dimanche 3 décembre 2017

Inlassablement, la criminalité transnationale organisée continue à tisser sa toile (Europol – SOCTA 2017)



Moins médiatisé que le terrorisme, le phénomène n’en est pas moins très inquiétant et le rapport d’Europol 2017 est sans concession sur ce point. Les organisations criminelles dans l'UE sont de plus en plus nombreuses. Elles s’investissent dans une grande variété d'activités criminelles, dont la complexité et l'ampleur augmentent. Surtout, au regard des profits générés, certaines organisations sont capables de rivaliser avec les multinationales.

Pas moins de 5000 organisations criminelles recensées dans l’UE

Les organisations criminelles agissant dans l'UE sont très diverses. Elles vont des grands organisations «traditionnelles» aux plus petits groupes et aux réseaux mobiles soutenus par des criminels individuels, qui sont embauchés et collaborent de manière ponctuelle.

Plus de 5 000 organisations criminelles œuvrant au niveau international font actuellement l'objet d'une enquête dans l'UE.
Ce chiffre ne reflète pas nécessairement une augmentation globale de l'activité de la criminalité organisée dans l'UE par rapport à 2013, date à laquelle Europol a fait état des activités de 3 600 organisations criminelles opérant dans l'UE.

 (vidéo du SOCTA 2017)

Cette augmentation est principalement le reflet d’un affinement de l’image de la menace criminelle par l’amélioration du travail de renseignement.
L'augmentation fait également apparaître l'émergence de réseaux criminels plus petits, en particulier dans les marchés criminels qui dépendent fortement d'Internet dans le cadre de leur modus operandi ou de leur modèle économique.
Dans l'ensemble, le nombre d’organisations criminelles agissant à l'étranger souligne la portée considérable et l'impact potentiel de la criminalité organisée sur l'UE.


Au cours des dernières années, des criminels de plus de 180 nationalités ont été impliqués dans des crimes commis par la criminalité organisée dans l'UE.
La majorité des organisations criminelles agissant au niveau international sont composés de membres de plus d'une nationalité.
Néanmoins, la majorité des suspects (60%) impliqués dans ces crimes sont des ressortissants d'un État membre.

La diversité des acteurs criminels opérant dans l'UE se reflète également dans les structures des organisations criminelles.
30% à 40% de ces organisations agissant au niveau international présentent des structures lâches.
Environ 20% de ces réseaux n'existent que pour une courte période et ils sont mis en place pour soutenir des entreprises criminelles spécifiques.
Les organisations criminelles à structure hiérarchique continuent à dominer les marchés criminels traditionnels.

(vidéo du précédent SOCTA, le SOCTA 2013)

Enfin les organisations criminelles agissant au niveau international sont généralement actives dans plus de trois pays (70%). Un nombre limité de groupes est actif dans plus de sept pays (10%).

Enfin, les organisations criminelles les plus menaçantes sont celles qui sont capables d'investir de manière significative  des profits volumineux dans l'économie légitime ainsi que dans leurs propres entreprises criminelles, assurant la continuité des affaires et une expansion de leurs activités criminelles.
La participation à des activités criminelles peut permettre à certains groupes terroristes de lever des fonds pour financer des activités liées au terrorisme.

Le trafic des migrants, un marché particulièrement porteur 

La criminalité liée aux biens organisés englobe un éventail d'activités criminelles différentes menées principalement par des organisations criminelles très mobiles agissant dans toute l'UE.
Une augmentation constante du nombre de cambriolages signalés ces dernières années est une préoccupation particulière dans de nombreux États membres.

Le marché des drogues illicites reste le plus grand marché criminel de l'UE. Davantage d’organisations criminelles sont actives dans la production, le trafic et la distribution de drogues illicites que dans tout autre phénomène.
La production de drogues synthétiques à l'échelle industrielle au sein de l'UE continue de se développer et fait de l'UE une région productrice majeure pour ces substances distribuées dans le monde entier.
Les organisations criminelles maintiennent des opérations de trafic complexes en coopération avec les organisations criminelles à l'échelle mondiale pour orchestrer l'importation en gros de drogues illicites dans l'UE.

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Le trafic de migrants est devenu l'une des activités criminelles les plus rentables et les plus répandues pour le crime organisé dans l'UE.
La contrebande de migrants est désormais un grand marché criminel, rentable et sophistiqué, comparable aux marchés européens de la drogue.

La traite d’être humains à des fins d'exploitation par le travail augmente et devrait continuer à s'accroître à l'avenir.
Les organisations criminelles devraient exploiter la présence d'un grand nombre de personnes potentiellement vulnérables dans l'UE à la suite de la crise migratoire.

Les marchés criminels impliquant les drogues illicites, la traite des êtres humains et le trafic de migrants attirent le plus grand nombre d’organisations criminelles.
Ils continuent de générer les plus grands profits parmi les différents marchés criminels de l'UE. Cependant, les phénomènes de criminalité émergents tels que le commerce en ligne de biens et services illicites peuvent éclipser ces marchés en taille et en profits à l'avenir.
Le commerce en ligne de biens et services illicites n'est plus seulement un modus operandi, mais un marché criminel en expansion, très dynamique et substantiel.

La poly-criminalité ou comment adopter la méthode « agile » promue par les managers

45% des organisations criminelles déclarées pour la SOCTA 2017 sont impliqués dans plus d'une activité criminelle. La part de ces groupes polycriminels a fortement augmenté par rapport à 2013.
De nombreuses organisations ont élargi leur portefeuille de crimes en réponse à la forte demande émanant de individus et des groupes se livrant à la contrebande de migrants clandestins pendant la crise migratoire.


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Les organisations criminelles s'engagent souvent dans plus d'une activité criminelle pour atténuer les risques, réduire les coûts opérationnels et augmenter les marges bénéficiaires.
Beaucoup sont très flexibles et elles sont capables de passer d'une activité criminelle à une autre ou d'ajouter de nouvelles à leur portefeuille existant.
Dans de nombreux cas, elles opèrent sur demande et ne deviennent actives que lorsque de nouvelles opportunités de profit se présentent.

La criminalité organisée fait aussi du commerce en ligne (et de plus en plus)

Les criminels adoptent et intègrent rapidement les nouvelles technologies dans leurs modes opératoires ou construisent de nouveaux modèles commerciaux autour d'eux.
L'utilisation des nouvelles technologies par les organisations criminelles a un impact sur les activités criminelles réalisée par la criminalité organisée.
Cela inclut l'expansion du commerce en ligne et la disponibilité généralisée de canaux de communication cryptés, ainsi que d'autres aspects de l'innovation technologique tels que la technologie de drones de haute performance.


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Le commerce en ligne de biens et services illicites (darknet) permet à des criminels individuels d'exploiter leur propre entreprise criminelle sans avoir besoin des infrastructures entretenues par les organisations criminelles «traditionnelles».

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En outre, pour presque tous les types de crime organisé, les criminels déploient et adaptent la technologie avec une habileté toujours plus grande et de manière toujours plus efficace.
C'est peut-être, d’après le rapport, le plus grand défi auquel sont confrontées les services de police dans le monde, y compris dans l'UE.



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Les organisations criminelles utilisent un certain nombre de contre-mesures pour assurer leur communication contre la surveillance des services de police.
Ceux-ci comprennent des parades techniques telles que l'utilisation du cryptage, des cartes SIM étrangères et prépayées ou des téléphones satellitaires.
Pour échapper à la surveillance physique pendant le transport, les organisations criminelles changent fréquemment de véhicule, souvent loué à l'aide de pièces d'identité frauduleuses.

Synthèse et traduction en français par Pierre Berthelet, auteur de securiteinterieure.fr


A lire également sur securiteinterieure.fr le précédent rapport : SOCTA 2013 : le trafic illicite de déchets et la fraude à l'énergie sont les nouvelles menaces émergentes

    A lire également sur securiteinterieure.fr, le fil des articles sur la criminalité organisée

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