mercredi 25 avril 2018

Où en est le développement du Système européen de surveillance des frontières (Eurosur) ?


L’outil technique de surveillance des frontières extérieures de l’UE géré par Frontex a fait de grands progrès depuis ces dernières années. Un rapport sur le fonctionnement de ce système complexe a été élaboré par l'agence. A noter que:
  • les événements les plus rapportés dans l'application du réseau Eurosur, concernent, sans surprise l’immigration irrégulière;
  • Une augmentation constante de la quantité et de la qualité des produits Eurosur en matière d'analyse de risque;
  • La possibilité d'une vision complète d'un évènement observé au moyen de capteurs installés sur un avion.


De quoi parle-t-on ?

Le Système européen de surveillance des frontières (EUROSUR) est un  mécanisme de partage d'informations et de coopération destiné à permettre aux autorités de surveillance des frontières des États membres et à Frontex de:
  • réduire le nombre de migrants irréguliers entrant dans l'espace Schengen;
  • diminuer le nombre de migrants morts en mer;
  • augmenter la sécurité intérieure de l'UE en empêchant la criminalité transfrontalière.
À cette fin, Eurosur fournit aux États membres une infrastructure et un cadre opérationnel (workflow) afin de mieux appréhender la situation à leurs frontières extérieures et d’améliorer les capacités de réaction de leurs autorités nationales chargées de la surveillance des frontières de l'UE.


D’où vient-on ?

En décembre 2015, Frontex a présenté son premier rapport sur le fonctionnement d’Eurosur. Ce rapport reconnaît le fait que le règlement Eurosur a considérablement élargi les tâches de Frontex et des services fournis, principalement par le biais des services de de fusion Eurosur, en particulier :
  • le Tableau de situation européen (ESP) 
  • le Tableau commun du renseignement en amont des frontières (CPIP) 
en utilisant les outils de surveillance communs et des outils analytiques spécialement développés.

Pour mémoire, les États membres avaient à leur disposition toute une série de services, allant de dispositifs de localisation de navires et de détection de navires par satellite en passant par des algorithmes complexes pour prédire la position des navires jusqu'à des prévisions météorologiques et océanographiques précises.
Les services de fusion utilisent la technologie optique et les satellites radars pour localiser des navires dont l'équipage est soupçonné de se livrer à un trafic de migrants, pratique qui met souvent la vie de ces derniers en danger.
Les États membres peuvent, à tout moment, demander à ce que certains navires présentant un intérêt soient pistés.


Toujours pour mémoire, des tableaux de situation nationaux destinés à améliorer la connaissance de la situation sont produits grâce à la collecte, l'évaluation, la compilation, l'analyse, l'interprétation, la production, la visualisation et la diffusion d'informations.
Ces tableaux se présentent sous forme de cartographies : :
  • le tableau de situation national (NSP), 
  • le tableau de situation européen (ESP),
  • le tableau commun de renseignement en amont des frontières (CPFIP).

Quel est le bilan ?


Grâce à l’élaboration des services de fusion Eurosur (EFS), Frontex assure la coordination de l'application commune des outils de surveillance. Ainsi, depuis son lancement en 2014, l’EFS a facilité la connaissance de la situation des États membres.
L’EFS comprend actuellement 13 services. 3 nouveaux services sont en cours en développement.
Au cours de cette période, l'EFS a permis de sauver des vies en mer, de lutter contre la criminalité transfrontalière, d’aider à la prise de décision, et à la planification des missions.
L'EFS soutient le fonctionnement quotidien des Opérations Conjointes avec un large éventail de services, y compris l’application de reporting des opérations conjointes (JORA).


Du 1er janvier 2011 au 4 avril 2017, l'application réseau Eurosur a enregistré au total 184.560 événements, tandis que 12.925 documents ont été stockés dans son référentiel (dépôt).
Toujours dans ce délai, un total de 215 085 incidents ont été insérés dans le JORA, issues des 124 opérations conjointes (et hors opérations conjointes).
Certains des incidents signalés dans le JORA sont alimentés par Frontex dans l'application de réseau Eurosur.

Les statistiques d’Eurosur

Le tableau ci-dessous montre le nombre d'événements rapportés à Eurosur par les nœuds, divisé par type d'événement; l '«intensité» varie considérablement, et le nœud le plus actif dans l'application de réseau Eurosur est celui de Frontex avec un total de 79.632 événements téléchargés dans l'application.
En termes d'événements les plus rapportés dans l'application du réseau Eurosur, il s’agit d’abord de ceux liés à l’ « immigration irrégulière » (plus de 145 000), suivis de la «criminalité transfrontalière connexe» (plus de 30 000). Seule une minorité d'événements sont liés à la catégorie « crise » (146).

Ci-dessus le montant total et le type d'incidents par opération conjointe téléchargé dans JORA, depuis l'entrée en vigueur du règlement Eurosur et jusqu'au 4 Novembre 2017.
En tant que contribution au Tableau de situation européen, JORA fournit une contribution à l'ESP des opérations conjointes coordonnées de Frontex.

Le système de positionnement de Frontex (FPS)

Le Eurosur Fusion Services (EFS) a contribué à l’amélioration Tableau de situation européen (ESP). Au cours de la période 2015-2017, l'EFS a développé des capacités de service supplémentaires, grâce à l'incorporation de technologies ultramodernes et de composants in-situ pour un suivi en temps réel. Le suivi en temps réel en 2017 a également été réalisé en utilisant des activités de surveillance aérienne polyvalente (MAS) en Méditerranée centrale, assurant la diffusion vidéo en temps réel de la zone d'intérêt, allant de la zone frontalière au siège de Frontex.

Pour atteindre les objectifs prévus dans le règlement Eurosur consacré au Tableau de situation européen et au tableau commun de renseignement en amont des frontières (CPFIP), plusieurs travaux d'intégration sur les rapports d'incidents JORA et le réseau Eurosur ont été menés pour améliorer l'expérience utilisateur notamment.
Le système de positionnement de Frontex a permis le suivi automatisé en temps réel des unités déployées dans opérations conjointes Frontex JO, tandis que l'image opérationnelle compatible de Frontex (FCOI) garantit une transmission sécurisée (proche) en temps réel des données.

Pour mémoire, le système de positionnement de Frontex (FPS) fournit la position des équipements tels que les avions et les bateaux impliqués dans les opérations conjointes coordonnées par Frontex. Le FPS affiche leur position et fournit ainsi des procédures automatisées de reporting des données financières.
A cet effet, les équipements déployés dans les JO seront équipés d'un émetteur-récepteur GPS / satellite / GSM. Les informations cryptées sur l’heure, position, vitesse, cap, hauteur, type sont envoyées en temps réel.

Le statut actuel de FPS:
  • les tests pour les émetteurs-récepteurs ont été finalisés et 45 émetteurs-récepteurs ont déjà été livrés à Frontex, prêts à être utilisés dans des conditions opérationnelles réelles;
  • dans le cadre des opérations conjointes Triton 2017 et Poseidon 2017, environ 10 émetteurs-récepteurs cryptés sont déjà utilisés;
  • une formation pour les utilisateurs finaux (membres d'équipage par exemple) est prévue pour 2018.

L’image opérationnelle compatible de Frontex (FCOI)


Quant à l’image opérationnelle compatible de Frontex (FCOI), permet la transmission des images vidéo, ainsi qu’une série d’autres données comme :
  • l’imagerie satellitaire, 
  • le système d’identification automatique basé dans l’espace,
  • les prévisions météorologiques et les conditions climatiques en direct, 
  • les détections d’anomalies et les données environnementales l’imagerie satellitaire, 
  • le système d’identification automatique basé dans l’espace, 
  • les prévisions météorologiques et les conditions climatiques en direct, les détections d’anomalies et les données environnementales.

L'idée centrale du FCOI est de fournir une transmission sécurisée des données opérationnelles de l'équipement technique déployé dans ces opérations aux centres de coordination de l’Etat hôte et de Frontex en temps réel ou proche du temps réel.
Une série d'activités ont été menées à cet effet en vue de développer une passerelle unique regroupant des informations provenant de différentes sources et de fournir une infrastructure technique compatible avec les ressources et les équipements disponibles.

Les principales activités liées à FCOI consistaient notamment en:
  • des ateliers effectués dans différents États membres couvrant des exposés théoriques et pratiques, des formations, des visites sur le terrain, des essais d'équipements sur différents moyens aériens et navals, et des tests complets de transmission de données;
  • les progrès réalisés dans la mise à l'essai des équipements disponibles des États membres et de leurs capacités potentielles en matière de transmission sécurisée en temps quasi réel d'images animées à partir des ressources aériennes, maritimes et terrestres déployées dans des conditions opérationnelles réelles;
  • la formation dispensée par un fournisseur externe sur la communication par satellite.

La couche d’analyse

Frontex  sert de «point d’entrée et de sortie unique», prévoyant que les données requises sont fusionnées pour permettre aux États membres de demander et de recevoir des informations en temps réel et exhaustives couvrant leurs besoins spécifiques.

La couche «analyse» est de plus en plus fournie. Frontex produit et diffusé différents type : notes d’information, observations régionales, routes migratoires, descriptions d’itinéraires, analyse de l’aide apportée au franchissement illégal des frontières, profils de migrants, évolutions clés des cartes d’évaluation des risque

La couche d'analyse Eurosur a été créée afin de soutenir une approche axée sur le risque et le renseignement pour la gestion des frontières.
Depuis son activation, elle évolue constamment en fonction des exigences analytiques à long terme de Frontex et des États membres.

Le rapport note une augmentation constante de la quantité et de la qualité des produits et services partagés dans la couche Analyse.
En 2016, 390 rapports analytiques ont été téléchargés par les centres de coordination nationaux et l'unité d'analyse des risques de Frontex. Les principaux types de rapports partagés étaient :
  • les rapports d'analyse d'imagerie (319),
  • lex suivis par les développements clés (37),
  • les analyses analytiques (28),
  • les notes d'information (6).
Le rapport note une augmentation significative du partage des rapports d'analyse d'images (429) soit une augmentation de 34% par rapport à 2016).

Compte tenu de l'importance des activités d'analyse des risques, la communauté d'analyse des risques d'Eurosur a mis en place un mécanisme pour engager ses parties prenantes.
Cela a été accompli en 2012 grâce à la création du groupe d'utilisateurs de la couche d'analyse d'Eurosur (ALUG).
Ce groupe de travail a depuis servi à organiser la coopération entre les entités analytiques et / ou le département national concerné représentant ce rôle dans les centres de coordination nationaux et Frontex.
L'une des principales contributions de cette communauté a été la facilitation de la discussion sur l'analyse des risques en offrant une plate-forme pour le partage d'expériences et l'échange de points de vue et d'approches méthodologiques.

Le service de surveillance aérienne polyvalente (MAS) du système de positionnement de Frontex

Le rapport souligne qu'en 2017, l'amélioration de l'image situationnelle a été réalisée par l'incorporation de données in situ en temps réel au moyen des activités de surveillance aérienne polyvalente (MAS), mises en œuvre jusqu'en décembre 2017.
L'objectif principal du MAS, qui l'un des services de fusion d'Eurosur, est d'enrichir le tableau situationnel fourni à Frontex, aux États membres, aux pays associés à Schengen et aux organes de l'UE par une surveillance en temps réel des frontières extérieures de l'UE et de sa zone frontalière.

Au cours de la surveillance en temps réel, le MAS a contribué à:
  • la sécurité des frontières,
  • les opérations de recherche et de sauvetage,
  • la détection et lutte contre la criminalité transfrontalière,
  • la mise en œuvre des fonctions de la Garde côtière,
  • l’amélioration de la coopération entre les agences et les États membres,
  • l’amélioration de l'échange d'informations entre tous les partenaires,
  • la surveillance de la pêche.

L'équipe de surveillance européenne de Frontex

Le concept MAS est basé sur la collecte de données et une vision complète des différents mouvements observés au moyen de capteurs installés sur un avion, qui sont diffusés en direct à l'équipe de surveillance européenne (EMT) de Frontex.
La diffusion en temps réel de cette vue d’ensemble dans des centres de coordination situés à différents endroits (Varsovie, Vigo, Lisbonne, Rome) a favorisé une nouvelle génération d'opérations de surveillance, nécessitant une réponse coordonnée en temps réel.

L'EMT reflète à l’échelle de Frontex la structure d'un Centre national de coordination Eurosur dans la salle de surveillance européenne du Centre de situation de Frontex (FSC), qui appuie la prise de décision de services divers (police, recherche et sauvetage, contrôle des pêches).

L'EMT a reçu en temps réel le streaming vidéo de l'avion et a diffusé l'information aux centres de coordination des partenaires afin de gérer les activités de suivi. En outre, des informations ont été insérées en temps réel sur différentes plates-formes (JORA, Fishnet).
Le service de surveillance aérienne polyvalente a été lancé le 8 juin 2017.
Le premier vol opérationnel a eu lieu le 15 juin 2017. Suite à la mise en œuvre réussie du projet pilote MAS 1, 2 avions opérant sous MAS ont été déployés en Méditerranée centrale jusqu'en décembre 2017.

Les exercices opérationnels

Depuis 2015, le Centre de situation de Frontex (FSC) de Frontex organise régulièrement les exercices opérationnels d'Eurosur Fusion Services (EFS).
Par rapport à la période précédente, entre 2015 et 2017, le nombre de services testés et les domaines couverts ont augmenté.
En outre, ces exercices sont devenus plus complexes impliquant la participation et la coopération de plusieurs pays et la combinaison de différents types d’unités (maritimes, aériennes, terrestres, etc.)
Ils contribuent également à tester les capacités nationales des services impliqués.

Une partie importante des exercices effectués consiste à collecter des données in-situ à partir des unités qui serviront ultérieurement à l'analyse des capacités, à mesurer l'exactitude de l'EFS et à la conception de nouvelles extensions dans le cadre des services fournis par l'EFS.

Par exemple, le deuxième exercice opérationnel de l'Atlantique a été réalisé 20 au 22 mars 2017 à Portimão, au Portugal.
Il a été organisé par le centre national de la GNR (Guarda National Republicana).
Au cours de cet exercice, des moyens navals et une station d'observation mobile ont été déployés pour renforcer la capacité de détection. Un exercice d'arraisonnement a été effectué par les autorités nationales participantes.

synthèse et traduction du rapport par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr 



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