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mercredi 1 mars 2023

Sécurité intérieure: l’agence européenne eu-LISA souhaite devenir le centre d'excellence de l'UE en matière d'intelligence artificielle

 

Moins connue que ses sœurs, Frontex et Europol notamment, l’agence européenne eu-LISA joue un rôle crucial concernant le volet numérique de l’Europe de la sécurité. Son programme de travail pour les années à venir permet d’identifier quelques axes forts de sa stratégie. Outre la gestion et la concrétisation de certains systèmes d’information à grande échelle (comme le système européen d’autorisation de voyage ETIAS en partenariat avec Frontex), l’agence entend, dans ce programme pour la période 2023-2025 :

  • Renforcer sa présence dans le domaine de la justice, notamment en matière d’équipes communes d’enquête,
  • Etendre ses prérogatives au fil des récentes avancées législatives (sur les informations préalables sur les passagers (API), sur la numérisation des procédures de visa et sur la coopération policière (Prüm II),
  • Développer ses compétences en matière d’innovation,
  • Devenir un centre d'excellence en matière d'intelligence artificielle 



Eu-LISA, le "cœur numérique de l'espace Schengen"

L'Agence de l'Union européenne pour la gestion opérationnelle des systèmes d'information à grande échelle au sein de l'espace de liberté, de sécurité et de justice (eu-LISA) supervise les opérations et l'évolution continue des systèmes d'information à grande échelle de l'UE dans le domaine de la justice et des affaires intérieures. (JAI). 

Créé en octobre 20112 et opérationnelle depuis décembre 2012, l'Agence est devenue le « cœur numérique de l'espace Schengen ».
À ce titre, eu-LISA est responsable de la gestion des systèmes d'information en matière de frontières extérieures de l'UE et elle contribue aux politiques de sécurité intérieure, de visa, d'asile et de justice pénale.


La pierre angulaire de l'architecture Schengen

À cette fin, l'Agence œuvre au renforcement des frontières extérieures de l'UE en contribuant aux initiatives de gestion des migrations et de sécurité intérieure et en soutenant la réforme du régime d'asile européen.
En outre, l'Agence intensifie ses efforts pour favoriser la numérisation de la justice, tout en poursuivant la numérisation des procédures de l'UE en matière de migration, d'asile et de visa relevant de son mandat.

En facilitant la libre circulation en Europe, l’action menée par l'Agence constitue la pierre angulaire de l'architecture Schengen de l'UE.
À cette fin, eu-LISA fournit des services aux utilisateurs des systèmes d'information JAI de l'UE, tout en garantissant un niveau élevé de protection des données conformément à la législation de l'Union sur la protection des données. 


Une agence chargée de gestion opérationnelle des systèmes d'information 

L'Agence est responsable de la gestion opérationnelle, des évolutions et du développement futur des systèmes d'information JAI de l'UE suivants et de leurs infrastructures de communication respectives :

  • Système d'information Schengen (SIS),
  • Système d'information sur les visas (VIS),
  • Base de données européenne sur la dactyloscopie en matière d'asile (Eurodac).

D'ici fin 2023, l'Agence aura terminé le développement et assumé la responsabilité de la gestion opérationnelle des trois nouveaux systèmes d'information JAI :
  • Système Entrée/Sortie (EES),
  • Système européen d'information sur les casiers judiciaires — ressortissants de pays tiers (ECRIS-TCN),
  • Système européen d'information et d'autorisation de voyage (ETIAS)

Par ailleurs, en 2023, l'Agence devrait assumer la responsabilité de la gestion opérationnelle du Système e-CODEX (e-Justice Communication via Online Data Exchange).


L’innovation, la seconde peau de l’Agence

L'Agence suit les derniers développements en matière de recherche et d'innovation. Elle teste de nouvelles technologies et solutions et soutient la Commission, les États membres et d'autres agences de l'UE dans ses domaines d'expertise.

L'Agence contribue au soutien de l'UE à l'Ukraine par le travail conjoint effectué au sein du réseau des agences chargées de la justice et des affaires intérieures et se tient prête à fournir des conseils ou un soutien à la Commission et aux États membres sur les questions techniques liées aux systèmes existants ou nouveaux.

Notamment, étant donné que la guerre a remodelé le paysage des menaces à la cybersécurité, l'eu-LISA poursuivra sa collaboration avec les institutions et agences de l'UE en matière de cybersécurité.

En outre, l'eu-LISA s'engage activement et à contribuer aux projets de la plateforme d'innovation de l'UE pour la sécurité intérieure afin de garantir que la soit un point de référence central pour les initiatives d'innovation européennes en domaine JAI, c'est-à-dire entre les agences JAI, les institutions de l'UE, les États membres, l'industrie, les universités et la société civile.

Dans ce contexte, l'une des principales initiatives consiste à créer un laboratoire d'essai pour les équipements et solutions techniques utilisés pour les systèmes JAI de l'UE, supervisé par l'eu-LISA.
L'Agence mettra en place le laboratoire d'essai en étroite collaboration avec Frontex et d'autres parties prenantes concernées.


Relever le défi de l’intelligence artificielle (IA)

En ce qui concerne la priorité de la Commission axée sur la transformation numérique de l'Europe, l'eu-LISA concentre sa contribution sur le domaine de l'intelligence artificielle (IA) et sa future application progressive aux systèmes informatiques relevant de sa compétence.

Soutenue par la Commission européenne, eu-LISA a pour ambition de devenir le centre d'excellence de l'UE en matière d'intelligence artificielle dans le domaine de la sécurité intérieure, de la migration et de la justice.
À cette fin, l'Agence continue de renforcer ses capacités internes et d'étendre son expertise en la matière.
Le groupe de travail de l'eu-LISA sur l'intelligence artificielle (WGAI), composé d'experts de la Commission européenne, des agences de l'UE et des autorités des États membres, soutient la mise en œuvre de cette feuille de route. 

En outre, l'eu-LISA continuera également d'explorer les possibilités, les avantages et les limites de l'utilisation de l'IA au sein de ses principaux systèmes, par exemple, dans le service partagé de correspondance biométrique (sBMS), le système européen d'information et d'autorisation de voyage (ETIAS) ou le répertoire central des rapports et statistiques (CRRS).


Six priorités pour 2023

Les 6 priorités sont :

  1. assurer le fonctionnement et la mise en œuvre stables et ininterrompus des évolutions de systèmes gérés et services fournis par l'eu-LISA (c'est-à-dire SIS, VIS, Eurodac, ECRIS RI),
  2. poursuivre la mise en œuvre et le développement des nouveaux systèmes d'information JAI confiés à l'eu-LISA (c'est-à-dire l'EES, l'ETIAS, l'ECRIS-TCN et l'e-CODEX) et l'architecture d'interopérabilité,
  3. fournir un soutien et une expertise en la matière à la Commission et aux États membres,
  4. renforcer la contribution de l'Agence au domaine de la justice de l'UE,
  5. poursuivre la deuxième extension du site opérationnel d'eu-LISA à Strasbourg,
  6. préparer l'évaluation régulière de l'Agence conformément au règlement portant création de l'eu-LISA


Un objectif majeur : bâtir écosystème de sécurité européen fort

Une des priorités stratégiques identifiée par la feuille de route 2023-2025 est la construction d'un écosystème de sécurité européen fort.
À la suite de la mise en œuvre complète des règlements de refonte du SIS en mars 2023, l'eu-LISA continuera à soutenir l'évolution du SIS afin de faciliter la coopération entre les autorités répressives, frontalières et migratoires à travers l'Europe. 

À cet égard, l'Agence est également impliquée et contribue aux discussions sur la future révision de la directive relative aux informations préalables sur les passagers (API) visant à rationaliser l'identification des voyageurs et à simplifier encore davantage la gestion des frontières.

Prochainement, deux propositions législatives — Prüm II et la numérisation des visas — devraient être ajoutées au portefeuille de l'Agence. 

  • Premièrement, la proposition de règlement Prüm II (sur l'échange automatisé de données pour la coopération policière) va remplacer le système actuel de connexions individuelles entre les bases de données nationales dans chaque État membre.
    Une fois opérationnel, Prüm II facilitera l'échange d'informations et améliorera la coopération entre les États membres, en utilisant la nouvelle architecture d'interopérabilité.
    Bien que les détails réglementaires soient encore en cours de négociation, la proposition prévoit la mise en service du routeur en 2027. 
  • Deuxièmement, concernant la numérisation des procédures de visa, la Commission a présenté une proposition de règlement chargeant eu-LISA de développer et de gérer une plateforme de demande de visa Schengen en ligne, avec entrée en service estimée d'ici 2026.


Un autre axe d’action : accroître la contribution de l'agence dans le domaine de la justice 

Après avoir assumé la gestion opérationnelle de l'ECRIS-TCN, l'Agence continuera d'élargir le portefeuille de services numériques fournis au domaine de la justice de l'UE, conformément aux plans de l'UE pour la numérisation de la justice.
À compter du 1er juillet 2023, l'eu-LISA sera principalement responsable du soutien et de l'évolution de l'e-CODEX (e-Justice Communication via Online Data Exchange), le système informatisé de l'échange de données dans le cadre de la coopération judiciaire transfrontalière en matière civile et pénale. eu-LISA deviendra entièrement responsable du système après la finalisation de la reprise d'ici fin 2023.

En décembre 2021, la Commission a proposé que l'eu-LISA supervise la conception, le développement et la maintenance de la plateforme de collaboration des équipes communes d'enquête (ECE).
Le calendrier proposé prévoit le développement de la plateforme pour 2024-2025, et elle devrait être opérationnelle en 2026. 


traduction et synthèse du programme par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr



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vendredi 21 octobre 2011

La nouvelle Agence européenne pour la gestion opérationnelle des systèmes à grande échelle


Le dernier Conseil Justice et affaires intérieures de septembre avait adopté le règlement instituant une agence européenne dite Agence pour la gestion opérationnelle des systèmes d'information à grande échelle.

Retour sur ce projet à ne pas confondre avec l'Agence européenne pour la sécurité des réseaux (ENISA) basée à Heraklion :

Cette agence trouve son origine dans deux initiatives législatives de la Commission présentées en juin 2009,  afin de gérer les grands systèmes d'information dans le cadre de l'espace de liberté, de sécurité et de justice. Suite à l'entrée du traité de Lisbonne, la Commission a présenté le 19 mars 2010 une nouvelle proposition adaptée au nouveau régime institutionnel mais qui, sur le fond, reprenait les options existantes figurant dans la précédente proposition.

Le démarrage de l'activité est prévu au cours de l'été 2012. L'Agence aura son siège à Tallinn en Estonie. Les tâches liées au développement et à la gestion opérationnelle seront réalisées à Strasbourg. Egalement, un site de secours sera installé à Sankt Johann im Pongau en Autriche.

Que fait l'agence ? Elle gère trois systèmes existants :
Une extension est possible par le nouveau règlement. D'ailleurs, l'agence est susceptible d'être compétente pour tous les autres systèmes d'information qui pourraient être mis au point à l'avenir dans l'espace de liberté, de sécurité et de justice. Voici ce qu'un considérant du règlement dit à ce sujet : "En vue de créer des synergies, il convient de confier la gestion opérationnelle de ces systèmes d'information à grande échelle à une seule et même entité, de manière à bénéficier d'économies d'échelle, à atteindre une masse critique et à assurer le taux d'utilisation du capital et des ressources humaines le plus élevé possible."

En somme, l'agence peut être compétente pour la conception, le développement et de la gestion opérationnelle des nouveaux systèmes d'information au sein de l'espace de liberté, de sécurité et de justice (en dehors des trois systèmes entrant dans son champ de compétences), mais uniquement sur la base d'un texte législatif. De surcroît, ce n'est possible qu' "en tenant compte, le cas échéant, des progrès de la recherche des résultats des projets pilotes". En clair, l'extension est permise mais seulement par décision spécifique du Conseil et du Parlement européen.

Ajoutons que le conseil d'administration est composé d'un représentant de chaque État membre et de deux représentants de la Commission. Ce conseil d'administration arrête ses décisions à la majorité de ses membres (1 voix par membre).

Quant à la protection des données, c'est le régime du règlement général sur la protection (n° 45/2001) qui s'applique. Pour ce qui est du Parlement européen, son rôle est limité : il est informé régulièrement, au même titre que le Conseil et la Commission, concernant les questions du suivi et de la recherche, ainsi que concernant la création de projets pilotes (qui visent au développement ou à la gestion opérationnelle de futurs systèmes d'information à grande échelle).

La Commission est tenue de faire rapport de la mise en œuvre du règlement et de proposer d'éventuelles modifications. Elle est aussi chargée de la mise en place et du fonctionnement initial de l'agence jusqu'à ce qu'elle ait la capacité opérationnelle nécessaire pour exécuter son propre budget.

L'avis de securiteinterieure.fr :

une nouvelle agence (une de plus). Une agence plus technique que les autres... mais qui a vocation, elle aussi, à grandir. Pour l'heure, les ambitions sont limitées (il faut se rappeler les difficultés qu'a connu la Commission concernant le système sur les visas et qu'elle connaît concernant Schengen II). Le législateur est donc circonspect. Par contre, la porte est ouverte pour des extensions futures sous forme d'abord de projets pilotes (à valider ensuite par le législateur sous forme d'un texte contraignant). A suivre donc.



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vendredi 14 octobre 2011

Le VIS (Système d'information sur les visas) est (enfin) en service




Le système d'information sur les visas (VIS) vient d'entrer en service. Les premiers postes consulaires à s'être connectés au système sont ceux situés en Afrique du Nord (Algérie, Égypte, Libye, Mauritanie, Maroc et Tunisie). Le VIS sera déployé progressivement, région par région. La région d'Afrique du Nord sera bientôt suivie de la région du Proche‑Orient (Israël, Jordanie, Liban et Syrie) et des régions du Golfe (Afghanistan, Bahreïn, Iran, Iraq, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Yémen). L'ensemble des consulats des pays Schengen présents dans le monde devraient être connectés au VIS dans un délai de deux ans.

L'objectif du VIS ?
  • éviter le visa shopping (et les vols d'identité);
  • accélérer les procédures d'examen des demandes de visa;
  • accroître la sécurité en matière d'octroi des visas à travers l'utilisation d'éléments biométriques (empreintes digitales et image faciale numérique);
  • savoir plus facilement quel poste consulaire délivre quoi et dans quelles proportions;
  • contribuer à la sécurité intérieure.
 Autres infos :
  • 13 millions de visas Schengen qui sont délivrés chaque année par les 25 pays de l'espace Schengen;
  • le VIS est basé à Strasbourg et le back-up est en Autriche, à Sankt Johann im Pongau;
  • Le développement du VIS a coûté 135 millions d'euros entre 2004 et 2011.


(synthèse des communiqués par les soins de securiteinterieure.fr)

Les textes juridiques l'instituant : la décision art. 34 TUE de 2004 et  le règlement de 2008


L'avis de securiteinterieure.fr

enfin le VIS est en service. L'attente a été longue depuis l'adoption des textes législatifs. Cette entrée en fonction n'est pas anodine puisque le règlement sur l'Agence européenne des systèmes d'information a été adopté par le Conseil Justice et Affaires intérieures (JAI) de septembre (voir le billet de securiteinterieure.fr à ce sujet).
Reste à attendre l'entrée en fonction du Système d'information Schengen de 2e génération (SIS II). C'est pour bientôt promis. Enfin ça fait fait 2007 qu'il doit être opérationnel (Sur le VIS, voir mon livre le Paysage européen de la sec intérieure p. 123-124 et sur le SIS 2, p. 125 et s.)



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