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jeudi 21 mars 2024

Crise sanitaire, accident nucléaire, menaces hybrides, cyberattaques: la situation sécuritaire mondiale s'aggrave et converge avec d’autres risques

 


Un rapport sur l’état de la protection civile en Europe vient d’être publié et la situation n’est pas glorieuse. D’un côté, les menaces actuelles s’aggravent, comme les phénomènes météorologiques extrêmes ou les perturbations des infrastructures critiques, tels que les cables sous-marins. De l’autre, au vu des rapports nationaux, de graves lacunes sont mis en évidence. Ainsi, les pratiques nationales de collecte de données sur les conséquences des catastrophes passées ne sont pas systématiques et sont très incomplètes. En outre, les méthodes de recensement et d’analyse des risques varient d’un pays à l’autre et d’un type de risque à l’autre. D'autres incohérences sont pointées, si bien que la marge de manoeuvre de progression est importante.



Un monde toujours plus dangereux

Le rapport note qu’un nouveau paysage de gestion des risques de catastrophe se dessine. Ces dernières années, le monde a connu des températures record et de nombreuses catastrophes aux effets dévastateurs. Le continent européen et son voisinage ont été frappés par des vagues de chaleur, des sécheresses, des inondations et des incendies de forêt désastreux.
Compte tenu de la rapidité inattendue du changement climatique, les phénomènes météorologiques extrêmes et les menaces pesant sur les vies et les moyens de subsistance sont très susceptibles d’augmenter à l’avenir.
En outre, l’aggravation de la situation mondiale en matière de sécurité et la convergence d’autres menaces et chocs, notamment les risques sanitaires, les menaces hybrides, les tremblements de terre et les perturbations des infrastructures critiques, représentent des risques croissants pour la société européenne.


D’où vient-on et de quoi parle-t-on ?

En 2001, l’UE a mis en place un mécanisme communautaire de protection civile, axé sur la coopération entre les États membres de l’UE en matière de réaction aux catastrophes.
Depuis lors, la Commission européenne coordonne le soutien mutuel entre les États membres.

Les objectifs de l’Union en matière de résilience face aux catastrophes adoptés en février 2023 augmentent le niveau d’ambition en matière de prévention et de gestion des risques de catastrophe aux niveaux européen et national et fixent un programme commun ambitieux pour l’avenir.

Conformément aux actions exposées dans la communication sur les objectifs de l’Union en matière de résilience face aux catastrophes, ce rapport a recensé un certain nombre d’actions et de recommandations complémentaires qui sont nécessaires pour atteindre ces objectifs dans les pays participant au MPCU.
Les 27 États membres et 10 États participants font partie du MPCU (Islande, Macédoine du Nord, Monténégro, Norvège, Serbie et Turquie; l’Albanie et la Bosnie-Herzégovine y ont adhéré en 2022; la République de Moldavie et l’Ukraine y ont adhéré en 2023.


Un mécanisme de protection civile » qui tourne à plein régime

En 2013, la décision du 17 décembre 2013 relative au mécanisme de protection civile de l’Union (MPCU) a été adoptée pour consolider ces efforts et renforcer la préparation aux situations d’urgence à tous les niveaux. Lorsqu’une crise, quelle qu’elle soit, dépasse les capacités d’un seul pays, ce mécanisme fournit l’ossature opérationnelle qui permet la réaction collective de l’Europe, tant dans l’UE (y compris dans les régions ultrapériphériques) qu’à l’extérieur de celle-ci.

La demande d’assistance au titre du MPCU a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie.


en bleu : demande d'assistance
en jaune : demande d'assistance venant l'Ukraine

Graphique 1. Nombre de demandes d’assistance adressées au MPCU par les États membres de l’UE et les États participants face à un dépassement des capacités de réaction nationales. En 2022, l’Ukraine a introduit 126 demandes d’assistance auprès du Centre de coordination de la réaction d’urgence (ERCC) et, en 2023, 50 autres demandes, après avoir activé le MPCU peu avant le début de l’invasion russe. Source: ERCC, janvier 2024. 


Risques nucléaires, radiologiques industriels, inondations et incendies de forêt

En vertu de la décision de 2013, les rapports nationaux sur la gestion des risques de catastrophe doivent être soumis à la Commission tous les trois ans.
Parmi les risques majeurs, les phénomènes météorologiques extrêmes, les risques pandémies et les risques industriels.


Selon le rapport, les principaux risques préoccupants les plus couramment signalés depuis 2015 sont confirmés. Pour au moins deux tiers des États membres et des États participants, les risques naturels et risques pour la santé humaine majeurs sont :

  • les inondations,
  • les phénomènes météorologiques extrêmes,
  • les problématiques liées à la santé humaine/les pandémies, les sécheresses et les incendies de forêt.
  • Les risques d’origine humaine ou technologique les plus courants sont :
  • les risques nucléaires et radiologiques,
  • les risques industriels,
  • les perturbations des infrastructures critiques.




Une inquiétude autour de la sécheresse, d’accidents nucléaires et radiologiques et des cybermenaces

Certains risques de catastrophe sont de plus en plus préoccupants dans toute l’Europe. La sécheresse est le risque pour lequel le niveau de préoccupation a le plus augmenté. En 2020, deux fois plus d’États membres de l’UE qu’en 2015 ont qualifié les sécheresses de risque pertinent.
Le niveau de préoccupation a également augmenté en ce qui concerne les risques d’accidents nucléaires et radiologiques, les risques liés à la santé humaine, les cybermenaces, les tsunamis et les déplacements de population, les risques liés aux masses solides (glissements de terrain, avalanches, éboulements de rochers et affaissements des sols), les risques géopolitiques et sociétaux, les risques liés aux transports et les risques environnementaux et chimiques.


Evaluations des risques : se concentrer sur les changements à long terme

Le rapport note qu’il importe d’être vigilant face aux risques qui ne sont recensés que par quelques pays.
Par exemple, quelques pays évoquent les tempêtes solaires, qui pourraient entraîner des perturbations majeures des systèmes informatiques, ainsi que certains risques environnementaux et chimiques, tels que l’apparition de nouvelles espèces envahissantes et la perte de biodiversité.
Les pays se concentrent principalement sur les risques à court terme; l’ampleur et la dimension de la dégradation de l’environnement et du changement climatique d’origine humaine nécessitent toutefois de mettre davantage l’accent sur les changements à long terme dans les évaluations des risques.


Les rapports nationaux sur la gestion des risques de catastrophe : « peut mieux faire »

Le nombre de rapports reçus depuis 2013 reste relativement stable et élevé, même si tous les rapports requis n’ont pas été fournis. La Commission a reçu 31 rapports (sur 34) en 2015, 30 (sur 34) en 2018 et 32 (sur 33) pour l’échéance de 2020.
Sur la base d’une analyse des rapports de synthèse des États membres et des États participants mis à sa disposition, la Commission a pu tirer de grandes conclusions en ce qui concerne la gestion et la prévention des risques de catastrophe.
Ce rapport montre que, bien que des progrès considérables aient été réalisés, des améliorations sont encore possibles à différents niveaux.


Un volet « prévention » manquant dans la planification de la gestion des risques de catastrophe


Trois quarts des États membres et des États participants déclarent avoir mis en place des cadres juridiques complets pour la gestion des risques de catastrophe. Ces cadres sont souvent complétés par une législation établissant des responsabilités infranationales et sectorielles.
Plus d’un tiers des pays déclarent avoir mis en place sous une forme ou une autre un document de planification de la gestion des risques.

Environ un quart des pays indiquent avoir adopté sous une forme ou une autre une stratégie nationale globale en matière de sécurité ou de gestion des catastrophes. Les mesures portent principalement sur la préparation (systèmes d’alerte précoce, par exemple), tandis que les mesures de prévention signalées sont moins nombreuses.
Par exemple, des mesures de prévention liées à l’occupation des sols et à l’aménagement du territoire pour gérer les inondations, les risques industriels, les tremblements de terre et les risques volcaniques n’ont été signalées que par quelques pays.


Des données manquantes et des informations incomplètes

Si la plupart des pays font état de certaines mesures de prévention et de préparation, peu d’informations sont fournies sur la manière dont ces mesures ont été hiérarchisées et sur le moment où elles seront mises en œuvre.

Les pratiques nationales de collecte de données sur les conséquences des catastrophes passées ne sont pas systématiques et sont très incomplètes.
Bien que les pays fassent état de mesures pour les risques transfrontières et les risques à faible probabilité d’occurrence mais à fort impact, très peu d’entre eux ont communiqué le calendrier de mise en œuvre de ces mesures et les modalités de financement y afférentes.

Les rapports nationaux révèlent que la collecte de données relatives aux pertes causées par les catastrophes est très fragmentée et non structurée dans presque tous les pays et qu’un seul pays suit une approche cohérente au niveau national.
Les méthodes suivies pour déterminer le niveau de risque diffèrent.
Lorsqu’un risque ne peut pas être évalué par des moyens probabilistes et quantitatifs, d’autres approches qualitatives sont utilisées. Environ la moitié des pays ont appliqué des approches semi-quantitatives ou qualitatives pour déterminer le niveau de l’impact.

Les pays ne font pas tous état de mécanismes de réexamen régulier, même si des réexamens réguliers des évaluations des risques sont nécessaires pour tenir compte de l’évolution du paysage des risques.
La plupart des pays ont fourni des informations sur leurs pratiques de cartographie des risques. Néanmoins, aucune information n’a été fournie en ce qui concerne des cartes de risques transfrontières.


Des approches nationales (trop) différentes

Les méthodes de recensement et d’analyse des risques varient d’un pays à l’autre et d’un type de risque à l’autre. Environ un tiers des pays déclarent suivre une approche d’analyse par scénario d’aléa unique pour recenser les risques, les scénarios recouvrant plusieurs aléas étant moins fréquemment mentionnés. Seuls quelques pays ont fourni des informations sur les critères qu’ils ont utilisés pour recenser les risques à faible probabilité d’occurrence mais à fort impact.

Les pays utilisent également des systèmes différents pour classer les risques. Si la classification des risques de catastrophe naturelles est assez claire, celle des risques d’origine humaine, technologique et sociétale varie davantage.
En outre, seuls quelques pays mentionnent l’horizon temporel des scénarios. Cela limite la compréhension de la manière et de la mesure dans laquelle des facteurs importants tels que le changement climatique sont pris en considération.

La mise à la disposition du public des résultats des évaluations des risques est inégale. Seule la moitié des pays mettent les évaluations des risques à la disposition du public et un quart fournissent des liens vers des cartes de risques accessibles au public.
Certains rapports donnent des exemples d’élaboration de scénarios et d’autres font référence aux scénarios du changement climatique établis par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Toutefois, il n’y a pas de cohérence à ce sujet, ce qui peut conduire à une sous-estimation des risques.


Une illustration de ce « patchwork » : la gestion des risques transfrontières

Bien que les rapports des pays reflètent une hiérarchisation des procédures et des mesures de gestion des risques recensés, il semble y avoir des lacunes en matière de mise en œuvre ou de déclaration de ces procédures et mesures.
La plupart des mesures transfrontalières signalées concernent les risques nucléaires et radiologiques, les inondations, les accidents industriels, les incendies de forêt et les perturbations des infrastructures. Selon le rapport, environ 70 % des pays ayant recensé certains risques transfrontières fournissent également des informations sur les mesures de gestion de ces risques transfrontières.

Aucun pays ne fait état de mesures visant à gérer tous les risques transfrontières recensés.
La coopération transfrontalière se concentre principalement sur la préparation et, dans une moindre mesure, sur la prévention et l’évaluation des risques transfrontières.
La plupart des mesures signalées pour la coopération transfrontalière sont «non structurelles»: formation et éducation, systèmes d’alerte précoce et sensibilisation du public, par exemple.

Un exemple d’un cadre lacunaire : la sensibilisation aux risques et les systèmes d’alerte

Les États membres et les États participants ne communiquent pas tous des informations détaillées sur la sensibilisation aux risques, bien que les conséquences négatives des catastrophes puissent être réduites en préparant la population au comportement à adopter en cas d’urgence.
Environ trois quarts des pays font état d’activités menées par les autorités de protection civile et d’autres organismes clés pour fournir des informations sur les risques de catastrophe et sensibiliser la population aux risques, mais les informations spécifiques sont rares. 
Les pays informent la population des risques pour mieux la sensibiliser aux risques de manière générale, mais seule la moitié des pays déclarent que leurs évaluations des risques sont accessibles au public.

Il est essentiel de répondre aux besoins des groupes les plus vulnérables dans la gestion des risques, mais peu de pays font état d’activités allant dans ce sens.
La détection précoce des catastrophes imminentes est essentielle pour réduire les conséquences négatives. Toutefois, seule la moitié environ des pays qui qualifient certains risques de pertinents indiquent avoir mis en place des systèmes d’alerte précoce pour ces risques. 



synthèse du texte par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr 

 

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