parties et les infrastructures critiques de l’UE grâce à des instruments tels que l’injonction de «non-chargement». La Commission travaillera à l’échange d’informations public-privé entre les douanes et les entreprises de logistique maritime sur le trafic de drogue et le commerce illicite. Dans le cadre de la proposition de réforme douanière de l’Union, la nouvelle Autorité douanière de l’UE et la plateforme des données douanières de l’UE permettront aux douanes de procéder à une analyse des risques à l’échelle de l’UE et d'agir sur les chaînes d’approvisionnement internationales, y compris le commerce électronique, au moyen de vérifications et de contrôles de conformité efficaces effectués par les douanes et d’autres services répressifs. 


Accroître la résilience face à la menace

Les accidents et les événements malveillants constituent une menace importante pour les infrastructures de l’UE. La solidité d’un réseau de transport étant déterminée par celle de son maillon le plus faible, une redondance suffisante et des connexions de remplacement au sein du réseau RTE-T sont essentielles pour protéger les chaînes d’approvisionnement, prévenir les chocs économiques systémiques et garantir la mobilité militaire et la préparation de la défense. Afin de protéger les ports contre les risques naturels et d’origine humaine, les États membres devraient inclure les ports dans la mise en œuvre de la directive sur la résilience des entités critiques (directive CER). Les prochaines lignes directrices relatives aux entités critiques faciliteront leur protection et la sécurité de leur personnel. Conformément à la stratégie pour une union de la préparation, les autorités devraient promouvoir un niveau élevé de sensibilisation aux risques parmi les communautés situées à proximité des zones portuaires afin de donner aux résidents les moyens de réagir et d’agir efficacement en cas d’incident.


Renforcer la cybersécurité des chaînes d’approvisionnement et des infrastructures critiques

Les infrastructures complexes des ports et la numérisation croissante de leurs activités créent des risques importants en matière de cybersécurité pour les chaînes d’approvisionnement et les infrastructures critiques de l’UE, et suscitent notamment des préoccupations quant aux fournisseurs à haut risque contrôlant un système essentiel. Les lignes directrices relatives à la gestion des risques liés à la cybersécurité des ports de l’Agence de l’Union européenne pour la cybersécurité (ENISA) et les lignes directrices sur la gestion de la cybersécurité à bord des navires de l’Agence européenne pour la sécurité maritime (AESM) soutiennent la mise en œuvre. La Commission continuera de coopérer avec l’OMI pour faire progresser les normes mondiales harmonisées en matière de cybersécurité pour le secteur maritime au moyen d’un «Code cyber» non obligatoire. L’ENISA mettra à jour les lignes directrices relatives à la gestion des risques liés à la cybersécurité des ports au moyen de mesures de pointe et des dernières mesures stratégiques de l’UE, telles que la directive SRI2. 


Des tests et des exercices coordonnés pour se préparer aux risques cyber

En collaboration avec le groupe de coopération SRI et l’ENISA, la Commission procédera à une évaluation coordonnée au niveau de l’Union des risques liés à la cybersécurité dans les ports, afin de recenser les risques en matière de cybersécurité et de recommander des mesures d’atténuation. Dans la révision du règlement sur la cybersécurité, la Commission propose un cadre fiable pour la sécurité de la chaîne d’approvisionnement des TIC. Sur la base de l’évaluation au niveau de l’Union des risques en matière de sécurité, ce cadre permettra d’imposer des restrictions proportionnées aux fournisseurs à haut risque dans les infrastructures critiques de l’UE. La Commission procédera à des tests et à des exercices de préparation coordonnés dans les ports sur la base de scénarios de risques en matière de cybersécurité spécifiques.


Un accroissement de l’échange d’informations


Afin d’échanger des bonnes pratiques et des informations, la Commission se dit prête à travailler avec les États membres dans le cadre d’une enceinte dédiée pour les autorités des États membres compétentes en matière de cybersécurité et d’opérations maritimes/portuaires, sur la base du groupe de coopération SRI institué. Les questions traitées pourraient couvrir les cybermenaces, les incidents, les vulnérabilités, les incidents évités de justesse, la sensibilisation, la formation, les exercices et les compétences, le renforcement des capacités, les normes et les spécifications techniques, une attention particulière étant portée aux ports de petite et moyenne taille. La participation de l’ENISA, de l’AESM et des parties prenantes concernées et la coordination avec des partenariats public-privé, tels que le Centre européen d’échange et d’analyse d’informations dans le domaine du transport maritime («European Maritime Information Sharing Analysis Centre» ou EM-ISAC) et des initiatives régionales telles que la plateforme de l’UE pour la sûreté maritime de la mer Noire seront recherchées. Le train de mesures omnibus sur le numérique propose de mettre en place un point d’entrée unique pour le signalement obligatoire des incidents de cybersécurité. 


Une feuille de route concrète pour sécuriser et protéger les ports européens

La Commission:

  1. d’ici 2027, mettra à jour les orientations existantes sur la législation en matière de sûreté maritime afin de couvrir de manière adéquate toutes les menaces pertinentes;
  2. d’ici la fin de 2026, présentera une stratégie de l’UE de lutte contre la corruption;
  3. en 2027, proposera un cadre européen pour la vérification des antécédents des travailleurs portuaires;
  4. en 2027, étendra les efforts en matière de sûreté aux ports intérieurs, y compris ceux qui ne sont pas couverts par le code ISPS, en collaboration avec les commissions fluviales;
  5. en 2027, publiera des bonnes pratiques pour prévenir le trafic de drogue et étudiera la possibilité de renforcer la coopération avec les pays candidats;
  6. d’ici 2027, élaborera des cadres régionaux conjointement avec le SEAE (Service européen d'action extérieure) afin de coopérer avec les pays tiers pour améliorer la sûreté des ports et œuvrer à un meilleur alignement des contrôles douaniers dans l’ensemble des ports de l’UE, ainsi qu’à de meilleurs protocoles de sûreté dans le monde entier;
  7. d’ici 2027, œuvrera à un échange d’informations bidirectionnel public-privé entre les douanes et les entreprises de logistique maritime;
  8. en 2027, continuera de coopérer avec l’OMI (Organisation maritime internationale) pour faire progresser les normes mondiales harmonisées en matière de cybersécurité pour le secteur maritime au moyen d’un «Code cyber» non obligatoire;
  9. d’ici 2027, mettra à jour les lignes directrices de l’ENISA relatives à la gestion des risques liés à la cybersécurité des ports;
  10. d’ici 2027, procédera à une évaluation coordonnée des risques en matière de sûreté au niveau de l’Union afin de recenser les risques liés à la cybersécurité et de recommander des mesures d’atténuation appropriées;
  11. d’ici 2027, créera un forum pour l’échange d’informations et de bonnes pratiques entre les autorités des États membres compétentes en matière de cybersécurité et d’opérations maritimes/portuaires.


Les États membres sont invités à: 

  1. donner la priorité à la mise en œuvre de la législation en matière de sûreté maritime et adopter de bonnes pratiques partagées dans le cadre du partenariat public-privé de l’alliance des ports européens pour lutter contre la criminalité organisée (y compris le trafic de drogue) et la corruption, et s’attaquer au problème de la sûreté portuaire dans son intégralité;
  2. inclure les ports dans la mise en œuvre de la directive sur la résilience des entités critiques (directive CER);
  3. veiller à ce que les biens critiques soient manipulés et stockés conformément aux exigences en matière de mobilité militaire, à la stratégie de constitution de stocks à l’échelle de l’UE et au régime de sécurité de l’approvisionnement introduit par le programme pour l’industrie européenne de la défense;
  4. optimiser la cartographie, le partage d’informations et la coordination afin de constituer et de protéger les stocks et de réduire au minimum les perturbations, en tenant compte des spécificités des ports de petite taille.



synthèse par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr


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