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mercredi 16 janvier 2019

"Deep fake" et autres infox : l’Europe fourbit ses armes contre les contenus mensongers


Le « deep fake », technique qui permet de truquer des vidéos de manière hyperréaliste, fait l’objet d’une attention particulière de la part de l’Union européenne.
Les mesures prises à son égard font partie de l’arsenal présenté dans un rapport présenté par la Commission européenne qui dresse un bilan de l’action menée contre les infox.


Plus précisément, ce rapport, qui s’accompagne d’un plan d’action, décrit l’état d’avancement de la mise en œuvre des actions définies dans la communication d’avril 2018 sur la désinformation.
Globalement, les actions exposées ont été réalisées ou entreprises au cours de cette année 2018.
Le bilan est important : code de bonnes pratiques, réseau européen indépendant de vérificateurs de faits, plateforme européenne en ligne sécurisée, détection des « deep fake », étude des systèmes automatisés de diffusion et de ciblage des propagandes, sensibilisation à l’éducation aux médias, et « boîte à outils » pour les professionnels des médias.

Une mesure majeure : le code de bonnes pratiques contre la désinformation

En mai 2018, la Commission a convoqué le forum plurilatéral sur la désinformation  pour qu’il rédige un code de bonnes pratiques contre la désinformation.
Le forum consistait en un «groupe de travail» composé des principales plateformes en ligne et de représentants du secteur de la publicité et des principaux annonceurs, ainsi qu’en un «groupe de réflexion» composé de représentants des médias, du monde universitaire et de la société civile.

Le groupe de travail a été chargé de rédiger le code et le groupe de réflexion, de fournir des conseils et d’émettre un avis sur le code.
Ce code :
    • 1.Contrôle des placements de publicité
    • 2.Publicité à caractère politique et publicité engagée
    • 3.Intégrité des services
    • 4.Responsabilisation des consommateurs
    • 5.Responsabilisation de la communauté de la recherche

Les signataires initiaux étaient: Facebook, Google, Twitter et Mozilla, ainsi que l’association professionnelle représentant les plateformes en ligne (EDIMA) et les associations professionnelles représentant le secteur de la publicité et des annonceurs (EACA, IAB Europe, WFA et UBA).

L’avenir du code de bonnes pratiques


La Commission :
  • demandera aux signataires des informations à jour sur les mesures prises en vue de la mise en œuvre du code pour la fin 2018;
  • prévoit de publier ces informations en janvier 2019;
  • procèdera, entre janvier et mai 2019, à un suivi ciblé du code afin de vérifier que des politiques effectives ayant une pertinence particulière pour l’intégrité des processus électoraux soient en place avant les élections européennes;
  • opèrera, au plus tard fin 2019, une évaluation globale. Si les résultats devaient se révéler insatisfaisants, elle pourrait proposer d’autres mesures, y compris de nature réglementaire.

La création d’un réseau européen indépendant de vérificateurs de faits

Une action de soutien intitulée SOMA (Social Observatory for Disinformation and Social Media Analysis) a été sélectionnée dans le cadre du programme Horizon 2020 afin de créer une communauté pluridisciplinaire, comprenant des vérificateurs de faits et des chercheurs universitaires, visant à accroître les capacités de détection et d’analyse et à mieux comprendre différents types de menaces liées à la désinformation.
À cette fin, le SOMA, lancé le 1er novembre 2018, fournira une infrastructure informatique pilote.

Une nouvelle plateforme européenne en ligne sécurisée sur la désinformation

La Commission s’est engagée à lancer une plateforme européenne en ligne sécurisée sur la désinformation. Cette plateforme propose :
  • des outils de collecte transfrontière et d’analyse de données
  • un accès à des données ouvertes à l’échelle européenne
  • un accès à des données sur l’utilisation des plateformes en ligne.
Le but est de soutenir la détection et l’analyse des sources de désinformation et des schémas de diffusion.

Pour préparer la deuxième étape, la Commission a proposé la création d’une nouvelle infrastructure de services numériques visant à l’établissement de cette plateforme européenne sur la désinformation. Cette infrastructure devrait renforcer la collaboration entre les vérificateurs de faits et les chercheurs universitaires afin d’assurer la couverture totale du territoire de l’Union.

Promouvoir la responsabilité en ligne

La Commission s’est engagée à promouvoir l’utilisation volontaire de systèmes en ligne permettant l’identification des fournisseurs d’information sur la base de moyens d’identification et d’authentification électroniques fiables.
À cette fin, la Commission a mobilisé le réseau de coopération établi dans le cadre du règlement sur les services d’identification et d’authentification électroniques (eIDAS) et lancé des discussions sur la manière de progresser dans ce domaine lors de la 10e réunion du réseau de coopération qui s’est tenue le 11 juillet 2018.

La Commission participe également au projet Co-inform dont l’objectif est de créer un outil technologique grâce à la méthode de cocréation, afin de garantir que les responsables politiques, les vérificateurs de faits et les citoyens participent à l’amélioration de l’efficience des technologies de détection de la désinformation.
Le projet associe des chercheurs universitaires, des entreprises technologiques et des vérificateurs de faits de différents États membres.

L’accent mis sur la recherche et l’innovation


En 2013, la Commission a commencé à financer les premières actions de recherche et d’innovation axées sur le développement de nouvelles technologies visant à aider à évaluer la véracité des contenus postés en ligne.
Plusieurs actions visent à améliorer la compréhension de la désinformation en ligne et à développer de nouveaux outils de vérification de contenus :
  • les projets Comprop et Botfind étudient comment les systèmes automatisés de diffusion et de ciblage des propagandes ont une incidence sur le discours public en Europe.
  • le projet Debunker étudie, d’un point de vue théorique, le problème des perceptions erronées des questions de société au sein de la population européenne et les stratégies possibles pour réduire leur impact.
  • le projet Invid se concentre sur le développement d’outils permettant de vérifier les contenus audiovisuels. Ces outils sont essentiels étant donné que les technologies de trucage des vidéos et de création de «deep fakes» (permutation intelligente de visages) sont de plus en plus faciles d’accès et d’utilisation.
Un autre projet, Fandango, examine les solutions aidant les médias traditionnels à mieux détecter les faux récits en ligne.

La Commission a sélectionné 4 nouvelles actions de recherche et d’innovation, dotées d’une enveloppe de l’Union de 10 millions d’euros :
  • Eunomia (solution libre gratuite permettant d’identifier les sources d’information),
  • SocialTruth (écosystème distribué qui permet un accès aisé à divers services de vérification),
  • Provenance (solution sans intermédiaire de vérification de contenus numériques)
  • WeVerify (vérification de contenus au moyen d’une méthode de vérification participative).

La résilience des processus électoraux

La Commission a entamé, en 2018, un dialogue avec les États membres qui a notamment consisté en un premier échange lors de la conférence sur les bonnes pratiques électorales qui s’est tenue les 25 et 26 avril 2018, à laquelle ont également participé des représentants du groupe de coopération sur la sécurité des réseaux et de l’information (SRI) et des comités électoraux.
Ce groupe de coopération SRI a présenté un recueil sur la cybersécurité des technologies électorales en juillet 2018. Le recueil est un document pratique qui examine des menaces spécifiques et donne des exemples utiles aux comités électoraux sur la manière de gérer les risques qui pèsent sur la cybersécurité des élections.

En outre, la conférence de haut niveau s’est tenue en octobre 2018 à Bruxelles qui a permis aux participants d’acquérir une meilleure compréhension des questions liées à la cybersécurité des élections.
La Commission a aussi réuni un large éventail de parties prenantes pour discuter de la démocratie en Europe, y compris du processus électoral résilient et du débat démocratique ouvert, lors de son colloque annuel sur les droits de l’homme, qui s’est tenu les 26 et 27 novembre à Bruxelles.
Elle donnera suite aux conclusions du colloque notamment grâce au travail des réseaux de coopération électorale aux niveaux national et européen, qui sont actuellement établis dans le cadre du paquet électoral de la Commission de septembre 2018.
Le réseau européen de coopération soutiendra l’échange d’informations et de bonnes pratiques entre États membres et organes de l’Union et se réunira pour la première fois en janvier 2019.

Un exemple concret : les élections européennes

Les plateformes en ligne, les médias et les vérificateurs de faits prévoient des projets en vue des élections européennes.
Par exemple, le réseau international de vérification des faits [International Fact-Checking Network (IFCN)] met sur pied une alliance des vérificateurs de faits européens qui devrait contribuer à un projet axé sur les élections du Parlement européen.

En outre, la Commission a organisé, en coopération avec le Parlement européen, une conférence de vérification de faits en vue des élections européennes.
Ces actions ont contribué à:
  • cartographier et mettre en réseau des organisations de vérification de faits indépendantes dans les États membres;
  • évaluer quels outils et services sont indispensables et peuvent améliorer les activités de vérification de faits et leurs effets (par exemple accès aux données d’Eurostat, outils de traduction, flux automatique de vérifications de faits produits par les organisations de vérificateurs de faits concernées);
  • déterminer les normes professionnelles et éthiques pour la vérification de faits indépendante;
  • fournir des outils et un soutien infrastructurel aux organisations de vérification de faits.

Assurer la promotion de l’enseignement et de l’éducation aux médias

La Commission a cofinancé des centres pour un internet plus sûr dans les États membres afin qu’ils agissent comme multiplicateurs dans la campagne #SaferInternet4EU , qui vise à sensibiliser à l’éducation aux médias, à informer les parents et les professionnels des opportunités et des risques en ligne et à promouvoir une utilisation positive des médias chez les enfants et les jeunes.
En outre, la directive SMA révisée à venir, déjà approuvée par le Conseil le 6 novembre 2018, introduit une obligation légale pour les États membres qui doivent promouvoir le développement des compétences liées à l’éducation aux médias.
En vertu de cette directive, les États membres devront soumettre un rapport à la Commission sur la mise en œuvre de leurs plans en matière d’éducation aux médias. La Commission, en concertation avec le comité de contact, publiera des lignes directrices sur le champ d’application de cette obligation de soumettre un rapport.

Assurer le soutien d’un journalisme de qualité

La Commission :
  • a lancé, le 26 juin 2018, un appel à propositions doté d’un budget estimé à 1,9 million d’euros, en vue de la production et de la diffusion de contenus d’information de qualité sur les affaires européennes ;
  • a cofinancé les activités du Centre européen pour la liberté de la presse et des médias. En 2018, la mission principale de ce dernier a consisté à soutenir les journalistes d’investigation, par l’octroi de bourses à des travaux journalistiques d’investigation transfrontières.
    En juin 2018, un jury indépendant a sélectionné 12 projets de journalisme d’investigation en vue d’un financement au titre du cycle inaugural du fonds IJ4EU ;
  • propose un budget spécifique dans le prochain cadre financier pluriannuel 2021-2027. Cela devrait permettre de répondre aux changements structurels auxquels le secteur des médias doit faire face, en encourageant et en surveillant la diversité et le pluralisme de l’environnement médiatique.

Enfin, l’Agence des droits fondamentaux a poursuivi ses travaux de mise au point d’une «boîte à outils» pour les professionnels des médias. Il s’agit d’une plateforme en ligne donnant accès à des contenus développés par des acteurs des médias privés en vue d’aider les journalistes à produire des informations de qualité.


synthèse du texte par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr 



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