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lundi 12 janvier 2026

Lutte contre la drogue : l’UE se dote d’une nouvelle stratégie qui prévoit la transposition de l’initiative de défense par drones pour la protection des frontières

 



L’aggravation du trafic de drogue est un phénomène qui touche la France, mais pas seulement. C’est toute l’UE qui est concernée et face à cette menace, un plan d’action est présenté. Il contient toute une série de mesures concrètes, comme la création d’un manuel commun pour le démantèlement des sites de production illicites de drogues de synthèse ou bien encore la mise en place d’une boîte à outils pour empêcher le recrutement de mineurs dans les réseaux de trafic de drogue. Parmi les mesures phares, il faut retenir l'usage des systèmes de lecture automatique des plaques d'immatriculation (LAPI) contre les trafiquants de drogue, l'extension des prérogatives de Frontex, une coopération public-privé en matière de services postaux et de colis, l’emploi des outils de profilage des risques basés sur l'IA pour le contrôle des marchandises, l'utilisation de l'imagerie satellitaire à haute resolution ou enfin l'établissement de centres de fusion conjoints dans des pays tiers stratégiques. A noter aussi la transposition de l’acquis issu de l'Initiative européenne de défense par drones à la protection des frontières et à l’amélioration de la détection du trafic de stupéfiants.


Quelle est le problème?

Le trafic de stupéfiants représente une menace importante et persistante pour la sécurité de l'Europe. Plus de la moitié des réseaux criminels les plus dangereux opérant dans l'UE sont impliqués dans le trafic de stupéfiants, exploitant la position de l'UE en tant que marché de consommation majeur, plaque tournante du transit et zone de production de drogues illicites. Le crime organisé exploite les routes commerciales mondiales et les technologies numériques, construisant des infrastructures criminelles sophistiquées qui déstabilisent la société européenne. par la violence, la corruption et l'infiltration de l'économie légale.
La cocaïne et les drogues de synthèse, ainsi que leurs précurseurs, constituent des aspects particulièrement dynamiques du trafic de stupéfiants, caractérisés par des itinéraires et des méthodes en constante évolution. Malgré le succès des actions répressives, la production de drogues de synthèse comme la MDMA, l'amphétamine et la méthamphétamine se poursuit à grande échelle au sein de l'UE. Les réseaux criminels s'adaptent rapidement, utilisant des méthodes de contrebande sophistiquées, des communications cryptées, les plateformes du darknet et les cryptomonnaies pour échapper à la détection.
Les profits colossaux du trafic de drogue sont blanchis et réinvestis, renforçant l'emprise des réseaux criminels sur les secteurs légaux et s'accompagnant souvent d'une recrudescence de la violence, notamment dans les villes portuaires et les marchés urbains. La diversification des itinéraires et des points d'entrée de la drogue devrait entraîner un déplacement accru de la violence. Ces réseaux recrutent de plus en plus de jeunes, individus vulnérables, exploitant leur précarité socio-économique pour échapper aux services répressifs. Le recrutement via les réseaux sociaux permet d'exploiter ces jeunes pour qu'ils deviennent dealers, coursiers et agents de soutien opérationnel au sein des réseaux de trafic, comme par exemple récupérateurs de drogue dans les conteneurs.


De quoi parle-t-on ?

Pour relever ces défis en constante évolution, la Commission présente un nouveau plan d’action de l’UE contre le trafic de stupéfiants,  qui vient renforcer la stratégie de l’UE en matière de drogues. S’appuyant sur l’évaluation du plan d’action 2021-2025 et sur les expériences de la mise en œuvre de la feuille de route de l’UE pour lutter contre le trafic de drogue et la criminalité organisée, ce plan d’action se concentre sur des actions prioritaires spécifiques pour les efforts immédiats et à moyen terme, détaillant 19 actions ciblées pour perturber les opérations de trafic de drogue. Il présente les principales actions nécessaires au niveau de l'UE entre 2026 et 2030 pour lutter contre le trafic de stupéfiants et les réseaux criminels impliqués. 

Le plan d'action s'appuie sur la stratégie de sécurité intérieure ProtectEU comme l'un de ses principaux livrables et favorise les synergies grâce à des plateformes comme la Plateforme multidisciplinaire européenne contre les menaces criminelles (EMPACT) et le partenariat public-privé de l’Alliance des ports européens sont essentielles pour des mesures de sécurité coordonnées aux points de transit stratégiques.


Mieux exploiter les renseignements sur les voyages 

Les autorités des États membres devraient recevoir d'EUROCONTROL, à compter de 2026, les informations relatives aux vols non réguliers. En combinant les données de suivi et de planification de vol avec des indicateurs de risque tels que les modifications d'itinéraire de dernière minute, l'utilisation d'aérodromes isolés ou l'opacité concernant la propriété des aéronefs, les États membres pourraient améliorer l'identification future des vols nécessitant un examen plus approfondi. 
En outre, afin d’exploiter pleinement le potentiel des données PNR conformément à la directive européenne PNR, les services d’information sur les passagers des États membres doivent systématiquement identifier, analyser et partager les schémas de voyage et les profils de risque liés au trafic de stupéfiants, en étroite coordination avec Europol et avec son soutien.
Par ailleurs, la Commission, en collaboration avec les États membres et le secteur des transports, étudie des solutions pour renforcer le cadre API/PNR actuel, qui se limite pour l'instant au transport aérien commercial. Il s'agit notamment d'envisager l'introduction de mesures pour d'autres modes de transport, tels que le transport maritime, le transport terrestre et les vols privés. 
Pour lutter contre ce phénomène, les États membres et l'UE évalueront et mettront en œuvre les mesures nécessaires afin de garantir que les systèmes de lecture automatique des plaques d'immatriculation (LAPI) utilisés par les services répressifs et les autorités douanières consultent efficacement le système d'information Schengen. 
En outre, le cas échéant, les données de géolocalisation ANPR devraient être accessibles pour les enquêtes complémentaires. Cela permettrait de mieux retracer les itinéraires criminels et de démanteler plus efficacement les réseaux de trafic, en ciblant les principaux nœuds de transport tels que les ports, les gares maritimes, les gares de triage et les grands axes routiers où les stupéfiants transitent fréquemment. Enfin, l'UE devrait promouvoir l'harmonisation des normes techniques et l'interopérabilité des systèmes afin de garantir un échange d'informations fluide entre les États membres et les agences européennes comme Europol. 


Étendre les opérations du MAOC-N


Le MAOC-N (Comité de coordination multinationale pour le trafic de stupéfiants en mer) constitue depuis longtemps une plateforme de coordination multinationale unique et très efficace, dédiée à la lutte contre le trafic de stupéfiants en mer. La Commission renforcera sa collaboration avec le MAOC-N et les États membres. Elle entend approfondir les activités opérationnelles actuelles du MAOC-N et envisager leur expansion, en privilégiant un renforcement de sa présence dans la région méditerranéenne.
Un aspect essentiel de cette stratégie consiste à renforcer la coopération entre le MAOC-N, Europol et Frontex. La proposition de créer une équipe conjointe de lutte contre les stupéfiants en mer (J-MCAT) au sein d'Europol, impliquant le MAOC-N, Frontex et les États membres, est actuellement à l'étude. 
Utiliser les capacités de Frontex 

Frontex devrait consolider sa coopération avec l'Agence européenne pour la sécurité maritime (EMSA) et le Centre européen pour les satellites (SatCen) dans le cadre du service de sécurité Copernicus et du futur service gouvernemental d'observation de la Terre. Par ailleurs, la mise en place de nouveaux accords de travail avec Europol et le MAOC-N facilitera les échanges d'informations et la coordination stratégique.
Par ailleurs, les capacités développées dans le cadre de la feuille de route « Préserver la paix – Préparation de la défense », en particulier grâce à l'Initiative européenne de défense par drones, peuvent être adaptées à un double usage afin de renforcer la protection des frontières et d'améliorer la détection du trafic de stupéfiants.


Lutter contre l'utilisation abusive des navires rapides

La Commission facilitera l'échange de bonnes pratiques et de retours d'expérience entre les États membres lors d'un atelier d'experts dédié, organisé en 2026. Parallèlement, elle engagera un dialogue structuré avec les fabricants de moteurs hors-bord. Les trafiquants utilisant souvent des moteurs capables d'atteindre des vitesses extrêmement élevées, les partenariats industriels devraient favoriser une distribution responsable et la traçabilité des équipements de forte puissance. 


Renforcer la coopération public-privé en matière de services postaux et de colis


La Commission créera un forum européen dédié réunissant les représentants des secteurs postal et de la livraison de colis, les autorités nationales de régulation, les douanes et les services répressifs. 
Les opérations transfrontalières des entreprises postales et de colis soulignent la nécessité d'une coopération structurée au niveau de l'UE. Afin de renforcer la prévention du trafic de stupéfiants et de la circulation de marchandises prohibées au sein et en dehors de l'UE, la Commission envisagera la mise en place de mémorandums d'entente à l'échelle de l'UE. 
Créer une boîte à outils pour empêcher le recrutement de mineurs dans les réseaux de trafic de drogue

Le Réseau européen de prévention de la criminalité développera une boîte à outils complète en 2026, tandis que l'EUDA facilitera le travail de la Communauté européenne de pratique pour prévenir le recrutement de mineurs par les réseaux de trafic de drogue. Cette initiative combinera des mesures pratiques de prévention et d'intervention avec une plateforme européenne de collaboration et d'échange de connaissances. 


Déployer des technologies de détection innovantes 

La Commission et les États membres privilégieront le financement du déploiement de technologies de détection et de surveillance avancées dans les zones à haut risque et les nœuds de transport afin d'en maximiser l'impact. L'accent sera mis sur les systèmes de balayage avancés dotés de capacités d'analyse basées sur l'IA et sur l'intégration d'équipements de détection innovants des secteurs public et privé dans les outils de profilage des risques basés sur l'IA utilisés par les autorités nationales chargées du contrôle des marchandises et des moyens de transport.
Le financement devrait également soutenir l'utilisation d'outils tels que l'imagerie satellitaire à haute résolution, les systèmes d'information géospatiale et les drones aériens ou semi-submersibles pour détecter et cartographier les activités de production et de trafic de stupéfiants. Ces technologies permettraient d'améliorer la surveillance des corridors de trafic, des laboratoires clandestins, des zones de culture de drogues et des points chauds transfrontaliers, grâce à la contribution stratégique d'Europol, de l'EUDA, du SatCen et d'autres agences européennes compétentes. 


Renforcer les capacités de lutte contre le trafic de drogue en ligne

Le trafic de stupéfiants est de plus en plus facilité par le numérique. Europol devrait renforcer son soutien opérationnel aux États membres, notamment en assurant une surveillance systématique des marchés de la drogue, en analysant et en signalant les activités suspectes, en tenant compte des contributions analytiques et de surveillance de l'EUDA. Parallèlement, CEPOL devrait proposer des programmes de formation spécialisés et de haut niveau visant à développer l'expertise nationale en matière d'identification et de lutte contre les activités liées à la drogue sur les plateformes numériques.
Par ailleurs, la coopération avec le secteur privé devrait être renforcée par le biais du Forum Internet de l'UE. L'UE devrait œuvrer à l'élaboration d'un protocole de coopération avec les entreprises technologiques participant au Forum Internet de l'UE, en établissant des points de contact et des engagements visant à inclure le trafic de stupéfiants dans leurs mandats et leurs processus de modération des contenus.


Perturber le trafic de drogue à partir et à l’intérieur des prisons

L'Organisation européenne des services pénitentiaires (EuroPris) pilotera une initiative visant à recenser les difficultés actuelles et à identifier les meilleures pratiques au sein de l'UE pour lutter contre la criminalité dans les prisons.
Cette initiative dressera un panorama complet des approches juridiques, opérationnelles et technologiques actuellement utilisées par les États membres pour prévenir et enquêter sur la poursuite du trafic de stupéfiants et d'autres formes de criminalité organisée depuis les prisons. 
En complément des efforts plus larges déployés par l’UE pour lutter contre la criminalité organisée, EuroPris facilitera l’élaboration et la diffusion de recommandations pratiques, aidant ainsi les États membres à adopter les outils les plus efficaces. Afin de favoriser l’échange de bonnes pratiques et de renforcer les capacités institutionnelles, EuroPris organisera des activités dédiées à des thématiques telles que le brouillage des téléphones portables, la gestion des délinquants à haut risque et la coopération interinstitutionnelle.
Améliorer l’identification des substances pour une interdiction efficace des drogues et de leurs précurseurs

L'EUDA collaborera avec son nouveau réseau européen de laboratoires afin d'établir une base de données exhaustive, à l'échelle de l'UE, sur les substances de référence. Cette base de données contiendra les signatures chimiques vérifiées, les données spectrales et les profils analytiques des substances psychoactives contrôlées et émergentes, ainsi que des précurseurs de drogues et des précurseurs potentiels.
Fournir un manuel commun pour le démantèlement des sites de production de drogues de synthèse

Europol, en collaboration avec l'EUDA, élaborera des lignes directrices harmonisées pour le démantèlement des laboratoires clandestins de drogues de synthèse, le transport de ces substances et l'élimination sécurisée des produits chimiques associés, conformément aux conclusions du Conseil sur le Pacte 2025 relatif aux drogues de synthèse et aux nouvelles substances psychoactives.


Aligner l’innovation sur les exigences opérationnelles 

La Commission, avec le soutien de la Communauté européenne pour la recherche et l’innovation en matière de sécurité et du Pôle d’innovation de l’UE pour la sécurité intérieure, lancera une initiative coordonnée afin d’identifier les besoins technologiques et opérationnels les plus urgents en matière de lutte contre la criminalité organisée, notamment le trafic de stupéfiants. 
Dans le cadre du pôle d'innovation de l'UE pour la sécurité intérieure, l'EUDA, avec le soutien d'Europol, de Frontex et du Centre commun de recherche (CCR), mène une analyse prospective des technologies. Cette analyse vise à évaluer l'impact des technologies nouvelles et émergentes sur le secteur des stupéfiants, afin de renforcer la sécurité et l'efficacité des services répressifs.
Renforcer la résilience des ports dans les pays tiers 

Dans le cadre de la stratégie de sécurité intérieure ProtectEU et de la future stratégie de l'UE pour les ports, la Commission, en coopération avec le SEAE, explorera des partenariats multi-acteurs afin de renforcer la résilience des ports et des routes commerciales, notamment transatlantiques, et lancera des évaluations conjointes ciblées dans certains ports de pays tiers à haut risque. Ce processus impliquera une étroite coordination avec Europol, les délégations de l'UE et les partenaires internationaux concernés afin de garantir des actions ciblées et efficaces contre le trafic de stupéfiants. 
Renforcer la coopération internationale par le biais d’enquêtes conjointes et de centres de fusion

L’UE soutiendra les autorités des États membres dans la mise en place et le renforcement d’unités spéciales d’enquête dans les principaux pays tiers , ainsi que d’équipes communes d’enquête (ECE) bénéficiant du soutien opérationnel d’Europol et d’Eurojust. 
L’UE soutiendra également la création de centres de fusion conjoints dans des pays tiers stratégiques et au sein même de l’UE. Ces centres serviront de plateformes de coordination régionale, réunissant des experts européens, les services répressifs locales et les acteurs de sécurité régionaux afin d’améliorer le partage de renseignements, d’analyser les tendances criminelles et les itinéraires de trafic, et de coordonner rapidement les actions répressives.



synthèse par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr


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