Europol a publié son dernier "Europol in brief" qui constitue un condensé d'informations sur ce qu'est l'office de police et ce qu'il fait. Europol c'est en effet 1700 personnes, un réseau de plus de 300 officiers de liaison et un budget de 223,8 millions d'euros. Mais c'est aussi un écosystème technologique de pointe avec à la clé des résultats opérationnels tangibles. Le bilan est à cet égard impressionnants. Par exemple, depuis le lancement du projet EU Most Wanted en 2016, près de 500 profils de fugitifs ont été publiés, et 170 d'entre eux ont été arrêtés.
Des ressources (très) importantes
Basée à La Haye, aux Pays-Bas, l'organisation dispose des ressources suivantes pour 2025 :
- Effectifs : Plus de 1 700 personnes provenant de 57 pays.
- Officiers de liaison : Un réseau de plus de 300 officiers représentant les États membres et des pays tiers.
- Budget : 223,8 millions d'euros prévus pour l'année 2025
- Diversité : L'effectif est composé de 66 % d'hommes et 34 % de femmes. Plus de 60 langues sont parlées au siège.
- Budget : Un budget de 223,8 millions d'euros est prévu pour l'année 2025.
- Centre Opérationnel 24/7 : Plus de 30 spécialistes et analystes travaillent en permanence dans cette unité de haute sécurité.
- EPE (Plateforme pour experts) : Regroupe plus de 22 000 experts issus des services répressifs, du secteur privé et du milieu universitaire, répartis sur plus de 60 plateformes.
Orientations stratégiques et nouveautés
Le rapport met en lumière des évolutions majeures qui marquent un tournant dans la gestion de la sécurité européenne :
- Coopération avec le secteur privé : Une nouvelle stratégie sur la coopération avec les parties privées est établie en 2025, soulignant l'importance croissante des données non gouvernementales dans les enquêtes.
- Intégration de l'Intelligence Artificielle : La nomination d'un Artificial Intelligence Officer pour piloter l'adoption des technologies d'IA tout en garantissant la protection des données.
- Cycle EMPACT 2026-2029 : Les priorités pour le prochain cycle de quatre ans ont été définies dès juin 2025, incluant une focalisation accrue sur les réseaux criminels les plus menaçants et la criminalité en ligne.
- La création de l'Integrated Operational Services Unit : Cette unité gère le renseignement lié aux voyages (travel intelligence) et l'agenda d'interopérabilité de l'UE. Elle permet de croiser les données de mouvement à une échelle européenne, une capacité cruciale pour anticiper les flux terroristes ou criminels avant qu'ils n'agissent.
Un écosystème technologique de pointe
L'infrastructure technique d'Europol constitue un réseau interconnecté composé de :
- SIENA (Échange d'informations) : Plus de 3 500 autorités compétentes sont connectées à cette application de messagerie sécurisée en 2025. Historiquement, ce système connectait plus de 3 000 autorités de plus de 70 pays.
- Research and Innovation Sandbox : Un environnement de traitement de données spécifique dédié aux projets de recherche et d'innovation.
- EIS (Système d'Information d'Europol) : Sa valeur réside dans sa densité, avec plus de 1,7 million d'objets (infractions, individus, données liées) répertoriés pour des vérifications croisées immédiates.
- Digital Forensics Unit : Une unité spécialisée qui renforce considérablement la capacité des États membres à analyser les preuves numériques.
- Trace an Object : Une initiative innovante qui diffuse des objets de l'arrière-plan de matériel d'abus sexuel sur mineurs issus de cold cases. La valeur ajoutée réside ici dans l'utilisation de la mémoire collective pour identifier des lieux ou des suspects là où les algorithmes échouent.
- No More Ransom : Un portail technique qui fournit des solutions de déchiffrement directes aux victimes de rançongiciels, court-circuitant ainsi le modèle économique des cybercriminels.
Des méthodologies opérationnelles ciblées
Le rapport détaille des structures d'intervention qui vont bien au-delà de la coopération policière classique:
- OTF (Operational Task Forces) : Ces groupes temporaires se concentrent spécifiquement sur des "High Value Targets" (cibles à haute valeur). Un exemple frappant est l'OTF GRIMM, spécialisée dans la lutte contre la "violence-as-a-service".
- Analysis Projects : Une approche segmentée par type de marchandise ou par réseau criminel, transformant les messages bruts en renseignements exploitables et en cycles d'intelligence.
- Trackathon : Une méthode innovante de recherche de fugitifs utilisant l'OSINT (renseignement de sources ouvertes) et les médias sociaux. Cet événement de recherche de fugitifs a réuni 78 participants de 33 pays, générant 50 nouvelles pistes en seulement deux jours en 2024.
J-CAT et RAD: un modèle de réponse agile
Le document détaille le fonctionnement de la Joint Cybercrime Action Taskforce (J-CAT).
- Joint Cybercrime Action Taskforce (J-CAT) : Contrairement à une coopération classique, la J-CAT regroupe des officiers de liaison cyber de 20 pays qui travaillent physiquement ensemble pour stimuler l'exécution immédiate d'enquêtes sur des cas de haut profil. C'est une structure conçue pour la rapidité de l'internet.
- La Méthodologie des RAD (Referral Action Days). L'unité EU IRU (Internet Referral Unit) ne se contente pas de surveiller le web ; elle organise des Referral Action Days (RAD). Les RAD sont des journées d'action coordonnées avec les États membres et les plateformes en ligne permettent un retrait massif et simultané de contenus terroristes. Sur une décennie, cette méthode a permis de traiter plus de 233 000 contenus sur 766 plateformes différentes.
Soutien opérationnel et résultats probants
- Équipes communes d'enquête (JIT) : Europol a soutenu 33 JIT, dont 21 nouvelles équipes, menant à 4 124 arrestations et 432 journées d'action.
- ESOCC (Criminalité organisée) : En 2024, ce centre a soutenu 1 187 opérations et traité 14 347 informations opérationnelles sur les réseaux criminels à haut risque.
- • Lutte contre le trafic de migrants (EMSC) : 17 708 informations opérationnelles ont été traitées en 2024.
- J-CAT (Cybercriminalité) : Fondé en 2013, il regroupe 24 agences d'application de la loi de 20 pays.
- Contenus terroristes en ligne (EU IRU) : Sur une décennie, l'unité a évalué 233 575 contenus, générant 217 495 décisions de signalement sur 766 plateformes. Elle a également coordonné 33 journées d'action de signalement (RAD).
- EU Most Wanted (Fugitifs) : Depuis son lancement en 2016, 494 profils ont été publiés, menant à l'arrestation de 169 fugitifs, dont 54 directement grâce au site web.
Un exemple concret : l'Opération Opson
L'Opération Opson est une initiative mondiale de grande envergure consacrée à la lutte contre la fraude alimentaire et le trafic de boissons contrefaites ou de qualité inférieure.
Cette opération est coordonnée par le Centre européen de lutte contre la criminalité financière et économique (EFECC) d'Europol, plus précisément via la Coalition de coordination de la criminalité contre la propriété intellectuelle (IPC3). Elle repose sur une collaboration internationale incluant :
- Des autorités de 31 pays.
- L'Office européen de lutte antifraude (OLAF).
- La Commission européenne.
- Saisies massives : 11 tonnes de nourriture et 1,4 million de litres de boissons ont été retirés du marché.
- Actions judiciaires : 631 suspects ont été signalés aux autorités.
- Démantèlement : 13 réseaux criminels ont été perturbés.
- Inspections : 165 contrôles et inspections ont été réalisés durant l'opération.
L'objectif principal de l'IPC3, à travers des actions comme Opson, est de renforcer la lutte contre les atteintes à la propriété intellectuelle, la contrefaçon et le piratage, qu'ils soient pratiqués en ligne ou hors ligne
Un autre exemple concret : l'Opération TRIDENT/OBSERVER
L'Opération TRIDENT/OBSERVER est une initiative de journées d'action commune (Joint Action Days) menée dans le cadre du programme EMPACT pour lutter contre la criminalité transfrontalière.
L'opération s'est déroulée dans la région de la mer Baltique. Ses priorités principales étaient :
- La détection d'individus à haut risque.
- La lutte contre les crimes contre la propriété (vols).
- Le démantèlement de réseaux de trafic de drogues.
- Le Centre opérationnel d'Europol, qui fonctionne 24h/24 et 7j/7.
- Dix pays membres de l'Union européenne.
Résultats clés (sur une période de 5 jours)
L'engagement d'Europol et de ses partenaires a permis d'obtenir des résultats opérationnels concrets :
- Arrestations : 40 personnes ont été interpellées.
- Données : 249 correspondances (« hits ») ont été identifiées dans les bases de données d'Europol et 96 demandes de vérification croisée ont été traitées.
- Saisies financières : 450 000 euros en espèces ont été confisqués.
- Marchandises saisies : Plusieurs véhicules volés (voitures et motos) ainsi que de grandes quantités de drogues ont été récupérés.
Le Centre opérationnel d'Europol a joué un rôle crucial dans ce succès en transformant les données et informations en renseignements exploitables pour soutenir les enquêteurs sur le terrain
synthèse par Pierre Berthelet alias securiteinterieure.fr
- Rapport d'Europol (Europol in brief)
A lire aussi sur securiteinterieure.fr :
- La coopération entre Europol et le secteur privé s’est accrue de 1000% en an !
- ProtectEU: la Commission européenne veut faire muer Europol en "agence de police véritablement opérationnelle"
- SOCTA 2025 : Europol conjecture des criminels toujours plus agiles et encore plus friands d’intelligence artificielle
- Rapport d'activité d'Europol 2024 (suite): des chiffres qui crèvent le plafond
- Rapport d'activité d'Europol 2024: la France très impliquée dans les opérations d’Europol dans la lutte contre le trafic de migrants
- Europol dénombre plus de 800 réseaux criminels dangereux – la France bien placée
- Réforme d'Europol: son 'Centre européen contre le trafic de migrants' se muscle pour faire face à des passeurs toujours plus agressifs

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
remarques et suggestions à formuler à securiteinterieure [à] securiteinterieure.fr
Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.