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lundi 21 août 2017

Après les attaques terroristes en Catalogne, l’Union européenne de la sécurité à marche forcée


L’année 2017 devrait apporter son lot de victimes du terrorisme, en témoignent ces deux dernières attaques perpétrées en Catalogne.
Alors que la lutte antiterroriste relève traditionnellement des États au nom d’une sécurité entendue comme prérogative strictement nationale, il faut noter que l’UE est désormais un acteur « qui compte » dans le domaine de la gestion des menaces transnationales.

Le rôle de l’Europe dans la lutte antiterroriste s’est renforcé de manière incontestable ces quinze dernières années, au regard de différentes attaques (New York en 2001, Madrid en 2004, Londres en 2005). Depuis les attaques de Paris de 2015, ce rôle s’est sensiblement accru, grâce à la France, qui a joué un rôle d’aiguillon.

LIRE LA SUITE GRATUITEMENT CET ARTICLE rédigé par l'auteur de scuriteinterieure.fr SUR LA SITE de vulgarisation universitaire THE.CONVERSATION

mercredi 16 août 2017

La nouvelle architecture européenne de gestion des crises majeures


L'été est synonyme de baisse du rythme de l'actualité institutionnelle et donc l'occasion pour l'auteur de securiteinterieure.fr de vous présenter certains de ses travaux publiés ces derniers mois. 5e et dernier volet de la série : "La nouvelle architecture européenne de gestion des crises majeures":

Attaques terroristes coordonnées, catastrophes naturelles de grande ampleur, cyberagressions d’envergure, incidents nucléaires majeurs : l’Union européenne n’est pas à l’abri de ces dangers si bien qu’elle s’est dotée de dispositifs de gestion de crise pour y faire face. Le principe de base consiste à vouloir coordonner les réponses nationales en vue de rendre l’action de l’ensemble cohérente.

À cette fin, l’Union dispose d’une chaîne décisionnelle et de procédures nouvelles, même si la nouvelle architecture qui chapeaute le dispositif global reste très intergouvernementale. Le but est que cette architecture soit en mesure d’apporter une valeur ajoutée avec cette synchronisation générale. L’organe politique central, pivot de l’ensemble du dispositif, est le Conseil de l’UE. Cet organe de l’Union, qui incarne les intérêts des États-membres, a vocation à assurer la direction stratégique de la gestion de la crise ainsi que le contrôle politique des capacités déployées
à l’échelle européenne.


En tout état de cause, chaque État conserve le pouvoir de la décision finale. En conséquence, il existe seulement une mise en réseau des structures européennes et nationales visant à offrir un appui aux États concernés par une crise transnationale. Ce réseau s’articule autour d’un outil : les IPCR (Integrated Political Crisis Response arrangements) ou « dispositifs intégrés de l’UE pour une réaction au niveau politique dans les situations de crise ». Il s’agit d’un mécanisme souple, progressif et basé sur les procédures existantes, le but étant de couvrir les différents types de crise possible. 


Pour l’heure, ce dispositif, cheville ouvrière de la capacité de réaction de l’UE, est encore très jeune. Il est donc encore en période de rodage et sa robustesse est testée en conditions réelles, au fil des crises. Il est affiné au fur et à mesure des retours d’expérience et il y a fort à parier qu’il jouera un rôle central les années à venir lors de futures crises d’envergure.

LIRE LA SUITE de cet article paru dans la REVUE DE LA DÉFENSE NATIONALE (n° 794 - novembre 2016 - De nouveaux enjeux de défense ?").

image d'illustration : explosion en 2013 de l'usine West Fertilizer au Texas

dimanche 6 août 2017

Mettre un terme à la concurrence entre les communautés policière et de renseignement, le projet d’un "centre de fusion européen"


L'été est synonyme de baisse du rythme de l'actualité institutionnelle et donc l'occasion pour l'auteur de securiteinterieure.fr de vous présenter certains de ses travaux publiés ces derniers mois. 4e volet de la série : "Mettre un terme à la concurrence entre les communautés policière et de renseignement, le projet d’un "centre de fusion européen"":

La lutte antiterroriste à l’échelle européenne souffre d’un cloisonnement entre les communautés policière et de renseignement. Consciente de cette séparation, obstacle à un partage optimal du renseignement, l’Union s’est attelée depuis plusieurs décennies au défi d’un rapprochement. Loin de créer une superagence européenne de renseignement, elle vise plutôt, avec ce projet de centre de fusion, à instaurer un espace d’interaction entre les communautés policière et de renseignement.

LIRE LA SUITE de cet article paru dans les CAHIERS DE LA SÉCURITÉ ET DE LA JUSTICE (n° 38 consacré au thème "Sécurité et liberté en Europe").


lundi 31 juillet 2017

La coopération public/privé dans l’Europe de la sécurité : une politique industrielle en devenir


L'été est synonyme de baisse du rythme de l'actualité institutionnelle et donc l'occasion pour l'auteur de securiteinterieure.fr de vous présenter certains de ses travaux publiés ces derniers mois. 3e volet de la série : "La coopération public/privé dans l’Europe de la sécurité : une politique industrielle en devenir":

L’Union européenne intervient dans un marché européen de la sécurité en plein essor. Reste que ce marché relève davantage des États membres que de l’Union Européenne. Pour l’heure, les institutions de l’Union agissent essentiellement par deux voies : celle de la subvention (afin de stimuler l’innovation) et celle du dialogue institutionnel. S’il existe une réelle volonté d’établir une stratégie coordonnée public-privé ainsi qu’un engagement clair de la part de l’Union, financier notamment, cet engagement reste embryonnaire. Il n’existe donc pas encore de véritable politique industrielle capable de structurer ce marché européen de la sécurité florissant.

LIRE LA SUITE de cet article paru dans la REVUE SÉCURITÉ ET STRATÉGIE sur le portail de diffusion de revues de sciences humaines et sociales CAIRN.INFO

lundi 24 juillet 2017

Systèmes d’information européens sécurité-immigration : lorsqu’"interopérabilité" ne rime effectivement pas avec "interconnexion"

 
L'été est synonyme de baisse du rythme de l'actualité institutionnelle et donc l'occasion pour l'auteur de securiteinterieure.fr de vous présenter certains de ses travaux publiés ces derniers mois. 2e volet de la série : "Systèmes d’information européens sécurité-immigration : lorsqu’"interopérabilité" ne rime effectivement pas avec "interconnexion"" :

L’interopérabilité s’insère ainsi dans l’optique d’une rationalisation d’informations désormais abondantes au niveau de l’Union. Elle constitue un chantier majeur de la construction européenne en matière de gestion des systèmes d’information. Plus exactement, l’interopérabilité – et l’interconnexion par ailleurs – peuvent être envisagées sous la forme de poupées russes : l’interconnexion est un élément de la réponse des institutions européennes apportée en matière d’interopérabilité qui, elle-même, constitue un volet de la réforme actuelle ayant trait à la gestion des systèmes européens d’information. Elle est un concept générique qui s’inscrit dans le cadre de travaux interinstitutionnels visant à améliorer les mécanismes d’échange et de traitement de l’information, en toile de fond du développement considérable qu’ont connu ces systèmes cette dernière décennie. Son caractère ambigu tient au fait qu’elle renvoie autant au projet lui-même qu’à l’objectif porté par ce projet. Or, force est de constater que, depuis 2016, le degré d’avancement du chantier entrepris dans le domaine de l’interopérabilité est déjà élevé. Quant à l’interconnexion, il s’agit, à la lumière des récents textes l’évoquant, d’un processus loin de recueillir l’assentiment unanime.


LIRE LA SUITE GRATUITEMENT SUR LE BLOG DU Réseau Universitaire européen dédié à l’étude du droit de l’Espace de liberté, sécurité et justice (ELSJ)

mardi 18 juillet 2017

Espace pénal et Sécurité intérieure, deux projets distincts de l’UE aux dynamiques parallèles



L'été est synonyme de baisse du rythme de l'actualité institutionnelle et donc l'occasion pour l'auteur de securiteinterieure.fr de vous présenter certains de ses travaux publiés ces derniers mois. 1er volet de la série : "Espace pénal et Sécurité intérieure, deux projets distincts de l’Union européenne aux dynamiques parallèles" :

La Sécurité intérieure européenne et l’Espace pénal européen sont deux projets nés de la construction européenne. L’Espace pénal, ayant une existence antérieure aux attentats du 11 septembre 2001, se développe en réaction au risque de dérive sécuritaire induite par la réponse à ces attaques. 
S’édifiant tout au long des années 2010, la Sécurité intérieure ambitionne, quant à elle, de mettre la sécurité au centre de son action, à l’inverse du recentrage opéré par l’Espace pénal autour du dytique liberté-justice, soit deux des trois termes constitutifs de l’« espace de liberté, de sécurité et de justice » (ELSJ) institué par le traité d’Amsterdam de 1997. 
La recomposition (et non la décomposition) de l’ELSJ donne ainsi lieu à deux projets distincts, l’un et l’autre reposant sur des socles conceptuels qui leur sont propres. L’élaboration de l’Espace pénal s’organise autour de la relation reconnaissance-confiance mutuelles, les droits fondamentaux étant garantis par une justice fonctionnant selon une approche multi-niveaux. 
La Sécurité intérieure repose, quant à elle, sur l’idée que, dans un monde toujours plus instable et dangereux, il importe de mettre en place les dispositifs adéquats pour protéger et rassurer efficacement les citoyens européens.

LIRE LA SUITE GRATUITEMENT DANS LA REVUE EN LIGNE "CHAMP PÉNAL"

mercredi 21 décembre 2016

Sécurité : après l’attaque de Berlin, état des lieux de la riposte européenne


L’attaque commise par un camion fou, le 19 décembre, au marché de Noël de Berlin était tout sauf une surprise. Le département d’État américain avait lancé, le 22 novembre dernier, une mise en garde sur d’éventuels attentats lors des vacances de Noël. D’après Washington, des informations jugées crédibles étaient de nature à penser que Daech entendait commettre ce type d’attaque en Europe. À l’heure où ces lignes sont écrites, aucune revendication de l’attaque, qui a fait 12 morts et 48 blessés, n’a encore eu lieu.

Il faut se rappeler aussi que Bernard Cazeneuve avait annoncé, toujours le 22 novembre, que sept personnes ont été arrêtées récemment en France. Celles-ci planifiaient un projet d’attentat à Marseille et à Strasbourg. Le marché de Noël de la capitale alsacienne était visé.

La crainte d’un Noël sanglant


L’office européen de police Europol, dans son dernier rapport sur la menace terroriste, dit TE-SAT 2016, avait pressenti un Noël couleur rouge sang : « L’état général de la menace terroriste s’est aggravé ces dernières années et la situation ne va dans la bonne direction », dit en substance ce document. Toujours selon ce même rapport, les attaques de Paris de 2015 ont montré un changement clair de stratégie dans l’intention et la capacité des terroristes djihadistes. L’idée est, ajoute le rapport, de susciter des attentats de masse destinés à causer le plus grand nombre de victimes.

Face à cela, la réponse européenne échafaudée après les attaques de Paris, puis celles de Nice, se structure dans un domaine qui, traditionnellement, relève des compétences nationales et pour lesquelles les États demeurent jaloux de leur souveraineté. Où en est-on en cette fin 2016 ? Trois chantiers sont en cours : le renforcement du centre antiterroriste d’Europol, la réforme du système d’information Schengen (SIS) et l’adoption de la directive « armes à feu ».

Montée en puissance du Centre antiterroriste européen


Le premier chantier consiste dans le renforcement du centre antiterroriste d’Europol. Lancé le 26 janvier 2016 à La Haye (Pays-Bas), au QG de l’Office européen de police, ce centre – l’ECTC (European Counter Terrorism Centre), a deux missions principales : faciliter l’échange d’informations entre les services antiterroristes nationaux et effectuer une analyse approfondie du phénomène terroriste. L’ECTC a vu ses effectifs renforcés : 35 postes ont été pourvus, et ce n’est qu’un début. Car l’idée est de faire d’Europol, à travers l’ECTC, un centre d’expertise incontournable sur ces questions. Il faut rappeler que la France a joué, dans ce dossier, un rôle moteur : sa création a vu le jour sous son impulsion déterminante.

En vérité, l’ECTC n’est pas un service antiterroriste à l’image, en France, de l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT), de la DGSI ou bien encore de la sous-direction antiterroriste (SDAT) de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Ce centre est, avant tout, destiné à appuyer les enquêtes nationales. Il ne dispose donc pas d’agents sur le terrain – qu’il s’agisse de policiers infiltrés ou d’indicateurs. Sa valeur ajoutée consiste davantage dans l’analyse de l’information.

À ce sujet, les bases de données antiterroristes d’Europol sont enfin mieux alimentées. À titre d’information, l’une d’elles, le « FP Travelers » (fichier ressemblant les données sur les combattants européens partant faire le Djihad au Moyen-Orient) comportait les noms de 3600 personnes un mois après les attaques de janvier 2015 contre Charlie Hebdo. Leur nombre s’élève désormais à près de 34.000.

Un système d’informations perfectible


Le deuxième chantier est la réforme du système d’information Schengen (SIS) concernant les alertes émises pour fait de terrorisme. Pour rappel, le SIS est une grande base de données européenne qui rassemble 64 millions de signalements (objets, personnes recherchées, étrangers indésirables, etc.). En 2015, il a fait l’objet de 3 milliards de consultations.

Mais des problèmes demeurent concernant la question des suspects pour fait de terrorisme signalés dans le SIS. Exemple : le défaut d’informations sur le signalement lancé par un État (la Belgique), qui rend problématique pour les autres services (comme en France) la distinction entre terroristes et délinquants. Le cas s’est présenté très concrètement dans l’affaire Abdeslam : les services de police belges avaient signalé cet individu dans la catégorie « répression des infractions pénales » (canal habituel pour les services de police judiciaire). Or, ils auraient dû le répertorier dans la catégorie « menace de la sûreté de l’État » (canal choisi par les services de renseignement). Résultat : lorsque Salah Abdeslam, à l’époque en cavale, a été contrôlé par la gendarmerie de Cambrai, les militaires ne l’ont pas appréhendé, faute d’instruction précise figurant dans la base européenne.


Le rapport parlementaire publié en France, l’été dernier, sur les attentats de novembre 2015 enfonce le clou : les Français ont appris seulement plusieurs heures (précieuses) après ce contrôle que Salah Abdeslam était surveillé par les services belges pour radicalisation violente. Tirant les leçons de ces dysfonctionnements, la Commission européenne, avec l’appui des experts nationaux, s’est efforcée de rassembler les meilleures pratiques en matière de signalements dans ce cas de figure.
Toutefois, même si des améliorations sont apportées, le système comporte des limites intrinsèques à sa nature intergouvernementale. Le rapport de l’Assemblée nationale le souligne avec justesse :
« Faute d’un organe supranational disposant de la totalité des informations et des menaces, le système Schengen demeurera un écheveau complexe favorable aux projets terroristes d’individus exploitant nos réticences envers une politique antiterroriste européenne.

 

Accord à l’arraché sur une directive « armes à feu »


Troisième et dernier chantier : l’adoption d’une directive « armes à feu ». Ardemment souhaité par Bernard Cazeneuve, ce projet entend imposer une surveillance drastique des armes. Il s’agit surtout d’empêcher la libre circulation des armes d’assaut à usage militaire. Sont notamment dans le collimateur les armes semi-automatiques « d’usage civil » type « AK47 Kalachnikov ». Pour rappel, de telles armes ont permis de perpétrer les attaques armes du 13 novembre 2015 à Paris. Et elles avaient été commandées sur le darknet à un marchand d’armes en Allemagne…

Le Parlement européen fait la résistance car certains eurodéputés plaident pour que le texte prenne en compte « l’intérêt légitime des chasseurs et des tireurs sportifs ». À cet égard, certains tireurs sportifs, des policiers notamment, estiment qu’ils sont en règle en détenant une licence et en ayant déclaré leur arme. Ils rejettent donc fermement l’idée d’en être privés.
En dépit des « trilogues » successifs (réunions des représentants des trois institutions), ce dossier est resté bloqué un bon moment. Une véritable saga institutionnelle qui n’est pas sans rappeler celle qui a eu cours sur l’adoption de la directive PNR : pendant des mois, le Parlement européen a refusé de valider le texte, cédant finalement en avril 2016, un mois après les attaques de Bruxelles.

Finalement, ce 20 décembre 2016, au lendemain même du drame de Berlin, le Parlement européen et le Conseil sont tombés d’accord sur une mouture commune. Entrent dans le champ de la directive les armes des collectionneurs. En revanche, le dispositif d’interdiction des armes d’usage civil semi-automatiques, tel que prévu dans la proposition initiale, n’a pas été conservé.

En Europe, une vulnérabilité structurelle


L’impulsion politique est forte et les progrès sont tangibles, mais les résistances restent, elles aussi, très présentes. Finalement, si la question du terrorisme est centrale dans chacun des États membres, notamment en Allemagne comme en France, il convient de s’intéresser à la nature des réponses à apporter. Certaines, prônées par des partis extrémistes, relèvent purement et simplement du mythe, comme le rétablissement total et durable du contrôle aux frontières : même le régime nord-coréen ne parvient déjà pas à contrôler de manière hermétique sa frontière…
D’autres, comme on l’a vu, sont bien plus réalistes, comme l’intensification du partage de l’information et de l’analyse du renseignement. En revanche, ces solutions, aussi efficaces soient-elles, n’empêchent pas les sociétés européennes de demeurer vulnérables au terrorisme.


Cette vulnérabilité est structurelle : elle résulte du fait que les systèmes économiques et sociétaux sont étroitement imbriqués, que ce soit au niveau européen, national, régional ou local. Elle découle aussi de la sensibilité de l’opinion publique au terrorisme. Chaque attaque entraîne, par effet de résonance, un séisme médiatique.
Dans nos sociétés de réseaux et de l’information, ce séisme lié à la vague d’émotion qui submerge l’opinion publique et alimenté par une profusion des rumeurs et des thèses complotistes à chaque drame (comme celui de Berlin), contribue à renforcer le sentiment d’insécurité, à saper la confiance envers les dirigeants politiques, et donc à déstabiliser les sociétés européennes. Gérard Chaliand et Arnaud Blin notent ainsi, dans un ouvrage sur l’histoire du terrorisme, que le tourbillon médiatique et notre incapacité à mettre en perspective cette menace nous empêchent de mener une réflexion froide permettant de se distancier de manière salutaire d’un phénomène complexe.

La peur prime sur l’analyse et la surenchère politique, destinée à engranger prestement des gains électoraux, se substitue à une action publique lucide et nécessaire. La contagion virale et le discours sur le supposé laxisme sont les deux facteurs de ruine de nos démocraties. Les terroristes l’ont bien compris et leur stratégie consiste à attaquer ces démocraties sur leur point faible.
La réaction, qui consiste à réduire drastiquement les libertés publiques, à « dés-exceptionnaliser » l’état d’exception, à créer un « droit pénal de l’ennemi », ou encore à dépeindre l’islam comme un partenaire de guerre de civilisations, s’inscrit justement dans le cadre du projet terroriste. Notre réaction correspond ainsi pleinement à leurs attentes, à savoir déchirer le tissu social et détruire l’idéal démocratique.

Article de l'auteur de securiteinterieure.fr, sous licence, du 20/12/2016, publié sur le site de vulgarisation universitaire The Conversation et repris selon les conditions imposées pour la republication


Autres articles de Pierre Berthelet, auteur de securiteinterieure.fr , publiés dans The Conversation :

samedi 12 novembre 2016

L’Europe de la sécurité : le choix pragmatique de Paris



Article de l'auteur de securiteinterieure.fr publié dans The Conversation le 11/11/2016

Le 4 novembre 2016, à Paris, près d’un an après les attentats commis dans la capitale française, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve et le Commissaire européen chargé de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme et contre le crime, le Britannique Julian King, ont confirmé, une tendance forte entre les deux parties : la volonté de renforcer encore et toujours la lutte contre le terrorisme.
A cette occasion, le ministre Cazeneuve s’est inquiété de la circulation des armes illégales, et a plaidé pour un encadrement accru à l’échelle de l’Union. Une manière de mettre à nouveau sous pression le Parlement européen, co-décideur avec le Conseil des ministres, pour l’adoption d’une directive visant à donner un nouveau tour de vis dans le contrôle des armes à feu.

Le discours du ministre Bernard Cazeneuve est rôdé : il avait dénoncé, il y a plusieurs mois, les tergiversations des députés européens refusant d’entériner la directive PNR intracommunautaire. Finalement, après bien des péripéties, le texte a été adopté en avril 2016 après que la France eut pesé de tout son poids dans le débat au Parlement européen. Depuis, elle fait partie des pays les plus avancés dans la mise en œuvre du texte.
La France fait indéniablement preuve de volontarisme politique en matière de lutte antiterroriste, donnant souvent l’impulsion au niveau européen. Trois exemples peuvent être mentionnés brièvement pour s’en convaincre :
1) la proposition d’une task-force visant à lutter contre le trafic de faux documents ;
2) le transfert substantiel d’informations sensibles à Europol sur certaines entités terroristes ;
3) l’appui décisif en faveur de la création au sein de l’agence européenne Europol de la Task Force fraternité, embryon du nouveau Centre européen de lutte antiterroriste (ECTC) d’Europol. Pour mémoire, l’ECTC – chargé de faciliter l’échange et l’analyse du renseignement – a été inauguré en janvier 2016 et son importance ne cesse de croître depuis dans le domaine de la coopération entre polices européennes.

Convergences de vue

Un constat s’impose d’emblée : il existe une convergence de vues entre les positions nationales et les institutions européennes. Vu du côté français, l’Union européenne opère le prolongement de la politique nationale en matière antiterroriste. Le ministre de l’Intérieur le sait bien : face à un phénomène transnationalisé, une action purement hexagonale est inefficace.

Qui plus est, les institutions de l’Union européenne sont de nature à fournir un appui nécessaire, ne serait-ce qu’au plan financier. Ainsi le GIGN a-t-il reçu plus d’un million d’euros de subventions en équipements aux fins de lutte antiterroriste grâce au Fonds européen pour la sécurité intérieure (FSI).
Vu du côté de Bruxelles, le soutien français est apprécié dans les efforts déployés en vue de l’édification d’une politique européenne dans des matières pour lesquels les États se montrent très sourcilleux (police, justice, renseignement, radicalisation).

Un mariage de raison

De part et d’autre, le rapprochement opéré est donc ardemment souhaité. Mais si mariage il y a, ce n’est pas par amour, mais par raison, chacun y trouvant son compte. La France fait preuve d’une europhilie de circonstance, largement disposée à exiger de l’Europe et de ses États membres un investissement dans la lutte antiterroriste à la hauteur des siens.

Patrouilles dans les rues de Paris. Petit_louis/Flickr, CC BY
Le Conseil des ministres de l’Intérieur s’emploie, quant à lui, à montrer qu’il est à la manœuvre, conscient que si la lutte antiterroriste est une priorité pour l’Europe, les intérêts des États ne doivent pas être négligés. Forte des résultats des sondages Eurobaromètre, reflétant une réelle volonté des citoyens pour davantage d’Europe en matière de lutte antiterroriste, la Commission européenne s’efforce, pour sa part, de faire avancer son projet d’« Union pour la sécurité » et de faire émerger une conscience européenne dans le champ de l’Europe de la sécurité.

Quant aux agences européennes, en premier lieu Europol, elles ne voient pas non plus d’un mauvais œil une action européenne dans ce domaine, bien au contraire. Elles en retirent des bénéfices en voyant leurs compétences s’accroître dans des matières pourtant sensibles aux yeux des États membres.

Une relation symbiotique

L’Europe de la lutte antiterroriste, qui naît véritablement et grandit après les attaques de Paris de 2015, est le résultat de considérations pragmatiques. Il s’agit, par exemple, de trouver des solutions concrètes au cloisonnement persistant entre le monde policier et celui du renseignement, car la mauvaise circulation entre services et entre États membres nuit à l’efficacité de la lutte. Les grands débats sur la souveraineté des États face à l’UE pèsent peu dès lors que l’un d’eux est confronté aux impératifs sécuritaires. Notamment lorsque des pays, comme la France ou la Belgique, sont victimes d’une attaque terroriste brutale, suscitant un choc au sein de l’opinion publique européenne.
L’Europe n’est rien sans les États (particulièrement dans un domaine tel que la sécurité), mais l’inverse est également vrai : les États ne sont rien sans l’Europe. Les propos du Commissaire Julian King reflètent parfaitement l’idée que l’antiterrorisme européen ne se construit pas contre l’antiterrorisme français, mais plutôt que l’antiterrorisme français se développe avec l’antiterrorisme européen :
« Cela fait presqu’un an que les attaques dévastatrices, choquantes du 13 novembre ont eu lieu Les citoyens européens demandent à l’Europe d’agir, et elle répond à cet appel. La première responsabilité pour les questions de défense et de sécurité appartient aux gouvernements. Mais l’Europe peut aider, soutenir, encadrer. »
Au fil du temps se créent des liens d’interdépendance toujours plus étroits, avec pour conséquence une intrication des administrations nationales et européennes formant des réseaux plus denses, notamment par l’entremise des agences comme Europol, sorte de nœud de la lutte antiterroriste. Les discussions de salon sur l’Europe versus les peuples qu’affectionnent certains hommes politiques et philosophes, sont bien éloignées d’une réalité marquée par une convergence très forte entre l’Union et ses États membres. Désormais, l’interdépendance est telle qu’elle oblige à revoir la vision binaire héritée du siècle dernier : l’UE et les États perçus comme deux entités séparées et hiérarchisées avec, pour faire simple, une Europe supérieure aux États pour les fédéralistes, des États au-dessus (voire en-dehors) de l’Europe pour les souverainistes.

Le défi de l’évaluation

Le discours nationaliste ou souverainiste prétendant que la lutte contre le terrorisme est seulement du ressort national fait parfois office de cache-sexe pour masquer des manquements aussi graves que condamnables. Il sert alors de paravent bien commode évitant que l’Europe ne vienne poser les questions qui dérangent.

Le professeur Henri Labayle le souligne à juste titre : « La classe politique entretient curieusement un véritable fantasme à propos de Schengen », tantôt loué pour ses vertus antiterroristes, tantôt vilipendé en tant que une passoire sécuritaire. Or, Schengen est l’arbre qui cache la forêt. Le véritable problème est que les États ne jouent pas vraiment le jeu du partage de renseignements, pourtant essentiel.
L’idée d’une évaluation à l’échelle européenne est donc utile, et même indispensable, car elle est de nature à mettre en évidence d’éventuelles erreurs. Pour l’heure, cette évaluation est déjà pratiquée dans le domaine de la surveillance par les États membres du tronçon des frontières extérieures de l’UE qui leur incombe. En revanche, l’évaluation des mesures nationales antiterroristes reste encore d’ampleur limitée et trop peu fréquente. Le Parlement européen avait déjà appelé, il y a quelques années, à une évaluation globale des politiques des États membres.

La Commission a affirmé le 12 octobre dernier qu’elle réalisera ce type d’exercice concernant les mesures européennes. Il s’agit d’un pas dans la bonne direction qui requiert désormais son extension aux États membres, afin d’identifier les meilleures pratiques parmi chacun d’eux certes, mais aussi les « lanternes rouges ». Il est question par exemple des États « passagers clandestins » du renseignement : ceux qui investissent peu dans leurs capacités de renseignement, profitant du partage des informations émanant de services dont les États de tutelle s’impliquent bien plus en produisant les efforts conséquents.

C’est précisément le cas de la France qui, même s’il y a à redire sur l’efficacité de la coopération en interne, s’engage clairement dans la création de capacités nouvelles de renseignement et dans un échange accru d’informations avec ses partenaires européens.

Ne plus payer pour les autres

Par conséquent, Paris a tout intérêt à la mise en place de dispositifs évaluatifs tels qu’ils existent dans d’autres enceintes internationales, comme le Groupe d’action financière (GAFI). Là encore, la souveraineté sur ces questions ne fait pas grand sens et les débats sur sa préservation sont dogmatiques. Car, au final, la France paye, d’une manière ou d’une autre, pour les conséquences des lacunes en matière de renseignement des autres, recouvertes de l’épais manteau de la protection des intérêts nationaux.

À ce sujet, le rapport parlementaire Fenech-Pietrasanta consacré aux attentats de novembre 2015 avait émis l’idée que la France a été victime indirecte des défaillances en matière d’échange de renseignements entre deux pays. Il indique notamment :
« Nonobstant sa volonté propre, la France est également tributaire de la qualité de la coopération entre pays tiers. La reconstitution du parcours de deux des terroristes ayant frappé au Stade de France, le 13 novembre 2015, en fournit une bonne illustration [puisque] notre pays a très directement souffert de la coopération défaillante entre deux autres pays, qui n’a pas permis d’intercepter la totalité du commando du Stade de France ».
Ainsi, l’idée d’une évaluation amenant les pays concernés à rendre des comptes est de nature à renforcer la collaboration entre États membres et éviter qu’à l’avenir, des attaques ne soient pas déjouées du fait d’un déficit de communication entre services de renseignement.

Article de Pierre Berthelet, auteur de securiteinterieure.fr publié dans The Conversation le 11/11/2016 (reproduction autorisée sous conditions fixées par The Conversation)

A lire également sur securiteinterieure.fr le Dossier spécial terrorisme



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vendredi 16 septembre 2016

"Nouvelles technologies et sécurité" - Nouveau numéro de la Revue de la Gendarmerie nationale


Continuum sécuritaire et sécurité globale entretiennent des relations étroites. L’un et l’autre entendent dépasser les segmentations sectorielles pour apporter une réponse efficace à des menaces qui affectent les États et l’Union en tant que telle.
L’esprit de la sécurité globale se matérialise par un ensemble d’actions sous la forme de subventions de l’Union dans divers domaines. Ses efforts s’orientent particulièrement vers une sécurité de nature technologique.
""Continuum sécuritaire et technologie au niveau européen"
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vendredi 8 avril 2016

Face au risque terroriste, l’Europe tente d’avancer sur la sécurité


Alors qu’il est de bon ton d’accuser l’Europe des défaillances en matière de sécurité après chaque attentat, Pierre Berthelet y voit une stratégie des Etats pour se dédouaner et assure au contraire que, sur certaines questions, l’Europe de la sécurité “avance bien”.

lelanceur.fr : Pourquoi dîtes-vous que “Paris pousse pour une Europe de la sécurité ‘à la française'” ?

Pierre Berthelet : C’est le constat d’un paradoxe. Depuis que François Mitterrand a quitté les affaires, nous n’avons pas d’Européens convaincus au pouvoir. Or, je note que la France, victime d’attentats en 2015, pousse des 4 fers pour des solutions européennes. Mais il ne faut pas rêver, je ne pense pas que nos dirigeants se soient réveillés un matin avec le fibre europhile. Pour regagner de la légitimité et un prestige en berne, François Hollande et Manuel Valls surfent sur le mode de l’Etat protecteur face au terrorisme : “Dormez sur vos deux oreilles bonnes gens, nous veillons”. Alors qu’ils se montrent toujours enclins à enjoindre l’Europe de prendre de nouvelles mesures, de même qu’à fustiger les retards de la machine européenne. Cette attitude ne marque pas une europhilie débridée, bien au contraire. Derrière le vernis de “Il faut davantage d’Europe”, il y a une réalité eurosceptique. C’est une manière de dire que ce que l’Europe fait de bien, c’est grâce à eux. En revanche, ses échecs sont uniquement de son seul et unique fait.

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vendredi 1 avril 2016

La lutte antiterroriste européenne. A l’épreuve des attentats



La lutte antiterroriste européenne connaît un regain d’intérêt notable depuis les attentats de Paris 2015. L’impulsion n’est certes, pas aussi importante que celle donnée au moment des attentats du 11 septembre 2001 et qui ont porté sur les fonds baptismaux l’Europe de la sécurité.
Il n’empêche, le mouvement est d’ampleur et la permanence de la menace de nouvelles attaques alimente la dynamique européenne à l’œuvre.

L’objectif de cet article est de mettre en évidence le décalage entre d’une part, la perception médiatique sur la construction européenne, souvent dominée par une rhétorique encline à souligner l’impotence et l’inertie de l’Union européenne, et d’autre part, le dynamisme qui existe dans l’édification de l’Europe de la sécurité.

Il est de bon ton d’affirmer l’incapacité de cette Europe à protéger, mais il est essentiel de rappeler une vérité : la sécurité relève avant tout de la compétence des États. L’Union européenne peut agir à ce sujet même si sa responsabilité reste limitée en tout état de cause.
D’abord, l’Europe de la sécurité est pour l’heure en chantier et, à l’image d’un bâtiment en construction, il serait mal venu de reprocher à l’entrepreneur les défauts actuels d’isolation alors même que les fenêtres n’ont pas été posées.

Ensuite et surtout, cette Europe se crée avec l’accord des États qui en dressent les orientations, mais qui en fixent aussi les limites. Le procès fait à l’Europe à cet égard est injuste politiquement et faux juridiquement : l’Union européenne dispose de moyens limités en matière de lutte antiterroriste, car les États entendent demeurer les acteurs de premier plan dans ce domaine.
De surcroît, et en dépit des progrès enregistrés, la marge de manœuvre de l’Union est réduite car le droit européen empêche purement et simplement une substitution de responsabilité États membres/Union dans ce domaine.

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mercredi 23 mars 2016

Face au terrorisme, Paris veut une Europe de la sécurité "à la française"


Les attaques de Bruxelles commises le 22 mars 2016 ont amené le gouvernement français à décider le renforcement des contrôles aux frontières ainsi que la mise en place de mesures de sécurité dans les aéroports, gares et transports en commun. Cela n’aura échappé à personne : la lutte antiterroriste fait partie des priorités politiques de la France depuis le 11 septembre 2001.
Les attaques terroristes de Paris de janvier ou novembre 2015 l’avaient déjà montré avec force.

Toutes les mesures prises suite à ces attentats peuvent, bien entendu, apparaître légitimes au regard de la gravité de la menace. Il n’empêche, de telles attaques sont l’occasion, une fois encore, de voir se diffuser la rhétorique de « l’Europe passoire » ou inefficace : l’Europe de la sécurité serait paralysée face à l’Europe des insécurités, notamment celle du terrorisme.

Avec l’arrestation de Salah Abdeslam à Molenbeek, le 18 mars, cette Europe des insécurités prend la forme d’une zone de non-droit située à une centaine de kilomètres de l’Hexagone, et décrite comme une couveuse à terroristes désireux d’anéantir la France.
Ce discours, qui connaît un succès médiatique incontestable, permet dès lors de justifier des mesures nationales destinées à combler de prétendues carences de l’Union européenne.

L’objectif de cet article n’est pas de dénoncer l’amnésie de certains et l’hypocrisie des autres, mais de mettre en exergue une forme de repli national bien plus insidieuse que l’euro-bashing, dont plusieurs hommes politiques font désormais leur fonds de commerce.

LIRE GRATUITEMENT LA SUITE DE CET ARTICLE ECRIT PAR PIERRE BERTHELET ALIAS SECURITEINTERIEURE.FR SUR LE SITE DE VULGARISATION UNIVERSITAIRE "THE CONVERSATION"

vendredi 5 février 2016

Schengen est-il compatible avec la lutte antiterroriste ?


« Si nous voulons éviter que Schengen ne s’effondre, dans un contexte où les menaces sur la libre circulation se font de plus en plus entendre, compte tenu de la situation migratoire et du danger terroriste, il faut agir vite, très vite, et ne pas avoir la main qui tremble ».
Les récents propos du ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, sonnent comme un avertissement et illustrent la détermination du gouvernement face au péril que fait peser le terrorisme non seulement sur la France, mais aussi sur Schengen.

Schengen, en tant qu’espace de libre circulation, semble être à la fois la victime et le vecteur du terrorisme : victime car le rétablissement des contrôles aux frontières de manière durable signerait la « mort de Schengen », vecteur car cet espace de libre circulation permettrait une mobilité accrue des terroristes.
Dans ce contexte, une question mérite d’être posée : Schengen est-il compatible avec la lutte antiterroriste ?

LIRE LA SUITE gratuitement sur The Conversation (le site de vulgarisation universitaire)

(article écrit par securiteinterieure.fr sur The Conversation) 

vendredi 27 novembre 2015

L’Europe de la sécurité en retard sur l’Europe du terrorisme


Crise des migrants, attentats de Paris : l’Union européenne est décidée à mieux contrôler les mouvements en son sein. Mais les États membres ont du mal à renoncer à leur souveraineté en la matière.

Le terrorisme est un thème plus que jamais à la mode, tant en France que dans l'UE.
Les ministres des 28 se sont penchés tout récemment sur la lutte anti-terroriste et sur Schengen.
Quelles sont les mesures prises et que faut-il penser du rétablissement des contrôles aux frontières ?
Quels sont les enjeux actuels et quelles réponses sont-elles apportées ?

securiteinterieure.fr fait le bilan dans "The Conversation", le nouveau site de rencontre entre universitaires et journalistes. LIRE L'ARTICLE "L’Europe de la sécurité en retard sur l’Europe du terrorisme" sur The Conversation.

mardi 18 août 2015

Police et justice à l’échelle de l’Union européenne, du désamour au divorce ?


Police et justice se sont toujours inscrites dans une dynamique de concurrence plus ou moins forte concernant les efforts menés par l’Union pour améliorer la coopération policière et judiciaire pénale. Cependant, cette compétition s’insérait dans la perspective d’émulation. À présent, elle l’est davantage dans une logique de séparation.
Deux projets politiques d’intégration européenne concurrents, la Sécurité intérieure européenne d’un côté, et l’Espace pénal européen de l’autre, se développent en parallèle. Façonnés par deux communautés rivales, ces projets posent la question du rapport entre la police et la justice à l’échelle européenne.
S’agit-il d’un rapport d’autorité, comme le désirent les défenseurs de l’Espace pénal européen, au nom du principe du contrôle des activités de police par le juge garant des libertés ? Ou s’agit-il d’un rapport d’égalité comme le soutiennent les défenseurs de la Sécurité intérieure européenne, au titre d’une sécurité intégrée dans laquelle police et justice collaborent comme partenaires ?

Introduction

La police et la justice se portent un « amour réciproque »  affirme le Professeur Labayle non sans ironie. Il suffit de se rappeler les relations parfois tendues entre les forces de sécurité intérieure d’un côté, et l’autorité judiciaire de l’autre. Il suffit aussi de se remémorer les relations de temps à autre houleuses entre le ministre de l’Intérieur et le Garde des Sceaux, et ce, quelle que soit d’ailleurs la couleur politique du gouvernement.
Même si la rivalité police-justice demeure une question toujours délicate à évoquer, elle est somme toute assez banale en France et dans bon nombre d’États membres de l’Union. Un élément reste néanmoins remarquable, ayant trait, en l’occurrence, à un déplacement à l’échelle européenne de cet affrontement existant au niveau national.

D’emblée, le déplacement de la problématique des rapports difficiles entre la police et la justice à l’échelon de l’Union peut sembler surprenant en raison du fait qu’il n’existe pas d’autorité judiciaire pénale européenne, du moins avant la création d’un Parquet européen dont les statuts sont encore actuellement en négociation. Il n’y a pas non plus de police européenne. L’office européen de police, Europol, ne possède pas de pouvoirs coercitifs et le traité de Lisbonne de 2007 l’a clairement précisé, enterrant, s’il en est, les derniers espoirs d’un FBI européen.
Ensuite, les questions relatives aux rapports entre la police et la justice ont été abordées au niveau européen sous l’angle de la coopération. En effet, les États souverains ont accepté de mettre en commun certaines de leurs compétences dans ce domaine.
Néanmoins, étant donné la sensibilité des matières évoquées (liées intimement aux prérogatives régaliennes du droit de punir et du droit de protéger), ils ont consenti uniquement à la création de mécanismes destinés à faciliter l’entraide entre services policiers d’États différents, de même qu’entre autorités judiciaires.
Pour ces deux raisons, un affrontement police-justice peut paraître en décalage avec le regard porté sur l’Union européenne en tant que projet politique et sur son action dans le domaine des politiques pénales et de sécurité. Elle l’est d’autant plus que police et justice cohabitent sous le même toit, c’est-à-dire dans le cadre d’un même projet, à savoir l’Espace de liberté, de sécurité et de justice (ELSJ) qui, comme son nom l’indique, associe étroitement la sécurité à la liberté et à la justice.

Reste que depuis la création de la « justice et affaires intérieures » (JAI) par le traité de Maastricht de 1992 et l’instauration de cet ELSJ par le traité d’Amsterdam de 1997, beaucoup d’eau a coulé. En premier lieu, le cadre institutionnel a changé et même fondamentalement. Le traité de Lisbonne a substitué la méthode communautaire à la méthode intergouvernementale.
L’ELSJ relève, à présent, du mécanisme de procédure législative ordinaire : le Parlement européen est co-législateur avec le Conseil de l’UE et la Commission européenne dispose d’un quasi-monopole d’initiative législative, tandis que la Cour de justice de Luxembourg peut statuer pleinement sur les actes adoptés.
En deuxième lieu, et ce point mérite d’être souligné, police et justice ont noué des rapports de concurrence depuis le début. La JAI était déjà marquée par des tensions entre les avancées de la coopération policière et les retards de la coopération judiciaire.
La création d’Europol en 1995 a été l’un des éléments justifiant, à côté du souci de ne laisser aucune zone d’impunité aux délinquants au sein du territoire européen, la création d’Eurojust en 2002. Cependant, cette compétition prenait les atours d’une  émulation : l’intégration en matière policière s’accompagnait d’une intégration dans le domaine judiciaire.

À l’heure actuelle, la situation est différente. La concurrence se transforme en rivalité et l’émulation en séparation. En effet, l’action de l’Union européenne en matière policière et judiciaire s’organise autour de deux projets distincts : l’Espace pénal européen et la Sécurité intérieure européenne. L’objectif de cette contribution est de montrer que le développement de ces deux projets n’est pas complémentaire et que ceux-ci sont sous-tendus par des logiques distinctes, promus par des communautés rivales, chacune essayant d’imposer ses conceptions à l’autre concernant le rapport liberté/sécurité.

Il conviendra donc de présenter ces deux projets antagonistes, avant comprendre la raison pour laquelle ceux-ci ont pu prospérer de manière séparée. L’explication tient au fait que l’Union est fragmentée d’un point de vue institutionnel. Cette fragmentation est propice à l’émergence de communautés plus ou moins étanches, et opérant de manière spécifique.
Ces communautés, dont la caractéristique est d’être transnationale, brisent l’image communément admise dans le chef de l’opinion publique et, au demeurant, largement exploitée par les leaders politiques nationaux, d’une Union opposée aux États. Force est de constater que les clivages parcourant les rapports police/justice à l’échelle de l’Union apparaissent davantage verticaux qu’horizontaux, en mettant en compétition deux communautés qui puisent leurs racines dans les États membres, et  qui s’affrontent par agences, institutions et organes interposés.

(c) présentation et introduction de l'article sous copyright.

PLAN DE L'ARTICLE

1. Deux projets antagonistes
1.1 Espace pénal européen et Sécurité intérieure européenne
1.2 Deux logiques différentes pour deux projets distincts
2.  Deux communautés rassemblées autour de deux projets concurrents
2.1 Une opposition police-justice autour de deux communautés sectorielles
2.2 Sécurité versus liberté et justice
2.3 L’absence d’opposition rigide et monolithique
Conclusion


LIRE L'ARTICLE IN EXTENSO DANS LES CAHIERS DE LA SECURITE ET DE LA JUSTICE
 
pour citer l'article :  Berthelet, Pierre, "Police et justice à l’échelle de l’Union européenne, du désamour au divorce ? La Sécurité intérieure européenne contre l’Espace pénal européen", Paris, La documentation française, Cahiers de la sécurité et de la justice, n° 31, 2015, p. 39-49.


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lundi 6 juillet 2015

Les lourdes chaînes de Prométhée, réflexions critiques sur la Stratégie européenne de sécurité intérieure 2015 – 2020


Le Professeur Panayotis Soldatos comparait il y a peu l’Union européenne à Prométhée enchaîné par les Etats membres. Ces réflexions mettant en évidence une construction européenne dépendante des États, « dont les élites politiques, écrit-il, se refusent à admettre la réalité de l’obsolescence de la souveraineté nationale », s’illustrent parfaitement avec l’adoption par le Conseil de la stratégie européenne de sécurité intérieure pour la période 2015-2020.
À première vue, la sécurité intérieure vient de franchir un pas supplémentaire dans l’intégration avec l’approbation par le Conseil le 16 juin 2015, de conclusions renouvelant et modernisant pour cinq années à venir la stratégie 2010-2014. Pour autant, il semble bien que les chaînes soient pesantes, car les États conservent la main, et de main ferme pourrait-on dire, sur le processus d’intégration dans ce domaine.

LIRE CET ARTICLE REDIGE PAR L'AUTEUR DE SECURITEINTERIEURE.FR GRATUITEMENT SUR LE SITE RUEDELSJ (CNRS - GDR 34-52)

PLAN :

1. Une impasse sur le Parlement européen et sur les droits fondamentaux ?

2. Des priorités marquées par leur ambiguïté

3. Une stratégie à la portée bien plus opérationnelle que stratégique

4. Le peu d’audace d’un texte empreint de l’idéologie de la sécurité globale

5. Une articulation délicate avec l’espace pénal européen


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vendredi 3 avril 2015

Crimes et châtiments dans l'Etat de sécurité


Il était une fois un État de sécurité. Cet État imaginaire rappelle quelque peu notre univers enfantin.
Loin des clichés d'enfants innocents jouant sagement entre eux, riant joyeusement et s'amusant dans la bonne humeur, il s'agit d'un monde dur et cruel pour les plus faibles.
C'est un univers impitoyable où ceux qui sont différents sont mis à part.

L'État de sécurité se veut démocratique et respectueux des droits de l'homme.
Pourtant, il se montre intransigeant en prenant des mesures toujours plus sévères afin de satisfaire une population inquiète qui réclame davantage de sécurité. Subissant quotidiennement les incivilités et harcelée sans répit par la criminalité, elle aspire à retrouver un monde pacifié et apaisé, débarrassé des assistés et des profiteurs du système, des délinquants multirécidivistes, des fous dangereux ou encore des pervers sexuels.
Bref, tous ceux qui menacent la société des "bons citoyens" et des "honnêtes gens".

Bien entendu, selon la formule consacrée, toute ressemblance avec des faits récents dans un État qui nous serait familier serait purement fortuite et involontaire.

Pierre Berthelet, Crimes et châtiments dans l'Etat de sécurité. Traité de criminologie politique, Paris, EPU, coll. Sciences Humaines & Sociales, 2015,   ISBN : 9782342033922



vendredi 20 mars 2015

La lutte contre la traite des êtres humains. Réflexions critiques autour d’une politique européenne "globale", "cohérente" et "intégrée"


Le regard porté sur la politique européenne de lutte contre la traite des êtres humains s’apparente à celui posé sur une gemme scintillante finement ciselée, offrant une variété infinie de couleurs et une très large diversité de reflets . En effet, ce phénomène contre lequel l’Union entend lutter est susceptible d’être d’abordé de très nombreuses manières : le crime organisé, l’accès à l’emploi et à la santé, l’inégalité des sexes, la pauvreté, l’immigration clandestine, la prostitution, les conflits géopolitiques, la violation des droits fondamentaux.

L’action de l’Union paraît osciller entre deux solutions, la répression d’une part et la protection d’autre part. Au cours des années 2000, une politique européenne s’est constituée, destinée à promouvoir la protection, l’assistance ainsi que l’indemnisation des victimes. Ces dernières disposent de droits fondamentaux, tels que le droit à la vie, l’interdiction du travail forcé ou encore le respect de la dignité, qu’il importe pour l’Union de sauvegarder.

L’objectif de cet article est d’analyser la politique européenne  en matière de lutte contre la traite des êtres humains, en y portant un regard critique car l’approche « multidisciplinaire » et « cohérente » prônée par la stratégie de l'UE en vue de l'éradication de la traite des êtres humains pour la période 2012-2016 , tente de dissimuler une superposition d’actions concurrentes et des oppositions difficiles à dépasser. S’il est incontestable que cette politique européenne est devenue substantielle depuis quelques années, elle s’organise en réalité autour de deux objectifs distincts.
Il y a d’un côté, la volonté de réprimer plus efficacement la traite d’êtres humains. Il y a d’un autre côté, une intention ferme de préserver l’intégrité des victimes en les mettant à distance de leurs bourreaux, en leur apportant les soins appropriés et en les aidant à surmonter le traumatisme engendré.

L’Union européenne s’efforce de concilier ces deux objectifs en menant une action dite « intégrée » . Une telle action, alliant prévention, répression, protection des victimes, et mobilisant de nombreux articles figurant dans différents chapitres du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), se veut globale et intégrée. C’est l’approche dite « des 3 P » (« prevention », « prosecution », « protection ») sur laquelle se fonde l’Union et les États membres, plusieurs d’entre eux ayant eux-mêmes axé leur action autour de ces trois éléments afin de prendre en compte la complexité du problème de traite .
Pour autant, si l’entreprise est louable, les résultats escomptés ne sont pas à la hauteur des espoirs nourris. En pratique, concilier de tels buts divergents se révèle une tâche ardue, pour ne pas dire, au regard du droit positif, insurmontable.

(c) introduction de l'article sous copyright.

PLAN DE L'ARTICLE

1. La formulation d’une politique autour de deux objectifs distincts, la répression et la protection
  • 1.1 Une action d’abord organisée autour de la répression de la traite des êtres humains
  • 1.2 Une action européenne orientée ensuite dans le sens la protection des droits fondamentaux
    • 1.2.1 Une action plus respectueuse des droits fondamentaux de la victime
    • 1.2.2 Un mouvement d’autonomisation en faveur de la protection des victimes
    • 1.2.3 Un mouvement porté par des institutions favorables à la protection
2. La recherche d’une approche globale et intégrée conciliant ces deux objectifs de répression et de protection
  • 2.1 La permanence en toile de fond des visées sécuritaires
  • 2.2 Une quête d’équilibre et de cohérence
3. Les difficultés de concilier de tels buts divergents
  • 3.1 Une convergence entravée, reflet d’une tension axiologique
  • 3.2 Une convergence impossible, conséquence de normes contradictoires

LIRE L'ARTICLE IN EXTENSO DANS LA REVUE DU DROIT DE L'UNION EUROPEENNE (RDUE)

pour citer l'article :  Berthelet, Pierre, "La lutte contre la traite des êtres humains. Réflexions critiques autour d’une politique européenne « globale », « cohérente » et « intégrée »", Paris, Editions Clément Juglar, Revue du droit de l'Union européenne, n° 4, 2014, p. 637-662.

et pour commander le numéro, écrire à : clementuglar auxam.fr (remplacer l'espace par un arobase)


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vendredi 14 novembre 2014

Où va la sécurité intérieure européenne ? (co-écrit avec le Colonel Gérin)



L’action de l’Union européenne en matière de sécurité intérieure est amenée à se renforcer à l’avenir.
Elle tend cependant à se réaliser sur un fondement essentiellement opérationnel par l'amélioration de l’entraide entre services répressifs, la facilitation du partage de renseignements et l'optimisation des processus d’évaluation des menaces.
L’intervention de l’Union, fondée sur l’incitation et l’impulsion, ne consiste pas à se substituer aux États.

La sécurité intérieure européenne a connu une transformation sans précédent ces dernières années. L’activité des agences européennes compétentes en matière de sécurité s’est intensifiée au fil du temps et les projets se sont multipliés.

Toutefois, un questionnement quant à la disparition de la souveraineté nationale en matière de sécurité reçoit une réponse clairement négative. Certes, il est possible d’observer un grignotage des compétences étatiques par l’Union.

Pour autant, il serait plus juste d’évoquer l’idée d’une recomposition des politiques de sécurité des États.
La sécurité intérieure européenne est synonyme non pas de contrainte, mais d’opportunité pour permettre aux différents services d’enrichir leurs pratiques, de mutualiser leurs connaissances et de développer des liens plus étroits.

Plan de l'article :

  • Les origines : une coopération respectueuse des souverainetés
  • Une maturation sous l’angle du perfectionnement des mécanismes existants
  • Une action européenne en plein développement
  • Pas de révolution, mais un avenir fondé sur une évolution


Consulter gratuitement cet article (co-écrit avec le Colonel Laurent Gérin)


Au sommaire dans ce numéro 250 de la Revue de la Gendarmerie nationale

Soldats de la loi : deux siècles d'histoire des prévôtés pP. 143
Soupçons, gardes à vue et entretiens libres P. 131
La loyauté de la preuve dans les investigations criminelles P. 123
La simplification contradictoire P. 115
Les investigations financières au service de la saisie et de la confiscation des avoirs criminels P. 108
Les avoirs criminels en Italie P. 100
Perspectives judiciaires P. 28
Le Centre européen de lutte contre la cybercriminalité P. 20
Autriche : simplification de la carte des unités P. 14
Où va la sécurité intérieure européenne P. 6