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lundi 13 juillet 2020

Selon Europol, les attentats djihadistes sont une menace majeure mais en recul, tandis que l’extrême droite violent se répand sur la Toile



Après plusieurs années de croissance, le terrorisme décline en Europe. Selon un rapport d’Europol, la majorité des attentats est avant tout ethno-nationaliste (Nord-Irlandaise). Toutefois, le terrorisme djihadiste reste le plus meurtrier. Aussi, bien qu’en déclin, il reste une préoccupation de premier plan.
L’Office de police de La Haye épingle également le terrorisme d’extrême-gauche qui constitue un enjeu dans trois pays de l’UE. Quant au terrorisme d’extrême-droite, il est moins virulent qu’auparavant. Toutefois, il inquiète par les stratégies de l’extrême-droite violent déployées sur le web, notamment pour diffuser sa propagande haineuse.

Aperçu global en 2019

Concernant le territoire de l'UE, le nombre total d’attentats recensés s’élève à 119. Ce chiffre comprend aussi ceux échoués et déjoués. Tous ces attentats ont été signalés par 13 États membres.

10 personnes sont mortes à la suite d'attaques terroristes dans l'UE et 27 ont été blessées.
Tous les décès sont attribuables aux attaques djihadistes, de même qu’aux blessures infligées à 26 personnes sont ; Seule une personne a été blessée lors d'un attentat terroriste d’extrême-droite.
Outre ces attentats terroristes, l'Allemagne a fait état de 2 attentats extrémistes violents majeurs qui ont fait 3 morts et plusieurs blessés.
En dehors de l'UE, 17 civils des États membres de l'UE sont morts dans un attentat terroriste (au Sri Lanka le 21 avril 2019).


Bilan des attaques (en rouge) et arrestations (en bleu) en 2019 (cliquez sur l'image pour agrandir)

En 2019, 1 004 personnes ont été arrêtées dans 19 États membres de l'UE parce qu'elles étaient soupçonnées d'infractions liées au terrorisme. La Belgique, la France, l'Italie, l'Espagne et le Royaume-Uni ont signalé les chiffres les plus élevés.

Le terrorisme jihadiste, toujours une menace majeure

Le nombre total d'incidents liés au djihadisme dans l'UE a légèrement diminué (21 en 2019 contre 24 en 2018), mais il reste géographiquement étendu.
8 États membres de l'UE ont subi des attaques terroristes djihadistes réussies ou déjouées, soit le même nombre qu'en 2018.
En particulier, pour la deuxième année consécutive, le nombre d’attentats djihadistes déjoués a été nettement supérieur au nombre d'attentats djihadistes achevés et échoués.
Tous les attentats, sauf un, ont été commis par des individus agissant seuls, tandis que la majorité des attentats déjoués impliquaient plusieurs suspects.


Répartition des arrestations par catégories de terrorisme (cliquez sur l'image pour agrandir)

La plupart des auteurs avaient entre 20 et 28 ans (pour près de 70 %).  Les plus jeunes avaient 16 et 17 ans. Bien que la majorité des terroristes djihadistes soient des hommes (85 %), 8 femmes ont également été signalées par les États membres de l'UE. En ce qui concerne la citoyenneté, près de 60 % des attaquants djihadistes étaient des citoyens du pays dans lequel l'attaque ou le complot a eu lieu.

Bilan des attaques entre 2017 et 2019 (cliquez sur l'image pour agrandir)

Les djihadistes en Europe sont principalement liés à des réseaux informels. Ils sont intégrés dans un milieu extrémiste musulman plus large, qui peut servir de canal pour l'engagement terroriste.
Les réseaux sont en grande partie locaux et n'ont pas de liens organisationnels avec des groupes terroristes comme Al-Qaïda ou Daesh/État islamique (IS).
En outre, certains individus ou petits groupes s'auto-radicalisent, principalement sur Internet, sans faire partie de réseaux plus larges.


Nombre d'arrestations pour terrorisme d'origine djihadiste en 2019 (cliquez sur l'image pour agrandir)

En termes d'armement, l'utilisation d'armes à feu et d'explosifs a continué à prévaloir dans les attentats terroristes ethno-nationalistes et séparatistes et les attaques violentes inspirées par l'idéologie d’extrême-droite.
Les terroristes djihadistes montraient un intérêt croissant pour l'utilisation d'armes à feu et d'explosifs en plus des armes blanches. En 2019, près de la moitié des attentats jihadistes impliquaient l'utilisation d'explosifs.


Bilan des attaques réussies, échouées (failed) ou déjouées (foiled) entre 2017 et 2019 (cliquez sur l'image pour agrandir)

Une situation préoccupante dans les prisons françaises

Les prisonniers qui se radicalisent en prison et les personnes emprisonnées pour terrorisme constituent une menace tant pendant leur emprisonnement qu’à l’issue leur libération.
En 2019, l'attentat manqué du 5 mars dans une prison française, l'attentat déjoué du 23 juillet contre des gardiens de prison en France et l'attentat du 29 novembre à Londres (Royaume-Uni) par un prisonnier récemment libéré, sont révélateurs de cette menace.
La France a indiqué que plus de 500 condamnés pour terrorisme vivent dans les prisons françaises aux côtés de 900 individus radicalisés.
Entre la mi-2018 et la fin 2019, 4 attentats au total ont été déjoués dans les prisons françaises. En Belgique, un peu plus de 200 personnes étaient officiellement surveillées en prison en 2019 en raison de leur radicalisation.

Le terrorisme de gauche/anarchiste et séparatiste : un phénomène très localisé

La Grèce, l'Italie et l'Espagne continuent d’être l'épicentre des attentats perpétrés par des terroristes de gauche et anarchistes.
Le nombre total d'attentats signalés a augmenté par rapport à 2018, et est revenu aux niveaux enregistrés en 2016 et 2017. En outre, le nombre d'arrestations pour suspicion a plus que triplé en 2019 par rapport aux années précédentes.
La majorité des arrestations étaient liées à des manifestations violentes et à des affrontements avec les forces de sécurité en Italie (71 sur 111). Ces arrestations ont été effectuées sur la base de soupçons de préparation et de perpétration d'un attentat terroriste, souvent associés à l'appartenance à un groupe terroriste.


Bilan des arrestations terroristes d'origine d'extrême-gauche entre 2017 et 2019 (cliquez sur l'image pour agrandir)

Les entreprises privées ainsi que les infrastructures critiques et les institutions publiques et gouvernementales comptent parmi les cibles les plus fréquentes.
Dans la grande majorité des cas, les auteurs des actes terroristes sont restés inconnus. La responsabilité des attentats a été revendiquée en ligne.

Bilan des attaques terroristes d'origine d'extrême-gauche entre 2017 et 2019 (cliquez sur l'image pour agrandir)

Selon Europol, les hommes constituent le groupe le plus important dans le total des arrestations.
Lors d'attaques de gauche et anarchistes, des engins explosifs improvisés (EEI) rudimentaires et des dispositifs incendiaires improvisés (DIA) ont continué à être utilisés, causant des dommages aux bâtiments et aux infrastructures essentielles.

Une surpresentation du terrorisme nord-irlandais dans le tableau européen

Concernant le terrorisme ethno-nationaliste et séparatiste, les attaques de ce type ont représenté, comme les années précédentes, la plus grande proportion (57 sur 119) de tous les attentats terroristes. Leur nombre a diminué par rapport à 2018.

Tous les incidents sauf un étaient liés à des groupes de dissidents républicains (DR) en Irlande du Nord, dont les activités ont augmenté.
Le groupe terroriste séparatiste Euskadi ta Askatasuna (ETA) en Espagne est resté inactif en 2019.
En Corse, aucun attentat terroriste séparatiste n'a été commis en 2019.

Un terrorisme d’extrême-droite moins virulent

Après une baisse des attentats signalés en 2018, 3 États membres de l'UE ont signalé en 2019 un total de 6 attentats terroristes d’extrême-droite.
Le nombre d'arrestations attribuées au terrorisme d’extrême-droite a diminué par rapport à 2018 (21 en 2019 contre 44 en 2018).
Toutefois, 2 nouveaux États membres, la Lettonie et la Lituanie, ont signalé des arrestations pour terrorisme d'extrême droite pour la première fois.

Les personnes arrêtées étaient principalement des hommes d'âges très divers, dont 40 % avaient entre 22 et 30 ans au moment de l'arrestation.
Plusieurs États membres de l'UE, dont la Belgique, la France et la Slovénie, ont signalé l'émergence de groupes paramilitaires prétextant l'impuissance de l'État à protéger la population contre la menace perçue de l'Islam et de l'immigration.

Bilan des attaques pour terrorisme d'extrême-droite entre 2017 et 2019 (cliquez sur l'image pour agrandir)

Bon nombre de groupes d'extrémistes d’extrême-droite communiquent par l'intermédiaire de groupes en ligne fermés.
Les extrémistes d’extrême-droite violents entretiennent des liens internationaux, par exemple en participant à des concerts et à des rassemblements marquant des événements historiques dans divers États membres de l'UE. Europol note que la communication en ligne renforçait les liens internationaux entre les extrémistes d’extrême-droite.

Un financement du terrorisme très hétéroclite

Les terroristes agissant seuls, les petites cellules et les combattants terroristes étranger ont des besoins financiers limités. Dès lors, il s’avère qu’ils sont généralement capables de se financer et de financer leurs activités par des sources de revenus légitimes, la fraude ou la petite criminalité.
Les groupes d'extrême droite et d'extrême gauche reçoivent des fonds de leurs bases respectives de partisans par le biais de cotisations, d'événements et de dons.

Les extrémistes d’extrême-droite utilisent également le merchandising comme source de financement.
Le financement des groupes terroristes hors d'Europe a diminué par rapport aux années précédentes, probablement en raison de la réduction des possibilités de transfert de fonds vers Daesh.

Les fonds sont transférés en dehors de l'Europe principalement par le biais d'espèces, de services de transfert de fond, de banques souterraines (hawala) et des combinaisons de ces différents moyens.
Le recours aux devises virtuelles a été observé principalement pour couvrir les dépenses d'individus ou de petites cellules.

Les terroristes sur le net : déclin de Daesh et regain de l’extrémisme de droite


Ces dernières années, Daesh a perdu son infrastructure en ligne dédiée. Par conséquent, il a été forcé d'opérer sur des plateformes de médias sociaux, dont beaucoup étaient hostiles à la diffusion de propagande.
Fin 2016, Telegram est devenu la plateforme de choix, mais fin 2019, la plateforme a pris des mesures pour expulser Daesh et d'autres groupes djihadistes.
De plus, en 2019, la propagande officielle de Daesh a continué à diminuer en volume.

Les terroristes et les extrémistes violents de gauche et anarchistes utilisent les sites web comme plateformes pour diffuser une idéologie, échanger des idées et afficher des revendications de responsabilité.
Pour communiquer, ils utiliseraient leur propre infrastructure en ligne de plateformes cryptées commercialement, ou éviteraient complètement les technologies de l'information.

Malgré un récent recul, les mouvements d’extrême-droite ont continué à bénéficier d'une liberté d'action beaucoup plus grande sur les principales plateformes de médias sociaux en 2019 comparé à celle des djihadistes ; et ces plateformes restent des vecteurs importants de la propagation de l’idéologie d’extrême-droite.
Selon Europol, les mouvements d’extrême-droite ont été les premiers à adopter les technologies de l'information et continuent à utiliser une grande variété de plateformes, notamment des sites web, des forums de discussion en ligne et des pseudo-sites d'information, pour diffuser leur idéologie.
En outre, les plateformes marginales, qui sont soit des sites dédiés à l'extrême droite, soit des sites colonisés, constituent des refuges en ligne pour les mouvements d'extrême droite.
Elles sont également utilisées pour concevoir des campagnes et servir de rampe de lancement pour diffuser des contenus terroristes sur des plateformes grand public afin d'insérer des récits d'extrême droite dans la culture populaire.

Le lien entre le terrorisme et la criminalité

Dans l'UE, Europol note que peu d'éléments permettent de penser qu'il existe un lien entre la criminalité organisée et le terrorisme sur une base systématique et formalisée.
Toutefois, certains éléments indiquent une convergence, fondée sur les transactions, entre la petite criminalité et les extrémistes. Il existe des zones de chevauchement souvent sur le plan social dans les zones marginalisées.
Les États membres de l'UE ont observé qu'un nombre important de terroristes ont un casier judiciaire, principalement concernant différentes formes de criminalité non organisée.

Nombre d'inculpations et d'acquittements pour infractions terroristes entre 2017 et 2019 (cliquez sur l'image pour agrandir)


synthèse du texte par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr 



A lire également sur securiteinterieure.fr les rapports d'Europol en 2020  :


A lire également sur securiteinterieure.fr les rapports d'Europol anti-terroriste :



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