samedi 29 décembre 2012

D'après Europol, les individus entraînés au djihad à l’étranger sont une menace importante



Selon un rapport d'Europol, les réseaux terroristes composés d’individus ayant suivi un entraînement au djihad à l’étranger constituent la principale  préoccupation pour les Etats membres. Ce rapport, dénommé TE-SAT et publié par l'office européen de police en 2012, revient sur l’état de la menace terroriste en 2011 au sein de l’Union européenne ainsi que sur les grandes tendances et développements futurs du phénomène.

Le rapport rappelle la grande diversité des menaces auxquelles sont exposés les Etats membres. Parmi ces menaces, le terrorisme religieux reste important et devrait continuer à être influencé par les développements géopolitiques. Au-delà des groupes structurés, les attaques commises par des individus ayant grandi dans les Etats européens, ainsi que par des cellules indépendantes, représentent un danger encore plus plausible. Les djihadistes qui reviennent de zones de conflits constituent la menace la plus sérieuse.


Bilan de la situation dans l’UE en 2011

L’année 2011 a confirmé une tendance à la baisse du nombre d’attaques terroristes enregistrées sur le sol européen, avec un total de 174 évènements rapportés. La majorité des attaques a été perpétrée par des groupes séparatistes. Les trois pays les plus touchés sont, dans l’ordre, la France, l’Espagne et la Grande-Bretagne.

En 2011, le nombre total de procédures judiciaires – ayant abouti – s’élevait à 153 (soit une augmentation par rapport aux années précédentes). Ces procédures ont concerné 316 personnes (l’Espagne en ayant le plus grand nombre), et 326 verdicts ont été rendus, principalement pour des actions terroristes séparatistes.

Le terrorisme d’inspiration religieuse

Si aucune attaque de ce type n’a été enregistrée en 2011, la menace d’une attaque par des groupes comme Al-Qaïda sur le sol européen reste importante. Plus de 120 personnes ont été arrêtées cette année-là pour des délits liés au terrorisme religieux, notamment pour appartenance à une organisation terroriste transnationale, et ce dans 14 Etats européens. Les individus concernés avaient en moyenne 30 ans, et plus de la moitié d’entre eux n’étaient pas des ressortissants de l’UE (mais notamment Marocains et Russes, par ordre d’importance).

Concernant le terrorisme d’inspiration religieuse et notamment djihadiste, le rapport TE-SAT 2012 note que malgré son évolution rapide, cette forme de terrorisme demeure mal organisée, impulsive et relativement « amateuriste ». La mort d’Oussama Ben Laden et les révolutions arabes de 2011 ne semblent pas avoir conduit à une augmentation des activités d’Al-Qaïda en Europe : au sein de l’UE, aucune attaque terroriste n’a été recensée sur le compte d’Al-Qaïda en 2011, et le nombre d’individus arrêtés pour leur implication dans des réseaux djihadistes affiliés ou assimilés à Al-Qaïda est passé de 179 en 2010 à 122 en 2011.

La Somalie fait partie des  lieux de formation pour les terroristes. Toutefois, en raison de la pression militaire, Al Qaida a exhorté les volontaires à ne pas venir s’entraîner dans les zones habituelles. On assiste donc à une grande individualisation des attaques. Les groupes apparaissent de moins en moins ethniquement homogènes, ce qui implique une idéologie plus forte et rassembleuse. Les groupes nationaux restent faibles en termes de moyen et de leadership, mais gagnent en poids du fait de leurs liens étroits avec les groupes djihadistes extra-européens comme au Pakistan ou en Somalie. Ces réseaux là bénéficient alors d’une grande base européenne de recrutement.
En effet, il est intéressant de noter que, même si leurs origines ethniques demeurent diverses, la majorité des terroristes islamistes sont des citoyens européens. Beaucoup de petits groupes islamistes s’enracinent désormais au sein même des États membres : les individus sont souvent recrutés par Internet, parfois endoctrinés par des combattants entraînés au djihad au Moyen-Orient et qui retournent ensuite fomenter des attaques dans leur pays d’origine ou d’accueil.

Malgré leur incapacité à frapper durement l’UE, le TE-SAT 2012 note une amélioration du modus operandi des réseaux terroristes islamistes dans la production d’engins explosifs par exemple. Toutefois, les réseaux islamistes européens se concentrent désormais davantage sur le recrutement, la collecte de fonds et la production de faux documents d’identité, notamment en lien avec les réseaux criminels d’Europe de l’Est. De plus en plus, la publication d’articles et de vidéos faisant l’apologie d’Al-Qaïda via l’outil Internet permet de convertir de futurs combattants au djihad et de lever des fonds tout en propageant le savoir-faire terroriste en dehors des frontières européennes. De la même manière, Al-Qaïda appelle désormais ses sympathisants à se lancer dans un djihad électronique dirigé contre les institutions publiques des pays occidentaux. (CF JIHAD ELECTRONIQUE)

Le terrorisme nationaliste et séparatiste

D’après les conclusions du rapport TE-SAT 2012, le terrorisme apparaît dans le rapport comme un phénomène exceptionnel qui marque davantage par sa portée symbolique. Concernant le terrorisme séparatiste, 110 attaques ont été commises en 2011. Le nombre d’attaques terroristes est ainsi relativement bas et en diminution. Ceci fait suite à des décisions de cessez-le-feu, des démantèlements de cellules et des saisies en tout genre.

Toujours d’après les conclusions du rapport, 247 individus ont été arrêtés pour leurs liens avec les réseaux terroristes séparatistes en 2011, pour leur majorité en France, en Irlande et en Espagne.

Le terrorisme d’extrême-gauche et anarchiste

Les activités terroristes de ce type se concentrent sur cinq pays en 2011 :
  • le Danemark;
  • l'Allemagne;
  • la Grèce;
  • l'Italie;
  • l'Espagne. 

Elles sont en baisse depuis 2010, passant de 45 à 37 attaques échouées ou déjouées.

Le rapport TE-SAT 2012 relève enfin qu’il existe actuellement une certaine forme de connivence entre le terrorisme d’extrême gauche et les actes violents relatifs à la défense de la cause écologique.

Le terrorisme d’extrême-droite

La menace provient surtout d’acteurs isolés, qui s’identifient idéologiquement à des mouvements sans appartenir à une organisation bien établie.

Le terrorisme d’extrême droite d'une part, et les mouvement terroristes liés à des causes isolées d'autre part, constituent une source de danger pour l'UE dans les troubles qu'ils provoquent et les messages de violence qu'ils véhiculent, mais ne constituent pas de menace majeure aujourd'hui – ou moins que les mouvement précédemment évoqués. En 2011, le terrorisme d’extrême droite n'a occasionné qu'une seule attaque (sans blessé ni victime) et a surtout consisté en des démonstrations d'appels à la haine, et en des actes violents xénophobes mais isolés.

Autres formes de terrorisme

Concernant les actes terroristes liés à des causes isolées (à savoir la protection de l’environnement et la défense des droits des animaux) aucune victime mortelle ni arrestation liées à leurs activités n'ont été enregistrées en 2011. Les conséquences de leurs actes, en revanche, se chiffrent en plusieurs millions d'euros pour le secteur industriel, principale cible des extrémistes.
A ce propos, les incidents (vandalisme entraînant d’importants dommages matériels notamment) liés à l’action de groupes extrémistes défendant les droits des animaux ou l’environnement sont en progression. Les cibles sont diverses : institutions, industrie pharmaceutique, entreprises…
Internet est très fréquemment utilisé pour revendiquer des actions et lancer des campagnes de propagande.

En conclusion

Concernant les possibles évolutions futures, le rapport d’Eurpol présente Al Quaida comme la menace terroriste principale pour l'Europe. Le terrorisme religieux et son degré de dangerosité sera lié aux évolutions géopolitiques dans le Sahel, le Moyen Orient et la Corne de l'Afrique, tandis que l'on constate l'importance croissante des jihadistes «home grown», c'est-à-dire au sein même des frontières européennes. Le brouillage des frontières entre activités terroristes, actes extrémistes violents et crime organisé invite à une nouvelle vision du risque terroriste pour l'Europe – en particulier en ce qui concerne l'accès aux armes à feu. Enfin, la sensibilité croissante autours des problématiques environnementales laisse planer le risque d'une intensification des activités terroristes liées à ces considérations.

De surcroît, source de préoccupation pour de nombreux Etats Membres, la mondialisation des communications et de l’internet, des réseaux sociaux augmente aussi l’influence des groupes terroristes. Elle  leur permet de diffuser leurs idées et d'obtenir de nouvelles adhésions et un soutien politique, diplomatique et militaire, en particulier par la propagande sur internet ou encore des campagnes de désinformation. Le rapport insiste également sur les effets destructeurs des armes à feu qui pourraient être choisi comme modus operandi pour des opérations futures. Les Etats Membres ont en effet confirmé le fait que les groupes terroristes avaient accès ou l’ambition d’acquérir des armes de manière légale ou illégale.

A cet égard, Europol exprime son inquiétude quant à l'utilisation d'explosifs par les terroristes, dont la fabrication n'est pas difficile à réaliser. Ces « improvised explosive devices » sont très utilisés par les terroristes nationalistes d'Espagne, de France et du Royaume-Uni. Le cas « Breivik » est aussi l'illustration qu'il n'est pas difficile de se procurer puis de confectionner des explosifs.


(synthèse du rapport par les soins de securiteinterieure.fr grâce au travail des étudiants du Master "Stratégie, intelligence et gestion des risques" de Sciences Po Lille)



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