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lundi 8 juin 2026

Migration clandestine : le dispositif européen de sanctions contre les employeurs va être revu

La Commission européenne a remis un rapport sur la directive sur les sanctions contre les employeurs. Ce rapport (2021-2024) souligne une nette montée en puissance de la directive : les inspections ont atteint 600 000 en 2024 et les détections de travailleurs irréguliers ont bondi de 70 %. Les amendes annuelles dépassent désormais 200 millions d'euros, bien que les montants restent très disparates entre États. Cependant, des lacunes majeures persistent sur le suivi des sanctions pénales et la protection réelle des victimes. L’accès à la justice demeure entravé par la peur de l'expulsion et le manque d'information. Une évaluation approfondie est prévue courant 2026 afin de renforcer l'efficacité du dispositif. 


Quel est le message essentiel ?


Le message principal de ce rapport de la Commission européenne, qui couvre la période 2021-2024, est que si des progrès ont été réalisés dans l'application de la directive sur les sanctions contre les employeurs (Directive 2009/52/CE), des lacunes importantes subsistent en matière de protection des travailleurs et d'uniformité de l'application entre les États membres. Le bilan est jugé satisfaisant grâce à une professionnalisation des contrôles, une fermeté accrue envers les employeurs fraudeurs et une meilleure transparence des données européennes Malgré ces avancées, le rapport identifie des problèmes structurels : de fortes disparités dans la manière dont les 25 États membres appliquent les sanctions administratives et pénales. Des lacunes importantes persistent dans la collecte de données. 


D'où vient-on ?

La directive sur les sanctions contre les employeurs a été adoptée le 18 juin 2009 (Directive 2009/52/CE) pour établir des normes minimales de détection et de sanction de l'emploi illégal. Le rapport de 2021 : Un précédent rapport de mise en œuvre, adopté en 2021, avait souligné la nécessité d'une application plus efficace des inspections et des mesures de protection, tout en pointant le manque de données fiables.
Action depuis 2021 : Depuis lors, la Commission a intensifié ses efforts en favorisant l'échange de bonnes pratiques via le groupe d'experts sur l'immigration irrégulière et en créant, en 2022, un outil informatique dédié pour harmoniser la collecte de données statistiques entre les États membres. 


Où va-t-on ? Les perspectives et prochaines étapes

Le rapport actuel, qui couvre la période 2021-2024, définit plusieurs étapes cruciales pour l'avenir :

  • Évaluation majeure en 2026 : La Commission lancera en 2026 une évaluation approfondie pour vérifier si la directive est toujours adaptée aux enjeux actuels et si des modifications législatives sont nécessaires pour combler les lacunes identifiées.
  • Évolution du cadre juridique : Sur la base de cette évaluation, la Commission envisagera de clarifier ou de réviser les règles existantes, notamment pour renforcer les sanctions et la coopération transfrontalière.
  • Renforcement opérationnel et budgétaire :Financement : Un appel à propositions dans le cadre du Fonds "Asile, migration et intégration" (AMIF) sera lancé en 2026 pour soutenir la protection des droits des travailleurs migrants.
  • Autorité européenne du travail (ELA) : La Commission évaluera comment renforcer le mandat de l'ELA pour mieux lutter contre les abus dans les conditions de travail des ressortissants de pays tiers.
  • Stratégie 2026 : Les conclusions du rapport alimenteront la future stratégie de lutte contre la traite des êtres humains prévue également pour 2026.
  • Perspectives à long terme : La Commission incite les États membres à concevoir des plans de partenariat nationaux et régionaux dans le cadre du futur cadre financier pluriannuel post-2027.
En résumé, la période actuelle est une phase de transition entre une application renforcée des règles de 2009 et une future refonte potentielle du système prévue à partir de 2026.


De nombreux points positifs mis en avant par la directive

Selon le rapport de la Commission européenne, plusieurs éléments indiquent des progrès significatifs et permettent de tirer un bilan globalement satisfaisant de l'application de la directive entre 2021 et 2024 :

1. Augmentation et meilleur ciblage des inspections 
  • Croissance constante des contrôles : Le nombre total d'inspections du travail a augmenté de manière régulière, passant d'environ 450 000 en 2021 à près de 600 000 en 2024.
  • Efficacité accrue des détections : Le nombre de travailleurs migrants en situation irrégulière détectés lors de ces inspections a bondi de plus de 70 % entre 2021 et 2024.
  • Ciblage stratégique : Les États membres ont affiné leurs méthodes d'évaluation des risques, ce qui a permis de concentrer les efforts sur les secteurs les plus exposés à l'exploitation, tels que la construction, l'agriculture et l'hôtellerie.

2. Renforcement du caractère dissuasif des sanctions 
  • Hausse des sanctions financières : Le montant total des amendes infligées aux employeurs en infraction a fortement progressé, dépassant les 200 millions d'euros par an en 2023 et 2024, contre 126 millions en 2021.
  • Évolution législative : Quatorze États membres ont modifié leur législation pour augmenter le niveau des amendes, affichant ainsi une volonté de rendre les sanctions plus dissuasives.

3. Amélioration de la gestion des données et de la coopération 
  • Qualité des données : La Commission note une amélioration générale de la qualité et de la disponibilité des données statistiques par rapport à la période précédente.
  • Outils technologiques : La mise en place en 2022 d'un outil informatique dédié a permis d'harmoniser la collecte d'informations au niveau européen.
  • Échanges de bonnes pratiques : La coopération s'est intensifiée au sein du groupe d'experts sur l'immigration irrégulière, favorisant l'apprentissage mutuel sur les méthodologies d'inspection.

4. Avancées sur les mesures de protection 
  • Permis de séjour temporaires : On observe une augmentation progressive de l'utilisation des mesures de protection, avec environ 5 000 permis de séjour temporaires accordés aux victimes d'exploitation particulièrement grave sur la période.
  • Information des travailleurs : Plus de la moitié des États membres ont mis en place des mesures pour informer les employeurs de leurs obligations et les travailleurs migrants de leurs droits.



De très importantes faiblesses structurelles

Selon le rapport de la Commission européenne, bien que des progrès aient été réalisés, des faiblesses structurelles et des disparités majeures entre les 25 États membres subsistent, compromettant l'efficacité globale de la directive sur les sanctions contre les employeurs. 

1. Hétérogénéité dans l'application des sanctions

Il existe des différences considérables dans la manière dont les États membres punissent les employeurs en infraction : 
  • Sanctions financières : Les niveaux d'amendes varient drastiquement. Les sanctions minimales par travailleur employé illégalement vont de moins de 500 € dans certains pays (Lettonie, Pologne) à 10 000 € dans d'autres (France, Luxembourg). Les plafonds maximaux oscillent entre 3 000 € et 500000 €.
  • Sanctions pénales : La sévérité des peines d'emprisonnement manque d'uniformité, allant de peines sans minimum fixé à des peines pouvant atteindre 10 ans pour les cas aggravés.
  • Mesures administratives complémentaires : L'application de mesures comme l'exclusion des marchés publics ou la fermeture d'établissements reste relativement peu fréquente et inégalement répartie.

2. Disparités dans les inspections et les résultats 
  • Couverture des secteurs à risque : Le nombre d'inspections et le taux de couverture des entreprises varient énormément d'un pays à l'autre. Par exemple, en 2022, le taux de couverture était de 77,4 % en Slovaquie contre seulement 0,3 % en Suède ou au Portugal.
  • Concentration géographique : La grande majorité des détections, des poursuites pénales et des condamnations au cours des quatre dernières années a été concentrée dans moins de la moitié des États membres.

3. Lacunes persistantes dans la collecte de données

Le rapport souligne des "trous noirs" statistiques qui empêchent un suivi précis de l'efficacité de la directive : 
  • Poursuites pénales : Il manque des données désagrégées sur le nombre de procédures pénales réellement engagées et les condamnations finales.
  • Plaintes et arriérés : La plupart des États ne peuvent pas fournir de statistiques précises sur le nombre de plaintes déposées spécifiquement par des travailleurs irréguliers, ni sur le montant réel des salaires impayés effectivement récupérés.
  • Permis de séjour : Le manque de distinction systématique entre les permis accordés pour exploitation grave et ceux pour traite des êtres humains complique le monitoring.

4. Barrières à la justice et protection insuffisante des travailleurs

L'accès effectif aux droits pour les travailleurs vulnérables reste un défi majeur : 
  • Peur et manque d'information : De nombreux travailleurs hésitent à porter plainte par crainte d'être expulsés, de perdre leurs revenus ou de subir des représailles. L'information sur leurs droits n'est souvent pas fournie lors des procédures de retour.
  • Obstacles structurels : Les procédures judiciaires sont souvent trop longues et coûteuses pour les migrants. L'accès aux tribunaux est entravé par le manque de soutien juridique gratuit ou les barrières linguistiques.
  • Insolvabilité organisée : Les employeurs évitent souvent de payer les arriérés de salaires en organisant leur insolvabilité, en transférant des actifs ou en utilisant des "sociétés boîtes aux lettres".

5. Complexité des chaînes de sous-traitance

L'un des plus grands défis reste l'application de la responsabilité dans les chaînes de sous-traitance complexes. La multiplication des intermédiaires et les arrangements transfrontaliers rendent extrêmement difficile l'identification de l'employeur réel et l'établissement de sa responsabilité juridique.
Il est rapporté que la présomption d'une relation de travail de trois mois (pour le calcul des arriérés) n'est pas appliquée de manière cohérente lorsque plusieurs sous-traitants sont impliqués.

En conclusion, ces disparités font qu'il n'est pas certain aujourd'hui que les inspections et les sanctions soient suffisamment dissuasives à l'échelle de l'Union. C'est pourquoi la Commission prévoit une évaluation approfondie en 2026 pour envisager d'éventuelles modifications législatives



Et la France ?

La France apparaît comme l'un des États membres les plus actifs dans l'application de la directive, tant en termes de contrôles que de sanctions et de mesures de protection.

Voici les éléments spécifiques concernant la France :

1. Stratégie et inspections 
  • Engagement stratégique : La France fait partie des 14 États membres ayant soumis une stratégie nationale d'asile et de migration détaillant des mesures spécifiques pour lutter contre l'emploi illégal.
  • Volume d'inspections élevé : Le rapport souligne que la France réalise un nombre très important de contrôles, avec plus de 111 000 inspections en 2024. Le taux de couverture des employeurs est passé d'environ 9 % en 2021 à 38,6 % en 2023.
  • Spécificités des contrôles : Contrairement à la majorité des États, les inspecteurs français ne sont pas systématiquement tenus de signaler les détections aux autorités de migration, et les forces de l'ordre ne participent pas systématiquement aux inspections du travail. En revanche, l'administration des douanes est régulièrement impliquée dans ces contrôles.
  • Efficacité des détections : La France est citée comme l'un des pays signalant de manière constante les taux de détection de travailleurs irréguliers les plus élevés de l'Union.

2. Sanctions et cadre juridique 
  • Évolution législative : La France a modifié sa législation pour rendre les sanctions plus dissuasives. En 2024, une nouvelle loi a doublé les amendes pénales pour les employeurs (personnes physiques), passant de 15 000 € à 30 000 € par employé.
  • Sévérité des amendes : Les sanctions financières minimales par travailleur sont parmi les plus hautes d'Europe, se situant entre 5 000 € et 10 000 €. Pour la criminalité organisée, les peines peuvent atteindre 10 ans d'emprisonnement et 200 000 € d'amende.
  • Poursuites pénales : Entre 2021 et 2023, la France a engagé 3 684 procédures pénales pour l'emploi de ressortissants de pays tiers sans permis de travail.

3. Protection des travailleurs et accès aux droits 
  • Information et plaintes : La France a mis en place des services dédiés (lignes d'assistance, centres d'information) pour informer les travailleurs irréguliers de leurs droits. Les plaintes peuvent être déposées auprès des services de police, de justice ou du procureur.
  • Aide juridique : Les travailleurs irréguliers peuvent bénéficier de l'aide juridictionnelle sous certaines conditions (résidence habituelle, conditions de ressources). Les victimes d'infractions pénales ont droit à un soutien gratuit et multidisciplinaire via des associations spécialisées.
  • Arriérés de salaires : Les paiements sont calculés sur la base des salaires impayés, incluant les taxes et cotisations sociales. L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) joue un rôle dans la gestion des fonds pour les paiements envoyés à l'étranger.

4. Permis de séjour temporaires

La France est l'État membre qui utilise le plus les mesures de protection prévues par la directive : Elle a accordé la plus grande part des permis de séjour temporaires dans l'UE, avec un total de 2 352 permis sur la période 2021-2024 (dont 782 pour la seule année 2024).
Cependant, le rapport note que la France ne fait pas de distinction systématique entre les permis accordés pour exploitation grave et ceux accordés aux victimes de la traite des êtres humains, les traitant sous la même disposition légale!

 

synthèse par Pierre Berthelet

 

lundi 25 mai 2026

Pacte sur l’asile et la migration : la Commission appelle à une mobilisation totale

Dans son dernier rapport, la Commission appelle à une intensification des efforts politiques et techniques, car l'échéance de juin 2026 n'est pas une fin en soi, mais le début d'une phase opérationnelle exigeant un engagement soutenu à long terme. Elle considère que la réussite du Pacte dépend de sa capacité à sécuriser les frontières extérieures et à garantir que seules les personnes ayant réellement besoin de protection entrent sur le territoire, tout en décourageant fermement les entrées irrégulières. Surtout, elle indique que le processus est un processus continu au-delà de juin 2026. Le rapport précise que l'entrée en application en juin ne marque pas la fin du processus, mais le début d'une phase opérationnelle qui exigera un engagement politique et technique soutenu sur le long terme pour faire du Pacte une réalité sur le terrain. 


La sécurité au coeur de la mise en oeuvre du Pacte

La Commission européenne met explicitement en avant des impératifs de sécurité et la lutte contre l'immigration clandestine comme des piliers centraux de la stratégie de l'Union.

1. Objectifs stratégiques de lutte contre l'immigration illégale

Le rapport précise que la stratégie européenne vise prioritairement à prévenir l'immigration illégale et à briser le modèle économique des réseaux criminels de passeurs. L'objectif est de mettre en place un système "ferme, juste et efficace" capable d'empêcher les abus du système d'asile. La Commission souligne que les règles révisées sur les pays tiers sûrs visent spécifiquement à réduire les incitations à la migration illégale.

2. Des résultats déjà visibles

La Commission note avec satisfaction que les franchissements irréguliers des frontières extérieures de l'UE ont diminué de 26 % en 2025 par rapport à 2024,. Le nombre de personnes détectées tentant de franchir illégalement la frontière est à son niveau le plus bas depuis 2021, un résultat attribué aux changements de politique de l'Union et au renforcement de la coopération avec les pays partenaires.

3. La sécurité au cœur des procédures opérationnelles

La sécurité est intégrée techniquement dans les nouvelles procédures du Pacte : 

  • Contrôles de sécurité obligatoires : Lors de la phase de filtrage (screening), les États membres doivent impérativement effectuer des contrôles d'identité et de sécurité lors de l'appréhension initiale par les autorités répressives.
  • Prévention de la fuite : Une priorité majeure est d'établir des mesures efficaces pour prévenir la fuite (absconding) et les mouvements secondaires. Pour cela, les États membres peuvent recourir à des restrictions de mouvement ou à la rétention afin de garantir que les personnes restent à la disposition des autorités pendant les procédures.
  • Eurodac : Cette base de données biométrique est considérée comme essentielle pour la sécurité et le suivi des parcours migratoires,.


4. Préservation de la sécurité européenne face aux crises


Dans le cadre de la préparation et de la planification d'urgence, le rapport rappelle que l'UE est prête à mobiliser tous ses outils diplomatiques, opérationnels et financiers pour prévenir les mouvements migratoires incontrôlés vers l'Union et ainsi préserver la sécurité en Europe. 


L’urgence des préparatifs finaux


La Commission européenne souligne que, bien que des progrès considérables aient été accomplis, il est désormais impératif d'intensifier les efforts pour finaliser les préparatifs avant que le Pacte sur la migration et l'asile ne devienne pleinement applicable le 12 juin 2026.

Voici les points spécifiques sur lesquels la Commission insiste concernant cette urgence : 

  • Finalisation des cadres législatifs : Il est crucial que les États membres qui sont encore en train de rédiger leurs cadres législatifs nationaux avancent de toute urgence pour achever ces ajustements juridiques à temps,.
  • Opérationnalisation d'Eurodac : La Commission appelle les neuf États membres qui n'ont pas encore commencé les tests de processus métier pour le nouveau système Eurodac à le faire de manière urgente. Le succès du Pacte dépend de cette base de données biométriques opérationnelle.
  • Mise en place du filtrage et des procédures à la frontière :Les États membres doivent agir sans tarder pour garantir l'opérationnalisation complète du filtrage et des procédures à la frontière. Il est urgent d'accélérer les processus de passation de marchés et la construction des installations nécessaires. Les États membres n'ayant pas encore notifié à la Commission les lieux où se dérouleront ces procédures doivent le faire de toute urgence.
  • Règles de responsabilité et garanties juridiques : Les mesures préparatoires pour l'application effective des règles de responsabilité et des transferts (système de Dublin réformé) doivent s'accélérer. De même, les nouvelles garanties juridiques, comme le mécanisme de suivi des droits fondamentaux, doivent être en place à temps.
  • Prévention des mouvements secondaires : Une priorité urgente est d'établir des mesures efficaces pour prévenir la fuite et les mouvements secondaires des personnes soumises aux procédures à la frontière,.



Priorités opérationnelles et techniques

La Commission européenne identifie plusieurs priorités opérationnelles et techniques cruciales pour assurer la pleine application du Pacte sur la migration et l'asile d'ici le 12 juin 2026. Ces priorités se concentrent sur la transformation de la base législative en une réalité concrète sur le terrain. 

1. Eurodac et l'infrastructure informatique

Le bon fonctionnement d'Eurodac (la base de données biométriques) est jugé essentiel. Les priorités incluent : 

  • Tests techniques : Achever les tests de conformité et de processus métier pour s'assurer que les systèmes nationaux communiquent correctement avec le système central.
  • Équipement et formation : Procéder à l'achat du matériel nécessaire (comme les bornes Eurodac) et former le personnel à l'utilisation de la nouvelle interface Web.
  • Modernisation de DubliNet : Mettre à niveau ce réseau de communication pour faciliter les échanges entre États membres concernant les transferts de responsabilité.


2. Gestion des frontières et procédures obligatoires

La mise en place d'un nouveau système aux frontières extérieures de l'Union est une priorité opérationnelle majeure. 

  • Capacités d'accueil et de filtrage : Accélérer la construction ou la rénovation des centres destinés au filtrage (screening) et aux procédures à la frontière.
  • Prévention de la fuite : Mettre en œuvre des mesures efficaces, incluant des restrictions de mouvement ou des alternatives à la détention, pour prévenir les mouvements secondaires et garantir que les personnes restent à disposition pendant les procédures.
  • Notification des lieux : Les États membres doivent notifier d'urgence à la Commission les emplacements exacts où se dérouleront ces procédures.


3. Responsabilité et solidarité

La Commission appelle à: 

  • Dublin : Renforcer les effectifs des unités nationales chargées de déterminer l'État responsable d'une demande d'asile afin de réduire les retards.
  • Mécanisme de solidarité : Opérationnaliser la "Réserve de solidarité" (Solidarity Pool), ce qui implique de finaliser les engagements de relocalisation ou les contributions financières des États membres.


4. Qualité des données et préparation 

La Commission insiste sur le fait de: 

  • Reporting statistique : Améliorer la collecte et la transmission de données quantitatives et qualitatives vers les agences de l'UE (EUAA, Frontex, Eurostat) pour permettre une évaluation précise de la situation migratoire.
  • Plans de contingence : Réviser et tester les plans nationaux d'urgence pour être prêt à réagir en cas d'afflux migratoire massif.




Le déroulement de la suite

Selon le rapport, les prochaines étapes sont structurées autour de l'échéance charnière du 12 juin 2026, date à laquelle le Pacte deviendra pleinement applicable. Les actions se divisent en préparatifs immédiats, jalons de mise en œuvre et suivi à long terme.

1. Actions urgentes avant le 12 juin 2026

La priorité absolue est de combler les lacunes opérationnelles et législatives restantes : 

  • Finalisation législative : Les États membres doivent achever de toute urgence l'adaptation de leurs cadres juridiques nationaux.
  • Infrastructure et notifications : Il est impératif d'accélérer la construction des centres de filtrage et de procédure à la frontière. Les États membres doivent également notifier à la Commission les lieux exacts où se dérouleront ces procédures.
  • Opérationnalisation technique : Le nouveau système Eurodac doit être testé et prêt à fonctionner.
  • Garanties juridiques : Les mécanismes de suivi des droits fondamentaux et les dispositifs de conseil juridique gratuit doivent être finalisés.
  • Transposition : La directive sur les conditions d'accueil doit être transposée par tous les États membres d'ici le 12 juin.


2. Jalons de mise en œuvre (juin 2026) 

  • Entrée en application : Le 12 juin 2026 marque le début de la phase opérationnelle du nouveau système européen.
  • Forum de solidarité : Le Forum technique de solidarité de l'UE sera convoqué après juin pour piloter la répartition équilibrée de la "réserve de solidarité" entre les États membres bénéficiaires.


3. Suivi et étapes post-juin 2026

  • Le rapport précise que juin 2026 n'est pas la fin, mais le début d'un processus continu : Évaluations de la Commission (Juillet et Octobre 2026) : La Commission évaluera si les pratiques actuelles concernant les transferts (Dublin) présentent des défaillances systémiques.
  • Surveillance de l'asile : Une révision de la méthodologie de monitoring de l'EUAA sera achevée en juin 2026, et les trois premiers États membres (Slovaquie, Malte et Bulgarie) feront l'objet d'un suivi au second semestre 2026.
  • Second cycle annuel (Octobre 2026) : La Commission lancera son deuxième cycle annuel de gestion des migrations, incluant un nouveau rapport sur la situation migratoire et un nouveau paquet pour le cycle de solidarité.
  • Modernisation continue : Le système ETIAS devrait utiliser Eurodac dès son activation fin 2026, et un guide pratique sur la méthodologie de planification d'urgence est attendu pour 2027.

 

synthèse par Pierre Berthelet

 

 

lundi 9 mars 2026

Stratégie européenne en matière d’asile et d’immigration : une citadelle intelligente dotée d'une boussole de précision

 


 
Une stratégie a été présentée par la Commission européenne qui repose sur une approche articulée autour de cinq piliers. Les mesures phares qu’elle contient incluent la mise en œuvre intégrale du Pacte sur la migration et l'asile, instaurant des procédures obligatoires de filtrage et d'asile aux frontières ainsi qu'un mécanisme de solidarité annuelle. L'UE mise sur une transformation numérique radicale avec le déploiement des systèmes EES, Eurodac nouvelle génération et ETIAS d'ici 2026 pour sécuriser les frontières. La création d'un système européen commun de retour avec une reconnaissance mutuelle des décisions vise à accroître l'efficacité des réadmissions. Enfin, la Commission renforce sa diplomatie migratoire via des partenariats globaux et l'utilisation de leviers comme la politique des visas pour garantir la coopération des pays tiers. Pour soutenir ces ambitions, un budget de 81 milliards d'euros est proposé pour 2028-2034. De manière métaphorique, cette stratégie tend à établir une citadelle intelligente dotée d'une boussole de précision. 


De quoi parle-t-on ?

L'objet de la Stratégie européenne de gestion de l’asile et des migrations est de définir une vision pour une politique migratoire qui soit à la fois juste et ferme, gérant efficacement les flux tout en restant fidèle aux valeurs de l'Union européenne.

Plus précisément, cette stratégie vise à atteindre plusieurs objectifs parmi lesquels prévenir l'immigration clandestine et démanteler les réseaux de passeurs. 

Pour y parvenir, la stratégie s'appuie sur cinq priorités majeures pour les cinq prochaines années :

  • Renforcer la diplomatie migratoire : Développer des partenariats globaux avec les pays d'origine et de transit pour une responsabilité partagée,
  • Sécuriser les frontières extérieures : Maintenir des frontières fortes grâce à une gestion intégrée et à l'utilisation de nouvelles technologies comme l'intelligence artificielle,
  • Mettre en œuvre le Pacte sur la migration et l’asile : Consolider un système de solidarité et de responsabilité entre les États membres pour rendre les procédures plus rapides et efficaces,
  • Améliorer les retours et les réadmissions : Mettre en place un système européen commun pour assurer le retour rapide des personnes n'ayant pas le droit de séjourner dans l'Union,
  • Promouvoir la mobilité des talents : Simplifier les procédures pour les travailleurs étrangers et mieux reconnaître leurs qualifications afin de pallier les pénuries de main-d'œuvre.




La métaphore d’une citadelle intelligente et de sa boussole


Si cette stratégie devait être résumée par une métaphore, ce serait celle d'une « citadelle intelligente dotée d'une boussole de précision ». La boussole qui correspond à la vision politique. La stratégie se définit explicitement comme une « boussole » pour l'action de l'UE. Elle pointe vers un cap « juste et ferme », cherchant en permanence l'équilibre entre la solidarité envers les États membres et la responsabilité des contrôles.

  • Les remparts numériques qui renvoient à la sécurisation. Pour protéger l'intégrité de l'espace Schengen, l'Union déploie un véritable bouclier technologique. Ce maillage utilise des radars de pointe comme l'IA, les drones et des bases de données interconnectées (SEE, Eurodac, ETIAS) pour détecter les menaces et prévenir les entrées clandestines.
  • Le sas de filtrage développé dans le cadre du pacte sur l’asile et la migration. Tout arrivant doit passer par un point d'entrée unique et obligatoire (le filtrage). Ce sas vérifie l'identité, la sécurité et la santé pour diriger chaque personne vers la voie juridique appropriée, empêchant ainsi les mouvements désordonnés à l'intérieur de la citadelle.
  • L'aile du sanctuaire qui fait écho à la protection internationale. Une partie de la citadelle est strictement réservée à l'accueil et à la protection de ceux qui fuient la guerre et les persécutions, conformément aux obligations internationales.
  • Le couloir rapide en référence aux talents. Contrairement aux murs qui bloquent l'immigration irrégulière, la citadelle aménage une voie facilitée et attractive pour les « talents » mondiaux, dont l'Europe a besoin pour rester compétitive.
  • La porte de sortie automatisée en lien avec le retour des migrants non admis. Un mécanisme de retour efficace, symbolisé par l'ordre de retour européen, garantit que ceux qui n'ont pas obtenu le droit de séjourner sont raccompagnés rapidement vers la sortie pour préserver les ressources du sanctuaire.


En somme, cette métaphore illustre une Union qui ne cherche pas à être une forteresse fermée, mais une structure hautement régulée où la technologie et la diplomatie servent à trier les flux avec précision.



Premier piler : la sécurisation des frontières extérieures

Pour assurer la sécurisation des frontières extérieures, la Commission européenne a annoncé un ensemble de mesures législatives, technologiques et opérationnelles visant à garantir un contrôle effectif des entrées tout en préservant l'intégrité de l'espace Schengen.

1. Déploiement de systèmes numériques et interopérabilité

L'Union européenne transforme la gestion de ses frontières grâce à une nouvelle architecture numérique:

  • Système d'entrée/sortie (SEE) : Mis en œuvre depuis octobre 2025 et ce, de manière progressive, ce système numérique suit les entrées, les sorties et détecte les séjours irréguliers.
  • Eurodac : Une refonte majeure de cette base de données biométrique est prévue pour mi-2026 pour superviser de manière exhaustive l'asile et les migrations.
  • ETIAS : Le système européen d'information et d'autorisation de voyage doit être lancé d'ici fin 2026.
  • Interopérabilité : Le déploiement complet de la communication entre tous les systèmes (SEE, Eurodac, ETIAS, VIS) est prévu pour les années à venir.
  • Numérisation des documents : Un projet de numérisation des visas (échéance 2030) et des documents de voyage (via le portefeuille numérique de l'UE) est en cours pour faciliter les passages légaux.


2. Nouvelles procédures obligatoires au titre du Pacte

À partir de mi-2026, de nouvelles règles strictes s'appliqueront aux frontières : 

  • Filtrage (Screening) obligatoire : Tout arrivant irrégulier sera soumis à des vérifications d'identité, de sécurité, de santé et de vulnérabilité.
  • Procédures d'asile et de retour à la frontière : Les demandeurs présentant un risque sécuritaire ou ayant peu de chances d'obtenir une protection seront traités rapidement sans être autorisés à entrer sur le territoire de l'Union.
  • Mécanismes de surveillance nationaux : Des instances indépendantes veilleront au respect des droits fondamentaux durant ces contrôles.


3. Innovation technologique et surveillance

L'UE investit dans des outils de pointe pour anticiper les risques : 

  • Intelligence Artificielle (IA) : Création d'un Forum sur l'IA et les migrations en 2026 pour déployer des outils d'analyse des risques et de reconnaissance biométrique.
  • Drones et EUROSUR : Renforcement de la surveillance avec l'usage tactique de drones et de capacités de lutte anti-drones.
  • Capacité européenne d'identité : Développement d'un système automatisé de reconnaissance d'identité indépendant pour réduire la dépendance technologique.


4. Renforcement des agences et de la gouvernance 

  • Révision du règlement Frontex (2026) : L'objectif est de renforcer son mandat de protection et de consolider son corps permanent.
  • Seconde stratégie Gestion Intégrée des Frontières : Une nouvelle stratégie sera présentée en 2028.
  • Augmentation budgétaire : La Commission propose une enveloppe de 15,4 milliards d'euros pour la période 2028-2034 spécifiquement dédiée aux frontières et aux visas.


5. Lutte contre les menaces hybrides 

La Commission a alloué des financements spécifiques pour aider les États membres à contrer l'instrumentalisation des migrants par des pays comme la Russie et le Bélarus, utilisée comme une "arme" pour déstabiliser l'Union.

Des mesures complémentaires pour approfondir la sécurisation des frontières extérieures


1. Capacités de prévision et de prospective

Au-delà de la surveillance directe, la Commission renforce ses capacités d'élaboration de projections et de scénarios sur les arrivées futures. L'objectif est de développer une capacité de prospective permettant d'appuyer les décisions politiques et opérationnelles, tout en améliorant la planification d'urgence et la résilience des États membres.

2. Coopération maritime et partage d'informations


En complément d'EUROSUR, la stratégie mise sur l'Environnement commun de partage d'informations (ECPI). Ce système permet un échange structuré et sécurisé de données entre les différentes autorités maritimes de l'UE pour améliorer la connaissance des activités en mer et mieux répondre à l'immigration irrégulière.

3. Souveraineté technologique en matière d'identité

L'Union prévoit de développer une capacité européenne indépendante pour les systèmes automatisés de reconnaissance d'identité. Cette initiative vise spécifiquement à réduire la dépendance stratégique vis-à-vis des fournisseurs non européens tout en garantissant que les composants d'IA utilisés respectent la réglementation européenne.

4. Sécurité des documents de séjour

Parallèlement à la numérisation, la Commission proposera une mise à jour des règles relatives au format uniforme des titres de séjour pour les ressortissants de pays tiers afin de combler les lacunes de sécurité actuelles.

5. Renforcement du système judiciaire

La stratégie souligne que la sécurité aux frontières dépend aussi de la coordination entre les structures administratives et le système judiciaire. Il est prévu de doter la justice de ressources adéquates et de former le personnel aux nouvelles réformes pour éviter les blocages lors des procédures frontalières.


Deuxième piler : la mise en œuvre du Pacte sur la migration et l'asile


La mise en œuvre du Pacte sur la migration et l'asile constitue l'un des piliers majeurs de la stratégie européenne pour les cinq prochaines années. Ce projet vise à instaurer un système de gestion des migrations fondé sur un équilibre entre solidarité et responsabilité.

1. Gouvernance et mécanisme de solidarité 

  • Lancement du cycle annuel de gestion des migrations : Inauguré en novembre 2025, ce cycle permet de dresser un état des lieux constant de la situation migratoire et d'identifier les États membres sous pression.
  • Structure de soutien nationale : La Commission a déployé 27 équipes nationales pour accompagner chaque État membre dans la traduction opérationnelle des textes législatifs.
  • Mécanisme de suivi de l'AEA : Dès 2026, l'Agence européenne pour l'asile lancera un mécanisme pour surveiller l'application des règles d'asile et d'accueil et identifier d'éventuelles divergences.
  • Soutien financier massif : Un montant de 3 milliards d'euros a été débloqué spécifiquement pour aider les États membres à financer les réformes liées au Pacte.


2. Procédures opérationnelles et législatives 

  • Nouveaux concepts de sécurité (décembre 2025) : Adoption de mesures modifiant la notion de « pays tiers sûr » et établissement d'une liste européenne des pays d'origine sûrs.
  • Procédures obligatoires à la frontière : Mise en place de procédures rapides pour l'asile et le retour (limitées à 12 semaines) pour les demandeurs présentant un risque sécuritaire ou ayant peu de chances d'obtenir une protection.
  • Lutte contre les mouvements secondaires : Renforcement de l'obligation de contrôle, enregistrement systématique dans Eurodac et accélération des transferts vers l'État membre responsable.
  • Examen législatif (2027) : Une évaluation des règlements relatifs à la procédure d'asile (APR) et à la gestion de l'asile (RAMM) est prévue pour ajuster les règles si nécessaire.


3. Modernisation et outils technologiques 


  • Numérisation des procédures d'asile : Étude de faisabilité dès 2026 pour une proposition législative visant à généraliser les systèmes numériques de gestion des dossiers.
  • Transformation de DubliNet : À partir de 2026, ce système d'échange d'informations sera modernisé pour devenir un outil techniquement avancé.
  • Capacités de prospective : Renforcement des outils de prévision et de création de scénarios sur les arrivées futures pour améliorer la planification d'urgence. 


3. Troisième volet : Améliorer les retours et les réadmissions


Pour le volet « Améliorer les retours et les réadmissions », la Commission européenne annonce une transformation profonde visant à passer de systèmes nationaux fragmentés à un système européen commun de retour. Actuellement, seul un quart des personnes faisant l'objet d'une décision de retour quittent effectivement l'Union.

1. Nouveaux cadres législatifs et outils juridiques 

  • Projet de règlement sur un système européen commun de retour (mars 2025) : Le texte proposé est la pierre angulaire de la réforme. Il vise à simplifier et rationaliser les procédures internes tout en clarifiant les droits et obligations des personnes de retour, notamment l'obligation de coopérer.
  • Création de l'« ordre de retour européen » : Ce nouvel instrument donnera une dimension européenne concrète au retour en permettant la reconnaissance mutuelle des décisions de retour entre États membres, empêchant ainsi une personne de contourner les règles en se déplaçant d'un pays à l'autre.
  • Légalisation des « centres de retour » : Le règlement proposé définit les règles et garanties pour la mise en place de centres situés hors de l'Union européenne pour les personnes contraintes de quitter l'UE.
  • Numérisation des procédures de retour (2026) : Une nouvelle proposition législative sera présentée pour généraliser les systèmes numériques de gestion des dossiers, afin d'alléger la charge administrative.


2. Mesures opérationnelles et accélération des délais 


  • Combler les lacunes entre l'asile et le retour : Le Pacte garantit désormais que les décisions de refus d'asile et de retour soient rendues de manière quasi simultanée pour réduire les risques de fuite.
  • Procédure de retour obligatoire à la frontière : Les demandeurs déboutés dont le profil est jugé à risque ou dont la demande est manifestement infondée devront repartir directement depuis la frontière dans un délai maximal de 12 semaines.
  • Renforcement du rôle de Frontex en matière de retour : La révision de son règlement évoquée plus haut examinera la possibilité pour l'agence d'accompagner les retours non seulement depuis l'UE, mais aussi d'un pays tiers vers un autre, sous réserve de garanties juridiques.
  • Coordonnateur européen des retours : Ce responsable, appuyé par un réseau de haut niveau, élaborera des pratiques spécifiques pour les cas complexes (menaces à la sécurité, mineurs non accompagnés).


3. Diplomatie migratoire et leviers de réadmission 

  • Utilisation de l'article 25 bis du code des visas : Ce mécanisme permet de moduler les conditions de délivrance des visas en fonction du niveau de coopération d'un pays tiers en matière de réadmission.
  • Leviers commerciaux et financiers : L'UE pourra retirer des préférences commerciales ou conditionner ses financements extérieurs (via l'instrument NDICI-Europe mondiale) à la coopération migratoire.
  • Procédures opérationnelles standard (SOP) : La Commission s'efforcera de mettre en place des protocoles standardisés avec les partenaires internationaux pour faciliter l'identification et l'obtention des documents de voyage.
  • Contextes spécifiques (Syrie et Afghanistan) :Syrie : Soutien aux retours volontaires avec le HCR et publication d'orientations pour les « visites de courtoisie » des Syriens souhaitant rentrer.
  • Afghanistan : Dialogue technique avec les autorités de facto pour le retour des ressortissants en situation irrégulière, en particulier ceux représentant un risque sécuritaire.


4. Soutien financier et technologique 

  • Financement des retours volontaires : Plus d'un milliard d'euros (période 2021-2025) est alloué au soutien au retour volontaire et à la réintégration durable depuis les pays de transit vers les pays d'origine.
  • Amélioration des données : Frontex et la Commission vont rationaliser la collecte de données au moment du retour pour permettre une meilleure planification des ressources



Mesures complémentaires au troisième volet visant à améliorer les retours et les réadmissions


En complément des projets structurants déjà mentionnés, les sources précisent d'autres leviers et nuances opérationnelles concernant le volet des retours et des réadmissions :

1. Consolidation et extension de la base légale existante

La stratégie ne se contente pas de nouveaux textes, elle insiste sur l'optimisation de l'existant : 

  • Mise en œuvre des 24 accords existants : L'une des priorités est de garantir le plein respect et l'application effective des 24 accords et arrangements de réadmission déjà signés par l'UE avec des pays tiers.
  • Accords de partenariat globaux : La réadmission est réaffirmée comme une obligation inscrite dans des cadres plus larges, tels que les accords de partenariat et de coopération ou l'accord de Samoa avec les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
  • Coordination des mandats de négociation : La Commission prévoit de renforcer l'échange d'informations avec les États membres sur la conduite des mandats de négociation en cours pour de nouveaux accords de réadmission, afin de garantir une approche stratégique unifiée.


2. Focus sur la sécurité et les profils spécifiques 

  • Retours depuis les pays tiers (Transit) : Une réflexion est menée sur la possibilité pour Frontex d'accompagner des retours non seulement depuis l'UE, mais aussi d'un pays tiers vers un autre, afin d'alléger la pression sur les pays de transit.
  • Réintégration durable (MPRR) : Le programme de protection, de retour et de réintégration (MPRR) cible spécifiquement l'Afrique du Nord et le Sahel pour soutenir le retour volontaire assisté et la réintégration durable des migrants bloqués dans ces régions.


3. Synergies judiciaires et financières 

  • Coopération judiciaire avec Eurojust : L'agence renforce ses capacités de coopération avec les juridictions de pays tiers (comme les accords signés avec le Liban et l'Égypte en 2025) pour mieux lutter contre les réseaux criminels, ce qui facilite indirectement l'environnement des retours.
  • Financement axé sur les résultats : Dans le cadre du prochain budget (2028-2034), le soutien aux États membres pour les retours sera mis en œuvre via une approche axée sur les résultats intégrée dans les plans de partenariat nationaux et régionaux. 



Quatrième volet : le dévreloppement d’une diplomatie migratoire

La diplomatie migratoire est une priorité stratégique visant à transformer la gestion des flux en une responsabilité partagée entre l'UE et ses partenaires internationaux. Elle repose sur une approche globale des routes migratoires et l'utilisation de leviers politiques et économiques.

Voici la liste des annonces et des projets prévus par la Commission pour ce pilier :

1. Renforcement des partenariats et de la coopération multilatérale 


  • Expansion des partenariats globaux : Consolider les accords existants (Égypte, Jordanie, Mauritanie, Tunisie) et en nouer de nouveaux avec les principaux pays d'origine et de transit.
  • Création de 15 centres polyvalents : Soutenir l'établissement ou le renforcement de centres le long des principaux itinéraires migratoires pour offrir protection et orientation.
  • Forum international d’examen des migrations (mai 2026) : Participation active à cette instance des Nations Unies pour améliorer la gouvernance mondiale.
  • Engagement avec le Conseil de l'Europe : Collaboration sur l'application de la Convention européenne des droits de l'homme dans le contexte migratoire.


2. Lutte contre le trafic de migrants 

  • Alliance mondiale contre le trafic de migrants : Structurer cette alliance avec des réunions annuelles de hauts fonctionnaires et des conférences ministérielles pour assurer un leadership politique constant.
  • Lutte contre le « trafic numérique » : Intensifier la collaboration avec les plateformes numériques et utiliser l'IA pour démanteler l'empreinte numérique des passeurs.
  • Nouveau régime de sanctions : Élaborer un cadre pour geler les avoirs et restreindre les déplacements des acteurs criminels de grande envergure.
  • Action sur les transports commerciaux : Développer des approches communes avec l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) pour empêcher l'utilisation de vols commerciaux à des fins de migration irrégulière.


3. Utilisation des leviers et financements 

  • Instrument « Europe mondiale » (2028-2034) : Proposition d'une enveloppe de 200 milliards d'euros pour une approche plus stratégique de l'élargissement et des partenariats internationaux, incluant les objectifs migratoires 


4. Intégration de l'élargissement et des Balkans occidentaux 

  • Conditionnalité de l'adhésion : L'harmonisation des politiques de migration, de visas et de gestion des frontières avec l'acquis de l'UE est une condition préalable indispensable à l'adhésion.
  • Plan d'action pour les Balkans occidentaux : Ce cadre spécifique a déjà permis une diminution des passages illégaux et restera un modèle de coopération opérationnelle renforcée avec les agences Frontex, EUAA et Europol.


5. Coopération spécifique avec le Royaume-Uni (Manche) 

  • Projet pilote franco-britannique : Suite au sommet UE-Royaume-Uni de mai 2025, ce projet soutenu par la Commission vise à dissuader les traversées dangereuses et à lutter contre la criminalité organisée dans cette zone critique. 



synthèse par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr


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dimanche 7 décembre 2025

Rapport 2025 sur la migration illégale : la France expulse le plus en Europe


Dans le cadre de l’application du Pacte sur l’asile et la migration, la Commission européenne a présenté son premier Rapport annuel européen sur l’asile et la migration. Ce document présente un état de la situation de l’immigration irrégulière et fournit également des perspectives. Il ressort de ce rapport que les flux devraient encore continuer à baisser. Pour autant, la question de la migration secondaire, c’est-à-dire les flux entre Etats de l’espace Schengen, reste épineuse. La France est à cet égard la cible de cette migratoin secondaire irrégulière. Sur le plan de l’expulsion, les États membres ont émis près d’un demi-million d’injonctions de quitter le territoire. La France est en tête de peloton. Reste que ces injonctions ne dont pas toujours suivies d’effet et le rapport souligne la persistance du problème des expulsions non effectives.


Etat de la situation migratoire irrégulière : la Grèce, Chypre, l’Italie et l’Espagne aux premiers rangs

Les passages illégaux de frontières (PIF)  aux frontières extérieures de l'Union ont diminué de 35 % par rapport à juillet 2023-juin 2024. Des tendances à la baisse ont été observées le long de la plupart des routes migratoires, y compris celles qui représentent la majorité des PIF vers l'Union.

Alors que la situation migratoire en Grèce est restée globalement stable, le pays a enregistré le nombre le plus élevé de migrants en situation irrégulière par rapport à son PIB et à sa population, ainsi que la majorité des mouvements arrivant par la route de la Méditerranée orientale (plus de 60 000 MSI), principalement en provenance de Turquie et de Libye, avec une nette augmentation des arrivées enregistrées en Crète. 

Figure 1 – Passages illégaux de frontière par la route migratoire
 

Source : Élaboration du JRC à partir des données de Frontex

En Italie et en Espagne, le nombre de migrants clandestins a diminué par rapport à la période juillet 2023-juin 2024, malgré des chiffres toujours élevés en valeur absolue. 
Le renforcement de la surveillance aux frontières en Mauritanie et au Sénégal a contraint les passeurs à modifier leurs itinéraires de départ via la Guinée-Bissau, la Guinée et la Gambie. Sur la route de la Méditerranée occidentale, l'Algérie est restée le principal point de départ – représentant 79 % des migrants clandestins sur cet itinéraire. Les départs du Maroc ont considérablement diminué grâce au renforcement de la coopération bilatérale avec l'Espagne et au renforcement de la surveillance aux frontières.

Le long de la Manche, les départs de France vers le Royaume-Uni ont augmenté de 15 % par rapport à la période juillet 2023-juin 2024. Bien que les efforts de gestion des frontières en France aient empêché 40 % des plus de 72 000 départs enregistrés quittant la France pour le Royaume-Uni, les passages réussis (arrivées au Royaume-Uni) ont tout de même augmenté d'environ 35 % par rapport à la période juillet 2023-juin 2024.

Dans la région des Balkans occidentaux, les arrivées irrégulières ont considérablement diminué par rapport à la période juillet 2023-juin 2024. Le renforcement des contrôles policiers, qui a perturbé les activités de trafic de migrants, ainsi que la diminution des arrivées irrégulières sur la route de la Méditerranée orientale, ont également contribué à cette baisse. 


Une persistance de l’instrumentalisation des migrants par la Russie et la Biélorussie


À la frontière orientale de l'Union, le nombre de migrants clandestins est resté faible et relativement stable. Les actions de la Russie et du Bélarus continuent d'influencer la dynamique migratoire à la frontière orientale, notamment en Pologne, en Lettonie, en Lituanie, en Finlande et en Estonie. 
Face aux tentatives persistantes d'instrumentalisation de la migration par des États, ces pays ont renforcé les contrôles aux frontières, réduisant ainsi le nombre de migrants clandestins en provenance du Bélarus (1 421 migrants, dont 82 % à destination de la Pologne). 

Entre juillet 2024 et juin 2025, plus de 110 000 personnes se sont vu refuser l’entrée aux frontières extérieures de l’Union, principalement par voie terrestre (55 %) et aérienne (41 %). 
La plupart des refus d’entrée étaient dus à des documents manquants ou non valides. La Pologne, la Croatie, la France et la Roumanie ont enregistré les chiffres les plus élevés en valeur absolue.


Une diminution des personnes dites « débarquées »

Le nombre de ressortissants de pays tiers débarqués dans l'Union à la suite d'opérations de recherche et de sauvetage a diminué de 36 % par rapport à la période juillet 2023-juin 2024. 
Du 1er juillet 2024 au 30 juin 2025, près de 97 000 personnes ont débarqué dans l'Union à la suite d'opérations de recherche et de sauvetage. L'Italie et l'Espagne ont représenté à elles deux plus de 80 % des personnes débarquées dans l'Union.

Figure 2 – Personnes débarquées lors d’opérations de recherche et de sauvetage  


Source : Élaboration du JRC à partir des données de Frontex

Les demandes de protection internationale dans l'Union ont diminué de 21 % par rapport à la période juillet 2023-juin 2024, même si elles restent globalement élevées, avec 871 000 demandes déposées. Cette baisse s'explique principalement par la diminution des arrivées irrégulières et la forte baisse des demandes émanant de ressortissants syriens. 


Le problème des mouvements non autorisés au sein de l'Union


Plusieurs États membres ont été confrontés à un nombre important de mouvements irréguliers de migrants. 
Les mouvements d'un État membre à l'autre et les lacunes dans la mise en œuvre des règles de responsabilité prévues par le règlement (UE) n° 604/2013 exercent une pression considérable sur les systèmes d'asile, de migration et d'accueil des principaux pays de destination.

À ce jour, les données disponibles d'Eurodac suggèrent une baisse d'environ 25 % des mouvements non autorisés au sein de l'Union par rapport à la période juillet 2023-juin 2024, principalement en raison de la diminution générale des arrivées irrégulières. 
Malgré cette baisse, les mouvements non autorisés demeurent une difficulté pour les principaux pays de destination. Ces mouvements s'effectuent généralement en provenance des pays de première entrée dans l' Union et à destination des États membres situés au nord - ouest. 
En chiffres absolus, la Grèce, l'Allemagne, la Croatie, l'Italie et la France sont les principaux pays de départ, tandis que l'Allemagne, la France, la Belgique, l'Italie et les Pays-Bas sont les pays qui accueillent le plus de mouvements non autorisés. 

Figure 5 – Carte des mouvements non autorisés basée sur les données Eurodac (itinéraires avec > 6000 enregistrements) 

Source : Élaboration du JRC à partir des données EU-LISA

Une augmentation des expulsions, la France en tête

Entre juillet 2024 et juin 2025, les États membres ont émis au total 478 000 injonctions de quitter le territoire de l’Union à l’encontre de ressortissants de pays tiers, soit une augmentation de 11 % par rapport à la période juillet 2023-juin 2024. 
Cette hausse s’explique principalement par le nombre plus élevé d’injonctions de quitter le territoire émises conjointement à des décisions de refus d’asile. La plupart des injonctions ont été émises par la France, l’Espagne et l’Allemagne. 

Figure 6 – Nombre de commandes de retour et de ressortissants de pays tiers renvoyés par État membre


Source : Élaboration du JRC à partir des données d'Eurostat

115 000 ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ont été effectivement renvoyés dans un pays tiers. Plus de la moitié de ces renvois ont été effectués par seulement cinq États membres (Allemagne, France, Suède, Chypre et Pologne). 
Cela représente une augmentation de 20 % par rapport à la période juillet 2023-juin 2024. Cependant, le taux global de renvoi demeure faible, ce qui entraîne un arriéré de personnes faisant l’objet d’un ordre de quitter le territoire de l’Union. 
La plupart des ressortissants ayant reçu cet ordre étaient algériens, marocains, syriens, turcs et afghans. Les principales nationalités des personnes renvoyées étaient géorgiennes, turques, albanaises, moldaves et colombiennes. 
Plus de la moitié des renvois ont été volontaires, confirmant une tendance à la hausse.

L'évaluation thématique Schengen de 2024 a mis en évidence des progrès dans le développement des systèmes nationaux de retour, même si des inefficacités subsistent à des étapes clés du processus, ce qui a un impact sur les mouvements irréguliers, comme en témoignent les alertes de retour du système d'information Schengen (SIS).  
 

L’avenir de la situation migratoire vers l’Europe

Les projections indiquent qu'en général, les arrivées irrégulières au niveau de l'Union devraient diminuer sur l'ensemble des principales routes migratoires en 2026 par rapport à 2024, conformément à la tendance à la baisse déjà observée au premier semestre 2025. 
Cette diminution attendue résulte, entre autres, d'un engagement fort de l'Union auprès des principaux pays d'origine et de transit, du renforcement des systèmes d'asile et de protection des frontières, ainsi que de l'intensification de la lutte contre les réseaux de passeurs, tant au sein de l'Union que dans les pays tiers. La route de la Méditerranée centrale devrait rester la plus active, mais le nombre total d'arrivées devrait se stabiliser, voire diminuer encore par rapport à 2024. 
Cette tendance reflète l'impact du renforcement de la coopération avec les pays partenaires d'Afrique du Nord et de la région. 
Une dynamique similaire est attendue pour les routes de la Méditerranée occidentale et de l'Atlantique, où les efforts importants déployés pour surveiller les points de départ et démanteler les réseaux de passeurs portent leurs fruits. Sur la route de la Méditerranée orientale, l'évolution de la situation dépendra largement de la situation au Moyen-Orient, notamment de l'apparition de nouvelles routes secondaires. 

Le long de la route des Balkans occidentaux, les arrivées devraient également diminuer, grâce à un démantèlement plus efficace des réseaux de passeurs et à une coopération renforcée entre la région, les États membres et les agences de l'Union. 
Sur la route de la frontière orientale, la Russie et le Bélarus devraient poursuivre leurs tentatives d' instrumentaliser la migration contre l'Union ; cependant, le renforcement du contrôle des frontières devrait permettre de réduire davantage les passages illégaux. Enfin, la situation des sorties illégales par la Manche devrait rester préoccupante, même si les mesures nationales prises en France et le renforcement de la coopération avec le Royaume-Uni devraient permettre de contenir, voire de réduire, les départs.

synthèse par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr


Pour la première partie de la synthèse de ce rapport, à lire : Mécanisme de solidarité européenne : la France, soumise aux pressions migratoires, va être aidée par l’Europe

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